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Alost, le carnaval qui fait tomber les masques

Ce 23 février, malgré les tempêtes de tous ordres, le carnaval d'Alost a eu lieu et s'est montré à la hauteur, ou plutôt à la bassesse, des attentes. Bien sûr, on peut dire qu'en représentant des juifs orthodoxes en insectes, il a vraiment franchi la ligne rouge, qui oblige même les fans du "on doit pouvoir rire de tout" à des contorsions embarrassées. Mon père, qui fut déporté, disait que pour les nazis, « tuer des Juifs c'était comme écraser un moustique ». Il aurait pu dire : « comme marcher sur une fourmi ».

Mais il y a aussi un usage "soft" des stéréotypes qui en dit long, pourtant, sur des idées largement reçues qui, chez certains personnages, peuvent déboucher sur l'enlèvement ou le meurtre parce que les "Juifs ont de l'argent".

Il y a une histoire que je ne me lasse pas de raconter.

Réunion syndicale avec des délégué·es d'entreprises du secteur commerce. Une déléguée explique combien il est difficile dans sa boîte d'obtenir des augmentations de salaire. D'autres lui suggèrent des stratégies, lui donnent des conseils... Et elle : « Non, ça sert à rien, le patron ne pense qu'à l'argent, c'est un Juif ».

Ma collègue et moi, juives toutes deux, nous nous regardons en nous disant que quelqu'un va réagir, ne serait-ce que le permanent. Mais comme rien n'arrive et qu'on va passer à autre chose, je prends ma voix la plus pédagogique pour expliquer à l'assemblée en général et à la dame en particulier, en quoi son intervention est antisémite.

Quand j'ai fini, elle me regarde avec étonnement et répond : « Mais il n'est pas juif, c'est une façon de parler ». Et le permanent, tout content, d'enchaîner, « tu vois, ce n'est pas antisémite ».

J'avoue en être restée sans voix, tout comme ma collègue.

 

PS 1 :pour celles et ceux qui s'offusquent à l'idée que les carnavaliers aient pu avoir des "intentions" racistes, ou qui ont des doutes à ce sujet, on peut rappeler que plus de la moitié des électeurs.trices à Alost ont voté Vlaams Belang ou N-VA.


PS 2 : pour celles et ceux qui croient que tous les Juifs sont des banquiers, je suggère la lecture de Shalom Aleichem, un immense écrivain qui décrit avec autant de tendresse que de dérision le monde disparu des « shtetls »

 

PS 3 : pour ce qui est du carnaval d'Alost (et de ses petits frères d'ailleurs), j'ajoute que l'émotion autour des caricatures antisémites ne doit pas faire oublier d'autres imaginaires racistes, sexistes ou homophobes. « Rire de » n'est pas « rire avec », contrairement à ce que d'aucun·es voudraient faire croire, et renforcer les stéréotypes ne contribue en rien au « vivre ensemble », juste à la rigolade entre soi. Oserai-je dire... « rigolade communautariste » ?


PS 4 : si dans un passé, réputé "obscurantiste", on avait suivi les moqueurs d'aujourd'hui, on n'aurait pas inventé le "fou du roi" mais le "bouffon du serf"

 

PS 5 : pour répondre au soupçon d'une « susceptibilité excessive », représentée au carnaval par des « orteils allongés », je précise que je ne suis ni « blessée » ni « offensée » : je suis indignée et écoeurée. S'il faut « allonger « quelque chose, c'est ma langue et mes poings.

Mis à jour (Lundi, 24 Février 2020 11:46)

 

Des "réacs" à l'ULB ?

Peut-être vaudrait-il mieux ne rien dire, ne pas nourrir la polémique, mais tant pis : pas envie de laisser aux adversaires la défense de la liberté d’expression. Quitte à me distancier quelque peu de mes camarades de combats.

A propos du tract qui protestait hier contre l’invitation de deux membres de Charlie Hebdo à l’ULB, je vais donc livrer quelques réflexions personnelles.
1) Il ne s’agit nullement de « censure », qui ne peut venir que d’une autorité, d’un pouvoir ou d’un coup de force, et ce n’était pas le cas ; le tract n’appelait ni à une interdiction de la rencontre ni à un barrage physique sur place.
2) Par contre, s’insurger contre l’invitation faite à Charlie Hebdo de s’exprimer sur le campus peut de fait être interprété comme une position de restriction à la liberté d’expression (d’autant plus maladroit que la rencontre portait justement sur… la liberté d’expression). Je ne discuterai pas la question de savoir si Charlie est ou non « réac », et je ne prendrai pas non plus comme argument l’attentat de 2015, qui donnerait au journal une espèce d’immunité à vie contre toute accusation de racisme, sexisme ou LGBT+-phobie. Mais la « liberté d’expression » est d’abord la liberté d’exprimer des idées avec lesquelles on n’est pas d’accord, limitée seulement par des bornes de la loi (que j’espère aussi peu contraignantes que possible).
3) On peut me rétorquer qu’il m’est arrivé aussi de protester contre la venue de certains « réacs », comme Zemmour ou Dallaire, mais il s’agissait alors de leur offrir une tribune, sans aucun contre-feu ; pour d’autres encore, comme Raphaël Enthoven invité par les autorités publiques à l’occasion du 8 mars pour donner son avis sur le féminisme, le problème était avant tout le lieu et le contexte. Pour le reste tous ces messieurs ont largement accès aux médias, plateaux et tribunes, pour se plaindre qu’ « on ne peut plus rien dire ».
Et c’est là que se situe, je pense, le véritable enjeu : non pas de restreindre la liberté d’expression, mais de se questionner sur l’accès à cette liberté. Qui est invité·e à parler et qui ne l’est jamais, ou si peu ? Pour l’illustrer de manière un peu abrupte: le problème ne me semble pas qu’on donne la parole à des hommes blancs ci-hétéros-bourgeois, mais qu’on entende si peu des lesbiennes trans noires handicapées.

Conclusion (personnelle, j’insiste) : Et donc je pense qu’exiger « Pas de réacs sur nos campus » est une erreur. Les « réacs » ont aussi le droit à la parole, mais tout est dans le « aussi » : « des réacs d’accord, mais avec d’autres en face ».

PS : Pour rappel, il y a presque 5 ans, le Cercle arabo-musulman de l’ULB invitait Tariq Ramadan (avant les accusations de viol), avec déjà Jean-Jacques Jespers comme interlocuteur. Je ne crois pas me tromper en affirmant que parmi celles et ceux qui à l’époque, ont protesté contre sa venue, on retrouve certain·es qui défendent aujourd’hui avec tant de conviction la liberté d’expression…

Pour lire le fameux tract, hors commentaires : https://use.be/les-reactionnaires-de-charlie-hebdo-invite/

 

Les cadeaux ratés

Noël. Ses chants, ses illuminations, ses marchés, ses repas de famille, son sapin... et sous le sapin, les cadeaux.

Il paraît qu'en 2019, le cadeau préféré des Belges c'est l'argent. De l'argent ! Quelle tristesse. Bien sûr, quand on a peu de moyens et qu'on ne peut pas s'offrir même le nécessaire, l'argent peut aider. Tout comme un cadeau « utile » - un berceau pour un enfant à naître, un four micro-ondes quand le nôtre vient de nous lâcher, un bon accordeur de guitare quand (comme moi) on a tendance à jouer faux, etc. Pouvoir s'acheter ce dont on a vraiment envie, ou recevoir ce qu'on a demandé, ça peut faire plaisir, c'est sûr. Comme un enfant que le père Noël a voulu combler. Le Père Noël, il a beaucoup trop de travail, trop d'enfants à combler, il ne peut pas se casser les méninges pour imaginer une surprise pour chacun·e. Mais une fois qu'on dispose de ses propres sous, et qu'on en a en suffisance pour ne pas attendre que le nécessaire nous tombe du ciel, le cadeau, le vrai cadeau, n'est pas forcément le superflu, l'imprévu... ?

Il n'est pas question ici de faire l'éloge du consumérisme, du n'importe quoi dans un joli paquet, qu'on ouvrira avec une fausse joie et qu'on laissera agoniser au fond d'un placard. L'imprévu peut être une petite chose, fabriquée maison, ou choisie méticuleusement pour l'autre, pour un·e autre unique, avec l'idée qu'on s'en fait – et qui peut être fausse, mais qu'importe. Quelque chose qu'on offre à une personne précise et pas à celle d'à côté. Cette année, par exemple, j'ai reçu une minuscule chouette en verre, parce que la chouette, « bouboule » pour les intimes, est devenue une sorte de symbole de mon rapport avec ma famille de coeur. J'ai reçu aussi une BD qui n'était destinée qu'à moi, parce qu'elle évoque le ghetto de Varsovie et que son personnage central s'appelle « Irena ». Je ne sais pas si je l'aimerai, mais je sais que j'aime celles et ceux qui l'ont choisie exprès pour moi.

Quand on m'offre un livre ou un CD, je n'espère pas celui sur lequel je lorgne depuis longtemps – je peux les acheter moi-même. Non, ce que j'aime c'est une découverte, un·e artiste inconnu·e, un enthousiasme que l'autre voudrait partager avec moi. Avec le risque, bien sûr, d'être à côté de la plaque.

J'en viens ainsi aux « cadeaux ratés » de mon titre. S'ils sont « ratés » par indifférence, un défaut d'attention, ou même une volonté sournoise de moquerie, ils peuvent faire mal. Mais parfois, ils sont ratés par maladresse, méconnaissance, prise de risque, enthousiasme excessif... Et dans ces cas-là, après un bref moment de déception - c'est humain - j'avoue éprouver une grand tendresse, quand j'ai la conviction qu'on a voulu bien faire et qu'on s'est planté.

Lorsque j'ai quitté mon dernier emploi, j'ai reçu un « kit d'aventurière ». Désormais, m'ont annoncé mes ex-collègues, j'aurais le temps de voyager, et voici mon équipement : je pourrais me préparer du café sans avoir besoin d'électricité, grâce à ma gourde magique je ne craindrais pas de boire l'eau même d'une rivière polluée et, attention suprême, grâce à un carnet et un stylo fzaits de matières particulières, je pourrais même écrire sous la pluie.

Certes, j'ai aimé l'aventure, les voyages sac au dos, le camping sauvage, ou même construire une école antisismique dans un pays en guerre, moi qui suis incapable de monter une bibliothèque d'Ikea... Mais aujourd'hui, mes grands voyages s'arrêtent au bord d'une piscine, quand ce n'est pas dans un hôtel en all-in, et le seul risque de mouiller le carnet qui (de fait) ne me quitte jamais, c'est l'éclaboussure de mon coktail en happy hour.

Mais ce cadeau pour l'aventurière que je ne suis pas reste un beau souvenir, un peu nostalgique de cette image que j'ai pu donner et qui ne me correspond pas, ou plus. Je ne me suis pas précipitée pour l'échanger, ou le revendre en seconde main, comme il est aussi devenu, paraît-il, courant de le faire.

Oui, en ce qui me concerne, j'éprouve une grande tendresse pour les cadeaux que je n'attends pas, et qui ne sont vraiment destinés qu'à moi. Y compris les cadeaux ratés.

 

Féminicide

D'emblée je l'avoue : je n'étais pas convaincue par le terme de « féminicide ». D'abord, sans doute, par méfiance de la nouveauté. Ensuite, parce que ce terme ne concerne que les mortes, pas celles qui en ont réchappé mais qui sont marquées à vie, pas celles qui subissent jour après jour les violences machistes. Et quand des politiques, dans un grand élan de générosité sur le ton « je vous ai comprises ! » proposent d'introduire le terme dans le Code pénal, sans aucun moyen humain ou matériel supplémentaire, sans aucune proposition de politique globale, je m'en méfie encore plus, comme d'un gadget jeté en pâture pour calmer une colère qui monte.

Une femme tuée, c'est "plus grave" ?

Cependant, malgré ces réserves, j'ai bien dû admettre que l'emploi du terme « féminicide » à la place de « crime passonnel » ou de « drame familial » est un pas en avant vers la reconnaissance des violences faites aux femmes en tant que femmes.

Parmi celles et ceux qui continuent à s'y opposer, de bonne foi (je laisse de côté les masculinistes rabiques), deux arguments émergent : une femme tuée, est-ce plus « grave » qu'un homme tué ? Et les hommes victimes de violences, on les oublie ? Je vais tâcher d'y répondre.

Le terme ne s'applique pas à tous les cas : une femme tuée dans un accident, un attentat ou au cours d'un cambriolage, ce n'est pas un « féminicide », qui qualifie par contre le meurtre par un compagnon qui veut renforcer son emprise, un ex qui ne supporte pas d'être quitté, ou encore des crimes de masse, comme ceux des « incels »  ou la tuerie à l'Ecole Polytechnique de Montréal (dont je reparlerai bientôt, pusique cela fera trente ans le 6 décembre prochain).

En réalité, on pourrait dire qu'actuellement, tuer une femme apparaît comme « moins grave » et que  les féministes veulent simplement rétablir l'équilibre. 22 victimes en Belgique depuis le début 2019, 100 en 3 ans (136 en France cette année, 1500 en dix ans...) et toujours pas de décompte officiel (ce sont des organisations féministes qui s'en chargent et certains faits leur échappent peut-être) , pas de compétence ministérielle ni de budget spécifique pour la prévention, deux plaintes sur trois pour violences conjugales classées sans suite (chiffres de l'INCC), alors que de nombreuses victimes avaient déjà dénoncé des maltraitances avant d'être tuées (voir par exemple ici).

A nos ami·es qui ne comprennent pas l'utilité de marquer les féminicides parce que bien sûr, toute mort est dramatique, je demanderais s'ils/elles ont la même réaction face au mouvement #BlackLivesMatter : des Blancs sont également tués au Etats-Unis, mais il se fait que les Noirs le sont non seulement plus souvent, mais aussi, justement, à cause de la couleur de leur peau. Il en est de même pour les femmes tuées parce qu'elles sont femmes.

 

Mais les hommes aussi...

L'autre argument, c'est que des hommes aussi sont victimes de violences, et qu'on n'en parlerait jamais (bien que personnellement, j'en entends parler pratiquement chaque fois que sont évoquées les violences faites aux femmes...)

Les féministes, en particulier, sont pointées du doigt pour leur silence, sinon leur déni à ce sujet. Outre qu'on ne voit pas pourquoi ce serait à elles de s'en charger, il est faux de prétendre qu'elles nient que des hommes soient aussi victimes de violences. Mais il ne faut pas attendre de tou·tes celles et ceux qui dénigrent le féminisme un véritable intérêt pour ce que les féministes peuvent dire ou écrire...

Très récemment, la fondatrice de l'asbl Garance, Irene Zeilinger, a publié une brochure intitulée « Oui mais les hommes aussi... » Un texte basé sur des recherches et des études, et qu'il faut lire si on veut vraiment connaître une analyse féministe des violences subies par les hommes.

Je ne voudrais pas simplifier des propos très fouillés et argumentés (d'ailleurs vous lirez la brochure, accessible gratuitement sur le web), mais en gros, elle démontre en quoi « les femmes et les hommes pourraient comporter des facteurs de risque et des facteurs protecteurs différents, indiquant le besoin de modèles de prévention, d'intervention et de suivi différents pour diminuer les violences ». Par conséquent, « la lutte contre les violences faites aux femmes doit être menée séparément de celle contre les violences faites aux hommes, avec des acteurs.trices et budgets spécifiques provenant d'autres sources que de celles visant l'égalité (par exemple santé publique, action sociale...) ».

En conclusion « la neutralité de genre dans le débat sur les violences est néfaste, car elle dépolitise le sujet, rendant les violences faites aux femmes invisibles, négligeant de reconnaître leur spécificité en tant que discrimination envers les femmes et réduisant au silence des personnes qui soulignent cette spécificité ».

Et c'est là qu'on retrouve ce terme de « féminicide » : une façon de souligner que ces violences faites aux femmes ne sont pas seulement des actes individuels, mais aussi l'expression et le renforcement d'une société toujours inégalitaire dans les faits si pas dans les lois.

 

Et les auteurs, au fait... ?

Un dernier mot : on parle donc enfin des femmes victimes, de « femmes tuées », de « femmes violentées »... On en oublierait presque que derrière chaque victime, il y a un auteur. Quelquefois, dans la presse, quand paraît une vieille photo du couple du temps où il semblait heureux, le visage de la victime apparaît tandis que celui de l'homme est flouté.

Il ne s'agit pas d'accrocher les portraits des auteurs avec nom et adresse sur les murs de nos villes, mai simplement de retourner la présentation des faits. « Depuis le début de 2019, 22 hommes ont tué leur compagne ou leur ex-compagne en Belgique. En trois ans, ils sont une centaine ». Voilà qui a une autre résonance, non ?



 

A lire aussi sur le sujet, cette Grenade de Laurence Rosier Van Ooteghem


Mis à jour (Lundi, 25 Novembre 2019 11:18)

 

Second degré

 

Lu dans le Monde des livres, à propos du dernier Philip Kerr : « Il y a plusieurs manières d'exercer son sens de l'humour. L'une consiste à user de son pouvoir pour se moquer des faibles. Une autre, plus critique et plus courageuse, se définit par le contraire : la raillerie exercée en position subalterne, une forme de résistance plus ou moins passive ».

J'y repense en lisant les polémiques qui ont suivi le dernier « exploit » d'Alain Finkelkraut, lançant en réplique à Caroline De Haas, en pleine discussion sur la culture du viol, son désormais fameux «Violez, violez, violez! je dis aux hommes, violez les femmes! D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs. Elle en a marre».

Des propos qui ont provoqué l'indignation, bien au-delà des cercles des féministes extrémistes et poilues, et bien sûr à juste titre.


Culture du viol

Mais on aurait tort de reprocher à Finkelkraut, comme le font certaines, d'avoir « appelé au viol ». Car la réplique est simple (et d'ailleurs largement brandie pour sa défense, car il a encore des défenseurs et même des défenseuses) : c'était du « second degré », et voilà, une preuve de plus que « les féministes n'ont pas d'humour ».

C'était, de toute évidence, du « second degré ». Mais pas moins infâme pour autant. Car ironiser sur un sujet aussi grave mais si mal reconnu, c'est comme plaisanter sur le racisme dans une assemblée de suprémacistes blancs. Pour reprendre le fameux « on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui » de Desproges, je pense qu'il faut aussi identifier qui parle. Il existe des tonnes de blagues juives (d'appellation d'origine contrôlée) qui, dans la bouche d'un·e antisémite, peuvent devenir des armes fatales, surtout si des oreilles antisémites traînent dans le coin. Quand Alain Finkelkraut, qui n'a rien de mieux à opposer aux violences faites aux femmes que la « galanterie », ironise sur le viol, il n'appelle certes pas à violer des femmes, mais il appelle à ne pas prendre au sérieux l'analyse de la « culture du viol ». Or c'est précisément cette analyse qui permet de sortir de l'idée reçue que les violeurs sont juste quelques individus isolés, incapables de maîtriser leurs « pulsions », et que ça ne concerne absolument pas l'ensemble de la société et sûrement pas des hommes aussi convenables que... que, disons, Alain Finkelkraut.

La culture du viol peut se définir comme un "concept sociologique utilisé pour qualifier un ensemble de comportements et d'attitudes partagés au sein d'une société donnée qui minimiseraient, normaliseraient voire encourageraient le viol. Cette culture, comme les autres usages sociologiques du terme culture, renvoie à l'idée que dans une société donnée, les gens partagent des idées, des croyances et des normes sociales" (définition de Wikipedia). On pourrait ajouter : "... et des plaisanteries".


 Frappé par un @MeToo-orite

 Allez, pour terminer, un exemple personnel de cette "raillerie exercée en position subalterne" citée plus haut :

- M. Polanski, il paraît vous travaillez déjà sur un nouveau projet... ?
- En effet... C'est encore secret parce que M. Weinstein, pour cause de problèmes personnels, n'a pas pu débloquer tous les fonds, mais l'idée est là : cela s'appellerait "Jurassic Parc 2". Une façon détournée de parler encore de moi, car dans un éclair de lucidité, je me suis reconnu entièrement dans ces malheureux dinosaures qui n'ont pas vu le monde changer ni compris que leur règne est bientôt terminé, malgré l'immense place qu'ils prenaient;... Dans une scène spectaculaire, ils se prendront une @MeToo-orite en pleine tronche, juste avant le générique définitivement final.

Mis à jour (Vendredi, 22 Novembre 2019 12:38)

 
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