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Compte-rendu subjectif : nouvelles formes de contestation

Ce samedi 14 mars, la salle du théâtre Varia était comble pour une rencontre-débat sur le thème des « Les nouvelles formes de contestation sociale : utopie ou réalité en puissance ? », à partir de la figure de Marcel Liebman (1), dont je ne parlerai pas ici.


Mis à jour (Mercredi, 13 Mai 2015 08:37)

 

Gestation pour autrui : faut-il légiférer ? ( Compte-rendu personnel)

 

 

Ce 30 janvier, j'ai assisté au Sénat à un débat organisé par Ecolo-Groen sur le thème « GPA : faut-il légiférer ? »

Que les choses soient claires dès le départ : ce compte-rendu ne prétend pas à l'objectivité, tout au plus à être aussi honnête que possible. J'ai une position ferme sur la « gestation pour autrui » : rien que l'intitulé, déjà, me paraît une forme de neutralisation déformante d'une réalité qui en fait, ne concerne que des femmes. Ce qui est aussi une manière d'effacer un rapport de domination, comme quand les « violences conjugales » ont remplacé, dans le vocabulaire courant, les « femmes battues ». Je préférerai donc le terme de « mères porteuses ».

Mis à jour (Mercredi, 13 Mai 2015 08:38)

 

Colloque : prévenir les violences envers les femmes

Bien avant la création du Ministère des Droits de Femmes au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles, une commune bruxelloise avait déjà détaché la question « femmes » de la très large « égalité des chances » : Etterbeek. Le 3 octobre dernier, l'échevine de l'Egalité Hommes-Femmes, Marie-Rose Geuten, organisait un colloque sur le thème « Prévenir les violences à l'égard des femmes ».

Dans un public essentiellement féminin, il s'est tout de même trouvé un participant pour regretter l'absence d'hommes à la tribune, avant de déclarer, face à ces « belles femmes » (compétentes surtout, mais peut-être ne l'avait-il pas remarqué) que tout de même, dans sa pratique médicale, il rencontrait une violence bien plus grave que les agressions sexuelles : l'obligation pour certaines petites filles de porter le voile. Ce à quoi Ernestine Ronai, l'une des invitées principales du colloque, lui a sèchement répondu que si la laïcité était à ses yeux une valeur importante, elle ne partageait pas cette obsession sur une seule religion et qu'en tout cas, il était inacceptable de sous-estimer ainsi les violences sexuelles, qui laissent des traces indélébiles sur leurs victimes.

Plus tard, une autre femme médecin (décidément, le corps médical n'était pas à son avantage) insistait sur le fait que les hommes aussi peuvent être victimes (ce qui est incontestable). Pour illustrer son propos, elle donnait l'exemple d'un de ses patients, dont la femme avait un boulot plus responsable, plus fatigant, et qui laissait donc le père se lever toutes les nuits pour s'occuper du bébé. Qu'il ait ressenti cela comme une violence, c'est bien possible, que le médecin doive l'écouter et le soigner, c'est certain, mais que ce soit pris comme un exemple de « violences » doit laisser bien des mères dubitatives...

Mais ce n'étaient là que quelques épisodes anecdotiques dans un colloque par ailleurs fort intéressant, grâce à deux invitées venues de France : Ernestine Ronai et Karen Sadlier.

 

Briser le silence

Ernestine Ronai est une figure marquante de la lutte contre les violences conjugales en Seine-Saint-Denis, travail pour lequel elle vient d'être décorée par la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Ce département a introduit une série d'innovations qui ont été ensuite étendues à toute la France, comme un téléphone d'urgence distribué aux femmes en danger et leur permettant, en appuyant sur une seule touche, de faire appel à un service d'aide.

Dans un langage simple, concret et très illustré, qui n'appartient qu'à elle, Ernestine Ronai a détaillé une série de dispositifs et d'outils nouveaux, qu'elle appelle à partager, car on perd beaucoup de temps et d'énergie à vouloir tout réinventer dans son coin.

D'abord, il faut savoir de quoi on parle. Un Observatoire doit permettre de rendre visibles les violences à l'égard des femmes, mais aussi de comparer des chiffres qui arrivent en ordre dispersé (pas toujours les mêmes questions posées, les âges pris en compte...) Il est possible, sans grands moyens (qui ne sont pas disponibles), de chiffrer le problème, au moins pour des publics particuliers. Par exemple, interroger systématiquement les femmes admises à l'hôpital, ou lors de consultations médicales. Mais pour qu'une femme parle de violences subies, il faut qu'elle soit convaincue d'être entendue, et pour cela, il faut lui poser la question. On parle de « briser le silence », dit Ernestine Ronai, mais le premier silence à briser est celui des professionnel/le/s. Que ce soit dans le domaine de la santé, de la police, de la justice, du social ou de la protection de l'enfance, ces professionnel/le/s reçoivent une formation sur ce thème.

Grâce à l'action du Ministère des Droits des femmes, la France a introduit plusieurs innovations : l' « ordonnance de protection sans plainte » qui permet d'éloigner un conjoint violent, s'il existe un faisceau d'indices suffisant, même si la victime a trop peur pour déposer plainte. En cas de violences, la médiation ne peut intervenir qu'à la demande de la victime (médiation que Mme Ronai illustre ainsi : « Vous, monsieur, vous arrêtez de taper sur Madame, et vous, Madame, vou arrêtez d'énerver Monsieur ! »). Outre les refuges, villes et département mettent des logements à disposition des victimes qui doivent quitter le domicile, avec un accompagnement social. Il existe par ailleurs un protocole de protection des enfants, qui permet de ne pas les placer automatiquement dans la famille du père quand celui-ci a tué la mère. Dqns ces-là, une hospitalisation d'office permet de faire le point sur les dégâts psychologiques et d'envisager des solutions d'avenir.

 

Les risques de la co-parentalité

La situation des enfants, c'était précisément le sujet traité par l'autre invitée venue de France, Karen Sadlier, docteure en psychologie clinique. A partir de cas concrets, elle a montré de manière saisissante comment les violences conjugales font des dégâts chez les enfants. Elle conteste la mode actuelle d'encourager à tout prix la co-parentalité, qui met en danger la mère... et l'enfant. Elle met à mal l'idée qu'un mari violent peut être aussi un « bon père », car même si l'enfant n'a pas subi de violences directes, le seul fait d'assister aux violences, d'entendre, de voir, est un traumatisme en soi, qui demande tout un travail pour que la relation puisse ensuite être rétablie de manière sécurisante. Elle montre de manière saisissantele risque d'effets pervers : si l'enfant a peur du parent violent, il exprimera son insécurité, paradoxalement, chez sa mère et il se tiendra tranquille chez son père. Les experts peuvent alors en déduire que c'est la mère qui est insécurisante puisque l'enfant montre chez elle davantage de comportements problématiques...

Elle explique aussi la MAP, mesure d'accompagnement protégé : partant du constat que la majorité de meurtres de femmes par un ex-conjoint a lieu lors de la passation des enfants, cette mesure vise à éviter tout contact entre victimes et auteurs, en faisant accompagner les enfants pour le droit de visite par une tierce personne, qui peut aussi écouter l'enfant et vérifier durant les trajets qu'il n'y a pas de problèmes, sans que la mère soit soupçonnée d'influencer l'enfant... Si l'auteur refuse la MAP, il n'a pas droit aux visites.

 

Mais la prévention ?

Deux dernières remarques : on a tout de même peu parlé de la « prévention primaire », de ce qu'on peut faire avant que les violences n'aient lieu ou qu'elles prennent un caractère grave. Cela reste un point aveugle des politiques, même dites « de prévention ».

Enfin, il est important de réaffirmer que non, les « violences conjugales » ne sont pas un phénomène « sexuellement neutre », dont les hommes seraient victimes comme les femmes, les différences étant purement statistiques. Lorsque Mme Sadlier explique que la période où la victime risque le plus de recevoir des coups est le 2e trimestre de grossesse, ou que l'une des choses qui empêche les victimes de réagir, c'est leur habitude de s'occuper davantage des besoins des autres que des leurs, on voit bien qu'il s'agit là de circonstances (liées à la biologie et ou à la socialisation) propres aux femmes. Donc oui, il faut parler aussi des hommes victimes, prévoir des services d'accueil et d'aide, mais dans un chapitre à part, avec des analyses et des propositions spécifiques. Les mettre sur le même plan, c'est nier un phénomène de domination et se priver aussi d'une intervention efficace – et de la possibilité de mettre en place une réelle politique de prévention.

 

On peut trouver ici des informations supplémentaires sur les actions en Seine-Saint-Denis

Mis à jour (Vendredi, 10 Octobre 2014 13:37)

 

Les interviews exclusivement exclusives

1/1/2015

 

Interview exclusivement exclusive de... Charles Michel

- Charles Michel, vous venez de publier un tweet annonçant l'annulation de l'année 2016, pour cause de menace terroriste. Pouvez-vous nous en dire plus ?

- Effectivement, peu avant minuit, j'ai eu une réunion bien arrosée avec mon gouvernement, appelé à un brainstorming audacieux qui a abouti à cette idée géniale : passer directement à 2017. Après tout, un saut d'année ne doit pas être plus compliqué qu'un saut d'index. Et puis, imaginez la tête de terroristes qui planifieraient un attentat à une date qui n'existe pas... J'en ris d'avance. Et je ne vous parle même pas des syndicats de la SNCB et leur grève qui tombera dans le vide...

- C'est valable pour tout le pays ?

- C'est une bonne question. Nous avons communiqué par skype avec les présidents des entités fédérées, les bourgmestres en fonction, faisant fonction et hors fonction. Certains suggéraient une régionalisation du calendrier, Jan Jambon a même proposé de faire passer Molenebeek directement à 2020, mais Françoise Schepmans a répliqué que cela ne résoudrait pas le manque de policiers, certains partant plus rapidement à la retraite alors qu'on n'aura guère eu le temps d'en recruter de nouveaux.Finalement, nous avons décidé de garder la décision au niveau fédéral, bien que la situation ne soit pas encore tout à fait claire à Linkebeek, le changement de date ayant été envoyé en français à une partie de la population.

- L'Europe ne risque-t-elle pas de vous taper sur les doigts ?

- Oh, vous savez, l'Europe cuve encore... Le temps qu'elle s eréveille, on sera déjà à la moitié 2016. Je veux dire 2017. S'il le faut, nous n'hésiterons pas à envoyer la Commission se faire voir chez les Grecs. Paraît qu'on l'attend de pied ferme, là-bas.

- Mais vous vous rendez compte que cela n'ira pas sans problèmes ? Prenez par exemple les personnes nées un 29 février, et qui attendent cette année depuis quatre ans pour fêter leur anniversaire...

- Nous en sommes bien conscients et ne manquerons pas de prendre ce problème en considération. J'ai chargé Jacqueline Galant de contacter un cabinet d'avocats pour le traitement de plaintes, et elle s'occupera aussi du calcul d'éventuelles indemnités.

- Finalement, quel est votre message à la population ?

- J'appelle tous nos concitoyens OCAM, je veux dire, au calme. Nous maîtrisons la situation. Comme je l'ai écrit dans mon tweet : aucune embûche ne gâchera notre bûche. A votre santé, et vive 2017, année de paix, de justice et de prospérité pour les actionnaires. Je veux dire, pour tous ceux qui agissent, bien sûr, comme nous le faisons. Avec calme et pondération.

 




9/7/2015

 

 

Interview exclusivement exclusive de... Johan Van Overtveldt

 

 

- Johan Van Overveldt, on vient d'apprendre que le gouvernement fédéral s'est trompé dans le calcul des transferts fiscaux aux Régions et Communautés. Le manque à gagner ne serait pas de 750 millions, comme annoncé, mais bien de 157 millions. Une différence de 600 millions ! N'est-ce pas une preuve d'amateurisme pour un Ministre des Phynances ? D'autres auraient démissionné sdur le champ, comme votre nom vous y invite d'ailleurs... (1)

 

 

-, C'est d'abord une bonne nouvelle, non ? Une petite erreur et hop ! On a trouvé 600 millions sans même devoir se baisser.

- En effet, inutile de se baisser, on est déjà au plus bas. Du coup, ne peut-on pas mettre aussi en doute votre parti, la N-VA, quand il prétend que par les transferts entre régions, chaque Flamand paie chaque année une voiture à un Wallon ?

 

- Simple malentendu. On a cru qu'on parlait d'une Ferrari, alors que nous, on pensait juste à une petite voiture téléguidée. Vous savez, comme celles qu'on peut gagner à la foire...

 

- Au sein de l'Eurogroupe, il se dit que c'est la Belgique qui était chargée de suivre la dette grecque...

 

- C'est exact ! Et je peux vous annoncer une bonne nouvelle : on s'est légèrement trompé ! Eh oui, cette dette ne doit pas être estimée à plus de 300 milliards d'euros, mais à 300 MILLIONS. Nous avons aussitôt envoyé un mail à M. Tsipras, qui nous a renvoyé un chèque par retour de courrier. Et voilà, l'affaire grecque est terminée. Merci qui... ?

 

 

(1) Over 't Veld peut en effet se traduire par sur le champ



 

19/06/2015

 

Interview exclusivement exclusive de... Charles Michel

 

- Charles Michel, vous avez reconnu publiquement le génocide des Arméniens, et même l'opposition s'en réjouit. Reste une question : à quand l'exclusion du MR de Didier Reynders, qui refuse obstinément de prononcer ces mots ?
- Vous vous trompez, Didier a bien parlé du génocide arménien, je peux même vous faire écouter l'enregistrement.

 

(Enregistrement)
- Allez Didier, répète après moi. Dis' j'ai'.
- J'ai.
- Dis' noce'.
- Noce.
- Bien ! Et maintenant, dis 'yid'. En yiddish, ça veut dire juif. T'es pas antisémite, hein ?
- Non, non. Yid.
- Parfait ! Dis 'armée'.
- Armée.
- Et enfin : nie, hein !
- Nie, hein !
- Voilà ! Tu vois, ce n'était pas si difficile..
(fin de l'enregistrement)

 

"Voilà ! Vous avez entendu comme moi : j'ai-noce-yid-armée-nie-hein. Il l'a dit, non ?"




13/05/2015

Interview exclusivement exclusive de... Didier Reynders

 

- Didier Reynders, l'opération B-Fast au Népal a été fortement critiquée. Mauvaise préparation, matériel inadapté, et finalement un retrait sans gloire. Et voilà qu'aujourd'hui, le journal De Morgen révèle que le Népal avait bien demandé de l'aide médicale, et pas seulement de « research and rescue ». Or B-Fast n'avait pas emmené d'hôpital de campagne... par manque d'avion assez grand, dites-vous.

- En effet, vous remarquerez que nous avons embarqué pas mal de journalistes qui ont pu ramener plein de reportages avec des images très émouvantes. Croyez-vous que sans ces images, les Belges auraient ouvert leur portefeuille pour soutenir les ONG ? Pas d'images, pas de générosité, c'est la règle. J'ose le dire : les caméras sont plus utiles que les médecins !

- Tout de même, l'aide d'urgence n'est-elle pas d'abord de la responsabilité des autorités publiques ? Les volontaires ont dû être très frustrés de ne pas avoir pu apporter plus d'aide aux survivants.

- Ces critiques sont tout à fait injustes, nous avons tout de même pu, comme les secouristes de pays voisins, ramener des citoyens européens, ce qui est quand même le plus important, entre nous. Et puis, vous savez, on apprend de ses expériences. Le gouvernement est en pleine réflexion sur l'avenir de nos missions.

- Pouvez-vous nous donner quelques pistes (d'atterrissage) ?

- Oui, nous travaillons dans deux directions. D'une part, nous allons contacter les pays victimes de catastrophes pour leur demander de nous les annoncer au moins 48h à l'avance. Ce qui nous permettra de dresser une liste de notre aide disponible, à laquelle les victimes devront adapter leurs besoins. Un peu d'organisation, que diable ! Au Népal, vous ne vous rendez pas compte du bordel, si je peux me permettre cette grossièreté.

- Et l'autre piste ?

- A plus long terme, nous songeons à restructurer B-Fast en B-Slow. Vous savez, c'est très à la mode, le « slow » : slow food, slow science... Nous pourrions même songer à un partenariat avec la SNCB, sous la direction de Jacqueline Galant. D'abord, le train c'est beaucoup moins polluant que l'avion, et puis en lenteur, nos chemins de fer ont une expertise reconnue...

 


6/05/2015

Interview exclusivement exclusive de... Bart Tommelein

 

- Bart Tommelein, on vous connaît mal, faut dire que se prénommer Bart, pour la visibilité politique, c'est vraiment pas de chance. Vous êtes Secrétaire d'État à la Lutte contre la fraude sociale, à la Protection de la vie privée et à la Mer du Nord. Vous avez vainement essayé de vous faire un nom avec un projet de loi sur la pêche aux crevettes, puis sur la protection des données personnelles sur Facebook, mais rien, pas la moindre interview, pas même un entrefilet dans la presse ! Mais là, vous semblez avoir trouvé votre créneau avec les visites surprise chez les chômeurs : bingo, tout le monde connaît votre bouille !
- Ja, da's juist.
- Nous allons donc faire un peu mieux connaissance. D'abord votre parti, le VLD. Rappelez-nous sa signification ?
- Vive Les Diamantaires ! Et pas op, c'est Open VLD : toujours 'open' pour les suggestions de nos amis !
- Si vous étiez un animal ?
- Une araignée ! Parce qu'elle peut se glisser partout et observer ce qui se passe dans la chambre, la salle de bains... Plus efficace encore que compter les brosses à dents ! Et vous avez déjà vu une araignée condamnée pour atteinte à la vie privée ?
- Votre chanson préférée ?
- « Couvrez les fraudeurs fiscaux »... mais si, tu connais, c'est Pierre Perret ! « Couvrez couvrez les fraudeurs fiscaux / Nous ne surveillons que les sociaux / Grands fraudeurs si vous voulez / Continuer à frauder / Il suffit de voter VLD... »
- Votre film préféré ?
- « Viens chez moi, j'habite chez une copine, je n'ai donc droit qu'à un taux de cohabitant ».
- Votre expression préférée ?
- « Vivre d'amour et d'eau fraîche » : voilà deux indices qu'on ne vit pas seul, il suffit de mesurer la consommation d'eau et les battements de coeur !
- Tout de même, Bart Tommelein, la question qu'on n'ose pas poser mais qu'on pose quand même : est-ce qu'il n'y a pas contradiction entre votre manière de surveiller les chômeurs et votre compétence de protection de la vie privée ?
- Nee, zeg, pas du tout ! C'est parce que vous oubliez le nom complet de ma fonction : protection de la vie privée d'allocations. C'est ça, l'objectif, et j'y travaille ferme !



11/3/2015

Interview exclusivement exclusive de... Maggie de Block

 

  • - Maggie De Block, on vous prête une mesure tout à fait révolutionnaire : faire entrer l'ONEm dans les services de soins palliatifs. Cette rumeur est-elle exacte ?

  • - Exact ! Avec mon collègue Kris Peeters, nous avons décidé d'activer les malades en fin de vie. Après les handicapés, les malades de longue durée et les prépensionnés, c'est une nouvelle étape pour remettre un maximum de personnes au travail.

  • - Mais ces personnes, souvent incapables de se lever ou même de bouger, sont-elles vraiment intéressantes pour les employeurs ?

  • - Ecoutez, je suis médecin, je sais très bien que certaines personnes, la veille de leur décès encore, peuvent remuer un bras, ou parler, répondre au téléphone, avec un matériel adapté. Je suis sûre que des call centers seraient intéressés, plutôt que de délocaliser leurs services au bout du monde ; pour les firmes pharmaceutiques, ces personnes pourraient même être particulièrement précieuses, en témoignant des bienfaits de certains médicaments ! De toute façon, il s'agirait d'un accompagnement adapté ; vous savez que j'ai la réputation d'être très humaine.

  • - Des sanctions sont prévues pour les personnes qui refuseraient cet accompagnement ?

  • - Bien sûr, une suspension puis une suppression des remboursements de l'assurance-maladie. Pas de place chez nous pour les fainéants !

  • - Et vous espérez créer combien de nouveaux postes par cette mesure ?

  • - Zéro ! Mais vous savez, pour l'ONEm l'important n'est pas de trouver, mais de chercher. Et pour les personnes en fin de vie, l'important est de rester disponible sur le marché de l'emploi. C'est aussi excellent pour leur moral.



7/1/2015

Interview exclusivement exclusive de... Elio Di Rupo

 

- Monsieur Di Rupo, on vous a beaucoup vu ces derniers jours à la télévision descendre en flammes la mesure limitant à trois ans les allocations d'insertion, qui va provoquer en ce début d'année des dizaines de milliers d'exclusions du chômage. Cette mesure a pourtant été prise par un gouvernement dont vous étiez premier ministre...


- C'était une mesure 100% libérale, d'ailleurs elle a été portée par Monica De Coninck, du SP.a, les libéraux flamands – je le dis pour nos concitoyens qui ne connaissent pas les subtilités de la politique au nord du pays. A l'époque, rappelez-vous, après 541 jours de crise, le plus urgent était de sauver la Belgique. Les libéraux voulaient supprimer le chômage avec pour mesure sociale compensatoire l'euthanasie gratuite pour tous ceux qui étaient brusquement privés de revenus et ne voulaient pas s'insérer dans une carrière de délinquance. Nous avons alors proposé et obtenu ce compromis, et le pays a été sauvé. Vous le savez, on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs, et piétiner quelques poules au passage, du moment que le coq wallon, lui, est sain et sauf.

- Mais aujourd'hui, cette mesure, vous la regrettez ?

- Ecoutez : si on avait pu se douter un instant que priver des gens d'allocations allait les plonger dans la misère, je me serais battu jusqu'à mon dernier noeud papillon pour l'éviter. Mais qui aurait pu prévoir cela ? Les libéraux me juraient que cela remettrait les gens au travail. Menacés de famine, les chômeurs se précipiteraient sur des emplois inexistants, acceptant n'importe quel salaire et les pires conditions de travail, prêts à se battre, au couteau s'il le fallait, pour le dernier poste disponible. Malheureuement, cela ne s'est pas produit, contrairement aux avis de nos experts. Que voyons-nous ? J'aimerais vous parler de Madame Cindy, qui a eu le tort de ne pas travailler suffisamment et qui se retrouve dans rien, se demandant comment elle va nourrir ses deux enfants.... Quand je pense à elle, j'ai le coeur qui saigne (1).

- C'est ça, la tache rouge sur votre pull... ?

- Ah non, ça c'est du ketchup, j'ai été enfrité ce matin par une bande de filles surexcitées, je n'ai pas eu le temps de me changer, mais je tenais malgré tout à venir dans votre studio, pour m'adresser à mes compatriotes. Et je leur dis sollennellement, les yeux dans les yeux : si le gouvernement Michel décide d'annuler toutes mes bêtises, il sera soutenu par le PS.

- Et vos experts, vous les avez virés pour incompétence ?

- Hein ? Non...pourquoi ? ils continuent à travailler d'arrache-pied – surtout le pied des autres - sur les mesures inqualifiables du gouvernement Michel – dont, soit dit en passant, 70% avaient déjà été prévues par mon propre gouvernement (2). Ainsi, ils viennent de me rentrer un avis approfondi montrant qu'un saut d'index, quand il n'y a pas d'indexation, n'aura pas d'effets ni sur les ménages, ni sur les entreprises. Avouez que c'est là une information importante. Je ne remets pas en doute leur compétence. C'était juste une légère erreur d'appréciation. Errare humanum est, comme dirait mon meilleur ennemi Bart.

- Monsieur Di Rupo, une dernière question de détail : on a vous a vu à la télévision en pull gris à col roulé, mais où est donc passé votre célèbre noeud papillon rouge ?

- Je suis content que vous me posiez la question ! Eh bien, je l'ai offert à une vente aux enchères au profit de Viva for Life qui, après déduction des frais, a pu financer une glace à chacun des enfants de Madame Cindy. Il faut parfois savoir payer de sa personne pour améliorer le sort de nos concitoyens, ce qui reste ma préoccupation principale !


(1) et (2) : ces passages correspondent, hélas, à des déclarations authentiquement authentiques d'Elio Di Rupo, à la RTBF et sur RTL, en ce début janvier 2015



  • 31/12/2014


  • Interview exclusivement exclusive de... Charles Michel :

  • Monsieur le Premier ministre, vous déclarez au Soir de ce 31 décembre que vous êtes détendu, serein et assez optimiste. Vous ajoutez que vous ne serez pas un premier ministre pot de fleurs. N'est-ce pas pourtant le pot de fleurs contre le pot de fer, sous le masque du bourgmestre d'Anvers ?

  • Vous pensez être drôle, là ... ? Très bien, j'adore rigoler. Sachez donc que dans ce gouvernement, je suis le patron, le boss, le CEO et s'il le faut, la CIA. Bref, j'ai le contrôle, de A comme Allocataires sociaux à Z comme Zemmour.

  • Les dérapages de vos ministres, comme Jan Jambon ou Theo Francken, sont donc des dérapages contrôlés ?

  • Absolument ! Je peux vous assurer que Jan Jambon et Theo Francken sont d'excellents collaborateurs, d'une loyauté sans faille. Vous pensez bien que je n'aurais jamais accepté de travailler avec la N-VA sans enquête préalable. L'ouverture des archives de la Deuxième Guerre Mondiale m'a bien aidé, et le résultat est formel : en 1945, ces deux ministres n'étaient pas nés. Je défie quiconque de me démontrer le contraire.

  • Certaines des mesures de votre gouvernement risquent de toucher les catégories les plus vulnérables de la population. D'un autre côté, on a vu votre ministre Willy Borsu remettre un chèque de 100 00 euros à Viva for Life, en soutien aux bébés pauvres. N'est-ce pas contradictoire ?

  • Pas du tout ! Imaginez que Viva for Life, grâce à la générosité des Belges, tire les 40 000 bébés de la pauvreté. Alors que la RTBF a trouvé un créneau encore plus populaire que The Voice ! Que faire l'an prochain ? Eh bien, grâce à notre politique, nous renouvellerons le stock d'enfants à aider. D'ailleurs, un scoop : l'an prochain, VfL ciblera les foetus pauvres, ceux qui grandissent dans les familles des exclus du chômage, grâce à l'excellente politique de mon prédécesseur. Dans deux ans, ce sera au tour des ovules pauvres, dans le ventre des mères à temps partiel qui perdront la moitié de leur complément chômage. Car nous sommes convaincus qu'il n'est jamais trop tôt pour lutter contre la pauvreté !

  • On a pourtant l'impression que les politiques de votre gouvernement visent davantage à faire la guerre aux pauvres qu'à les aider...

  • Eh bien, comme le dit Jean-Jacques Goldman dans sa magnifique chanson, « Aujourd'hui on n'a plus le droit d'avoir faim ni d'avoir froid ». Je partage son analyse. Par conséquent, ceux qui prennent abusivement ces droits doivent être sanctionnés.

  • Donc pour vous, c'est métro, boulot, facho, tout va bien ?

  • Puisque je vous dis que je suis détendu et serein, vous êtes sourde, ou quoi ???



24/12/2014

 

Interview express exclusivement exclusive de... Jan Jambon :

 

- Monsieur Jambon, Yvan Mayeur vous a interdit de fêter cette soirée de Noël avec la police de Bruxelles, avez-vous une alternative ?
- M. Mayeur avait sûrement ses raisons... Mais oui, j'ai été invité à dédicacer mes Mémoires chez Filigranes, en compagnie de mon excellent ami Eric Z., un francophone pourtant.


- Rappelez-nous le titre de votre ouvrage ?
- "39-45, Mémoires défaillantes"



23/12/2014

Interview exclusivement exclusive de Theo Francken, secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration


- Theo Francken, en tant que responsable des politiques de migration, vous succédez à Maggie De Block.  Une tâche difficile, non, de succéder à la femme la plus populaire de Belgique ?
- Maggie mérite sa popularité, mais elle était tout de même un peu trop molle. Moi, je taille dans le lard. Par exemple, les criminels étrangers, c'est tout de suite hop ! Le charter, retour au pays. Déjà qu'ils viennent manger notre pain et prendre nos accidents de travail, ils ne vont pas en plus encombrer nos prisons et piquer la douche hebdomadaire de nos propres détenus ! Tenez, pour prendre un exemple tout récent : les assassins dans l'affaire Jarfi, vous trouvez normal qu'on les entretienne chez nous, à perpète... ?


- Euh, M. Francken, Ihsane Jarfi c'est la victime et ses assassins sont bien belges... Tout comme Marc Dutroux, Patrick Derochette, Ronald Janssens, Hans Van Temsche, Kim De Gelder et quelques autres grands criminels de ces dernières années (1). Certains sont même de purs flamands...
- Ah bon... ? Mais ça ne change rien ! S'il le faut, on organisera des vols entre Bierset et Charleroi ou Ostende. Le charter, je vous dis !
(son conseiller lui glisse à l'oreille : Fourniret est français...)
... Et Fourniret est tout de même français ! Vous voyez bien : les criminels, des étrangers !


- Autre projet controversé : l'Office des Etrangers voudrait que la police puisse entrer sans mandat chez des sans papiers, et vous avez déclaré examiner la proposition...
- Attendez  : un mandat, c'est aussi un papier, non ? T'as pas de papiers, tu peux pas en exiger un. Je ne vois pas où est le problème. Simple logique.


- On vous reproche aussi certaines indulgences pour des collaborateurs...
- Pas du tout, je n'ai aucune indulgence pour mes collaborateurs. Un écart, et c'est dehors. Charter pour tous.


- Côté francophone, vous jouissez tout de même d'une certaine impopularité...
- Au contraire ! Régulièrement, pendant que je prends mon petit déjeuner, j'entends des supporters qui viennent soutenir ma politique en criant sous mes fenêtres :  "Francken à l'asile ! Francken à l'asile ! " Ce n'est pas de la popularité, ça ?


(1) Merci à Michel Bourlet pour ce rappel

 


15/12/2014

 

Interview exclusivement exclusive de... deux honnêtes travailleurs

 

- Ce matin, nous nous trouvons devant le commissariat où deux honnêtes travailleurs ont passé la nuit, pour le seul crime d'avoir voulu se rendre au travail. L'indignation est grande, vous pouvez l'imaginer. Nos deux héros préfèrent rester anonymes, appelons-les donc Bartje et Charlie. Merci d'accepter de nous répondre ! Alors dites-nous, pourquoi le commissariat ?

- (Bartje) Flics de merde, justice de classe ! Tous des gauchistes !

- Il faut quand même dire à nos lecteurs que vous avez foncé avec votre camionnette sur un piquet puis que vous vous êtes arrêtés, vous êtes sortis avec une barre de fer et vous avez envoyé deux grévistes à l'hôpital...

- (Bartje) Ouais ouais... Pas le choix, hein, on avait signé l'appel « Je travaille le 15 décembre. Alors que d'autres font que boire de la bière », alors on devait le prouver sur Facebook, avec un selfie à notre poste de travail, avec un journal du jour.

- (Charlie) Sauf qu'il y avait pas de journal, même Walter le libraire était fermé.

- (Bartje) Ouais, sûrement sous la menace, ces grévistes, ils reculent devant rien. Nous, on est pour la concertation sociale, comme le gouvernement, même que ça figure 117 fois dans sa déclaration.

- Vous ne pensez pas qu'il y a mieux qu'une barre de fer pour encourager la concertation ?

- (Bartje) : Ouais, peut-être, il y a aussi le pied de biche, ou une batte de baseball...

- (Charlie, soupçonneux) : Mais c'est quoi ces questions ? Vous venez de quel journal ? Le PSoir ou la Libre PTBelgique ? (Ils s'esclaffent)

- Et que répondez-vous à celles et ceux qui disent que c'est grâce aux grèves du passé que nous avons tous, eux, moi et même vous, des congés payés, des soins de santé accessibles, une pension...

- (Charlie, hilare) : Grâce aux grèves du passé ? Ah, j'ai rien entendu d'aussi drôle depuis que mon père a prétendu ne plus vouloir aller skier en Autriche. Il n'a jamais su skier ! (il s'écroule de rire)

- (Bartje) : Non, soyons sérieux ! Tout ça, c'est les patrons qui nous l'ont accordé, parce que le social, c'est le patronal. Si vous le croyez pas, regardez ceux qui, hier, promettaient aux travailleurs qui seraient au poste...

- (Charlie, qui n'a pas cessé de rire) : ... mais pas au poste de police...

- (Bartje, le fusillant du regard) : C'est moi qui parle ici ! Donc, ils ont promis de les accueillir avec massages, champagne, sapin de Noël ou même un salaire pour certains ! Alors, vous voyez bien !

- Eh bien merci à tous deux, et... bonne préparation pour la prochaine journée de grève !

 

 

15/12/2014

Interview exclusivement exclusive de ... Bart De Wever :

- M. Le Président de la N-VA, merci de nous accorder cette interview exclusivement exclusive, nous savons que vous n'aimez pas vous adresser aux médias francophones.

- C'est un mensonge syndical. Je suis parfaitement bilingue, néerlandais-latin.

- Ce matin, vous semblez particulièrement en colère, vous qui n'êtes déjà pas un rigolo en général...

- C'est un mensonge syndical, je suis super marrant, demandez à mon frère Bruno. Cum Weverum se bidonnandum est !

- Cependant, vous êtes très critique sur le mouvement de grève d'aujourd'hui, que vous qualifiez de "politique". Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par là ?

- Les syndicats mentent aux gens, en leur faisant croire qu'ils vont perdre du pouvoir d'achat. Grâce au gouvernement précédent, il y a eu, entre 2012 à 2013, près de 12 000 millionnaires de plus en Belgique. C'est bien, mais c'est insuffisant ! Comme l'a dit mon excellent ami Elio, seulement 70% du boulot a été réalisé. Calculez vous-mêmes, ou demandez à mon excellente amie Jackie G, notre boss des maths : si 70% correspondent à 12 000, 100% correspondent à 17 000. 17 000 millionnaires en plus, vous appelez ça une baisse de pouvoir d'achat ? Si non e vero, e bene trovato !

- Là, c'est de l'italien...

- Encore un mensonge syndical. Pour revenir à la grève politique, le but des syndicats est de faire tomber ce gouvernement, donc de provoquer de nouvelles élections. Et quel genre d'élections, je vous le demande... ? Des élections politiques ! CQFD, Et hoc fuit demonstrandum !

- La N-VA est-elle prête à discuter d'un impôt sur la fortune ? Les syndicats en doutent...

- Ils mentent ! Personnellement, je suis tout à fait prêt à boire, dès maintenant, un pot sur la fortune. Et comme on dit : in vino veritas !

- Tout autre chose, M. De Wever, est-ce que vous pouvez nous dire si les Diables Rouges vont se qualifier pour l'Euro 2016 ?

- Non. Ce n'est pas dans l'accord gouvernemental.

- Merci, M. De Wever, nous vous laissons retourner casser des piquets...



14/12/2014

Interview exclusivement exclusive de ...Jacqueline Galant, à la gare de Namur :

  • - Mme la Ministre, les nouveaux horaires de la SNCB entrent en vigueur aujourd'hui. Le trajet Bruxelles-Namur prendra désormais une heure et demie au lieu d'une heure. Vous pensez que les navetteurs vont apprécier ?

  • - Oui, parce que la ponctualité va s'améliorer. Chacun pourra mieux s'organiser.

  • - Mais là, je vois sur le tableau que le prochain train a déjà 10 minutes de retard...

  • - En effet, mais 10 minutes sur 90, c'est proprotionnellement moins que 10 min sur 60. Non mais, faut apprendre à calculer, ma chère !

 

14/12/2014

Interview exclusivement exclusive de ... Denis Ducarme :


"La liberté d'expression est un droit qui doit être respecté, mais on ne peut accepter les abus. Aussi je vais déposer un projet de loi pour le respect de la liberté de se taire".

Mis à jour (Vendredi, 01 Janvier 2016 12:46)

 

Deux jours, une nuit, zéro collectif

Certains trouvent les films des frères Dardenne répétitifs, monotones, sinon carrément chiants. Moi, depuis la « Promesse », je les suis avec passion, même si tous ne me « parlent » pas de la même façon (« La Promesse » reste pour moi un sommet). Ils ont l'immense mérite d'évoquer un univers peu présent au cinéma, qui préfère s'intéresser aux peines de coeur des bourgeois/es ou aux états d'âme des margino-punks – et je ne veux pas du tout dire que bourgeois/es et personnes vivant à la marge ne m'intéressent pas ; mais le monde ouvrier est trop souvent absent, et les cinéastes qui s'y plongent le font une fois (comme dans le magnifique « Ressources humaines » de Cantet) avant de passer à autre chose, tandis que les frères Dardenne creusent leur sillon.

Tout cela pour dire que j'ai testé pour vous « Deux jours, une nuit ». Une ouvrière qui revient d'une absence pour dépression sera licenciée sauf si ses collègues renoncent à une prime de 1000 euros. On le devine, aucun/e de ces collègues ne peut se passer facilement de ces 1000 euros, nécessaires pour payer les traites, les études des enfants, des aménagements dans la maison... Durant tout un week-end, soutenue par son mari,Sandra va aller les voir un/e à un/e pour leur demander de voter le lundi matin pour qu'elle puisse garder son travail (et donc, de renoncer à leur prime).

On peut certes rester insensible à la « manière Dardenne », un peu distante et froide, je dirais presque nordique, d'exprimer les émotions. J'admire quant à moi cette façon de faire sentir, par un mot ou un geste, toute la violence d'une relation de couple, l'amour comme la détresse (voir la belle scène avec Timur!). Et en plus, ils sont servis par de formidables comédien/ne/s (ce qui en dit beaucoup aussi de leur direction d'acteurs). Dernier point d'enthousiasme, et non des moindres : on se demande vraiment comment ils vont s'en sortir pour une fin qui ne soit pas simpliste, dans un sens ou l'autre (j'ai même imaginé que le film s'arrêterait avant le résultat du vote...) ; eh bien, moi qui ai souvent des problèmes avec les « fins », j'ai trouvé celle-ci magnifique.

Pourtant, je garde des réticences. Le dilemme moral est un sujet récurrent chez les frères Dardenne : c'était déjà le thème de « La Promesse ». Mais ici, la question est biaisée dès le départ : pour rentrer complètement dans le film, il faut accepter l'alternative « prime pour tous » ou « réintégration d'une seule ». Certes, on entend le patron de cette entreprise de panneaux solaires (tiens, tiens, voilà qui ouvrait d'autres possibilités...) dire brièvement qu'il ne peut faire autrement, la concurrence asiatique, et blablabla... Et Sandra répète aux plus hostiles que ce choix, ce n'est pas elle qui les met devant ce choix. Mais fondamentalement, sa logique n'est pas remise en cause.On sent comme un frémissement quand un ouvrier dit à Sandra : on peut faire le travail à 16, alors pourquoi le patron en garderait 17 ? Et qu'on apprend qu'en fait, la production se fait par une accumulation d'heures supplémentaires. Mais le film ne creuse pas cette piste-là. A aucun moment, le collectif n'apparaît. Il y a bien d'un côté le patron assez cynique et le « méchant contremaître » (des personnages qui manquent de complexité, autre réticence) et de l'autre, 16 travailleur/se/s coincés dans un choix impossible. Mais à aucun moment on ne sent de collectif, même pas entre celles et ceux qui ont décidé de renoncer à leur prime pour garder Sandra. Bien sûr, dans une aussi petite entreprise, le syndicat est absent (du moins formellement), mais c'est la solidarité qui a fait la force du mouvement ouvrier, pas des choix moraux individuels.

Attention ; je ne suis pas en train de plaider pour un film « exemplaire », avec une grève héroïque qui se serait terminée par la grande victoire du prolétariat et une dernière scène où les 17 marcheraient ensemble, vers l'avenir radieux, en chantant "Tous ensemble, tous ensemble, ouais ouais ouais !". C'est le fait que cette piste-là ne soit même pas envisagée qui me laisse sur ma faim.

Plutôt que « Deux jours, une nuit », le film aurait peut-être dû s'appeler « Seize travailleurs, un patron ». D'accord, ça sonne moins bien, mais ça aurait « résonné » bien mieux. En tout cas pour moi.

Mis à jour (Samedi, 28 Juin 2014 09:12)

 
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