C'est l'histoire d'une fille...

Elle s'appelle Maiza Da Silva, elle a 15 ans et c'est une des « vedettes » du FC Molenbeek Girls. Le foot, c'est sa passion, elle a commencé par jouer dans la rue au Brésil et depuis 2011, elle vit à Anderlecht avec sa mère et son petit frère. Comptant déjà plusieurs sélections dans l'équipe nationale, elle intéresse les meilleurs clubs féminins belges, dont le Standard.

Et puis, on lit ceci (1) : « Des déplacements lointains sont impossibles pour elle. La situation à la maison ne le permet pas. 'Quand le sonnerie de l'école a retenti, je dois aller chercher mon petit frère et le ramener à la maison. Je participe aussi aux travaux domestiques, parce que ma mère doit beaucoup travailler. Avant de partir à l'entraînement, je dois attendre qu'elle soit rentrée à la maison' ». Elle dit cela sans révolte, sans même un sentiment d'injustice. Pourtant, imagine-t-on une scène de même type, il y a quelques années : « Hé, Cristiano, tu iras t'entraîner quand tu auras aidé ta petite soeur à faire ses devoirs ». Ou : « Termine d'abord la vaisselle, Eden, après tu pourras aller jouer à la balle ».

Ici, pas question de religion, ni de machisme brutal... C'est juste « normal ». Parce que c'est une fille.

Dans une de ses chansons, "C'est peut-être", Allain Leprest parlait de ces gosses aux destins brisés d'avance :

C'est peut-être Mozart le gosse qui tambourine
Des deux poings sur l'bazar des batteries de cuisine
Jamais on le saura, l'autocar du collège
Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège

On pourrait ajouter :

C'est peut-être Hazard, Ronaldo ou Messi                                                                                                                                                                    Jamais on le saura, car ce n'est qu'une fille...

 

(1) Brussel Deze Week, 12 mars 2015

 

8 mars : du pain et des roses, et des épines géantes

 

Le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, ainsi que les quelques jours qui l'ont précédé, on en a vu et entendu des roses et des pas mûres. On nous a souhaité une « bonne fête », offert des super réductions sur des super achats super inutiles, proposé une bière gratuite (avec l'aimable collaboration de la ministre Jacqueline Galant et de la secrétaire d'Etat Elke Sleurs), offert quelques échos des rassemblements dans le JT (de 13h, hein, celui de 19h était consacré à des sujets plus sérieux), on nous aussi assommées de réactions furibardes ou ironiques à l'annonce d'une manifestation féministe non mixte - le meilleur moment, et de loin, de toutes ces « célébrations » et autres « hommages » dont nous n'avons que faire.


Médailles

Comme aux Jeux Olympiques, si l'important était de participer, les médailles méritent tout de même d'être particulièrement citées (après avoir éliminé les gros machos et les stupidités commerciales, évidemment, c'était trop facile) (2).

La médaille de bronze revient à l'annonce de l'ouverture d'un refuge pour hommes battus. Loin de moi l'idée de contester l'existence d'hommes victimes de violences, ni de minimiser les difficultés qu'ils rencontrent pour les dénoncer et s'en sortir, mais enfin, dans l'une des rares périodes de l'année (l'autre se situant autour du 25 novembre) où les femmes sont au centre de l'attention médiatique, mettre en avant ce thème-là est tout de même un choix pour le moins contestable. Car même si les articles étaient plus ou moins nuancés, le message qui passe subrepticement est le suivant : y a pas que les femmes qui sont victimes de violences, pourquoi on parle toujours d'elles ? C'est comme si, en pleine campagne pour l'égalité des salaires, on proposait un reportage sur ces hommes qui gagnent moins que leurs compagnes. Sans jamais faire la différence entre un système de violences (ou d'inégalité salariale) et des cas individuels.

La médaille d'argent revient à l'émission de débat dominical, Mise au Point, qui en ce jour du 8 mars, a quand même trouvé le moyen de proposer un plateau 100% masculin (sans même parler des stupides ricanements de Revu et Corrigé dont les invités étaient, fait moins habituel, également tous des hommes). Alors que la même semaine,on annonçait que les deux tiers des exclus du chômage étaient des femmes – et de plus des femmes qui souvent avaient travaillé, mais à temps partiel, donc pas suffisamment pour garder leurs allocations. Mais voilà un sujet pas assez intéressant (parmi bien d'autres possibles) pour mettre un focus sur les femmes, avec des femmes, pour une fois (2).

Et la médaille d'or, alors ? Qui peut bien battre ces excellents candidats ?

 

Mis à jour (Mardi, 10 Mars 2015 10:35)

 

Dois-je partir ?

Tu es belge, tu es aussi juif. Jusqu'ici, tu te sentais parfaitement non pas intégré, mais simplement chez toi.

Et voilà que depuis quelque temps, tu commences à te sentir mal à l'aise. Des mots blessants, des plaisanteries douteuses, tu en entends de plus en plus souvent. Toi, fils d'un petit tailleur misérable, tu ferais partie d'un peuple de banquiers, de maîtres du monde. Ta différence ne se voit pas toujours ; mais quand tu dis ton nom, des sourcils se froncent ; on te renvoie à la tête les crimes d'Israël en Palestine, commis en ton nom, paraît-il, même si tu n'en as que faire.

Mais ce sont les tiens qui servent de cible dans la longue litanies des tueries : Toulouse, Bruxelles, Paris, Copenhague... sans compter les attaques contre des lieux de culte, des profanations de cimetières, des agressions verbales ou même physiques contre des garçons qui portent la kippa. Tu te moquais de ceux qui voyaient de l'antisémitisme derrière chaque critique d'Israël ; tu n'es plus aussi sûr de toi.

Tes certitudes vacillent. Toi qui mets rarement les pieds dans une synagogue, qui te contentes de jeûner le jour de Yom Kippour et qui trouves plutôt rigolo de fêter le Nouvel An deux fois chaque année, tu sortirais bien avec une kippa sur la tête, tiens, rien que pour voir ce que ça fait ; mais tu te rends compte que tu n'oserais pas. Et c'est insupportable. Alors parfois, tu te poses la questions : dois-je partir ?

Mais partir où ? Vers quelle Amérique de rêve, avec ses injustices et ses violences ? Vers quelle Australie dont tu ne sais rien ? Ou alors pour Israël, où au moins tu es attendu, souhaité, ne serait-ce que pour appuyer un effort de guerre dont tu ne veux pas, devenir l'un de ces colons que tu vomis et élever tes enfants dans l'un des endroits les plus dangereux et les plus militarisés de la terre, alors que justement tu aurais fui pour assurer leur avenir ?

Mais voilà que ministres, médias, intellectuels, se bousculent pour te retenir : non, ne nous quitte pas, ta place est ici. Sans toi, ce pays ne serait pas ce pays, que toi et les tiens avez contribué à bâtir. Tu fais partie de ses racines, tu partages ses valeurs...



 *                    *

     *

 

Tu es belge, tu es aussi musulmane. Jusqu'ici, tu te sentais parfaitement non pas intégrée, mais simplement chez toi.

Et voilà que depuis quelque temps, tu commences à te sentir mal à l'aise. Des mots blessants, des plaisanteries douteuses, tu en entends de plus en plus souvent. Toi qui as obtenu un master avec les félicitations du jury, tu ferais partie d'un peuple ignare, brutal, paresseux, qui enferme ses femmes. Ta différence ne se voit pas toujours ; mais quand tu dis ton nom, des sourcils se froncent ; on te renvoie à la tête les crimes de Daech, commis en ton nom, paraît-il, même si tu n'en as que faire.

Mais ce sont les tiens qui sont la cible d'une longue litanie des discriminations : contrôles policiers au faciès, refus d'emploi, .. sans compter les attaques contre des lieux de culte ou des agressions, verbales ou parfois même physiques, contre des femmes voilées. Tu te moquais de ceux qui voyaient de l'islamophobie dans chaque exhortation à te démarquer des bourreaux tuant au nom de cette religion qui est aussi la tienne ; tu n'es plus aussi sûre de toi.

Tes certitudes vacillent.  Toi qui mets rarement les pieds dans une mosquée, qui te contentes de respecter le Ramadan et qui adores la tradition de la fête du mouton, tu sortirais bien avec un voile sur la tête, tiens, rien que pour voir ce que ça fait ; mais tu te rends compte que tu n'oserais pas. Et c'est insupportable. Alors parfois, tu te poses la questions : dois-je partir ?

Mais partir où ? Vers une Arabie de rêve, avec ses injustices et ses violences ? Ou, penses-tu avec une ironie triste, là où vont tes frères et soeurs fuyant les guerres, tenter de rejoindre Lampedusa et se noyer en Méditerranée ? Ou alors là où tu es attendue, souhaitée, en Syrie, en Irak, en Lybie, pour soutenir cette guerre dont tu ne veux pas et élever tes enfants dans l'un des endroits les plus dangereux du monde, alors que justement tu aurais fui pour assurer leur avenir ?

Tu veux partir ? Tandis que ministres, médias, intellectuels, détournent la tête sans voir ta détresse, le peuple des forums te lance au visage : allez vas-y, casse-toi, sans toi ce pays sera à nouveau notre pays, avec ses racines, avec ses valeurs !

 

Voilà : vous êtes pareils, et pourtant c'est tellement différent... Une différence qui doit faire mal.

Mis à jour (Vendredi, 20 Février 2015 11:19)

 

De la non mixité

 

« Un homme féministe n’est pas celui qui intervient dans les groupes féministes

ou qui se fait le porte-parole de la libération des femmes […]

mais celui qui reconnaît avoir quelque chose à attendre du mouvement des femmes,

qui le soutient de son attention, de sa pensée et de son action,

et qui en relaie les enjeux dans ses comportements et son action » (1).

(Françoise Collin)

 

Ce 8 mars, une série de collectifs et de militantes féministes organisent une manifestation dans les rues de Saint-Gilles. « Pour interpeller et politiser le débat qui reste trop souvent enfermé dans le politiquement correct (le 8 mars, tout le monde est en faveur des droits des femmes !), mais aussi pour encourager et renforcer la participation des femmes à travers les luttes sociales pour une meilleure prise en compte des réalités qui leur sont propres, les organisatrices ont choisi de marcher entre femmes, renouant ainsi avec la pratique de la non-mixité ponctuelle, un outil un peu oublié du mouvement féministe qui a pourtant l’intérêt d’appuyer la prise de conscience et la prise de confiance dans une démarche d’auto-émancipation ».

Larmes d'exclus

Que n'ont-elles pas écrit là ! « Marcher entre femmes » ! « Non-mixité » (fût-elle « ponctuelle ») ! Les réactions fusent : « Je ne comprends pas cette restriction ». « Bien curieux d'entendre les arguments en faveur de la non mixité d'une manifestation visant à l'égalité des droits...  » « Voilà une initiative de nature à décrédibiliser la lutte légitime des femmes pour une vraie égalité » . « L'appel à manif dénonce le sexisme , mais le pratique lui-même ». « C'est discriminant,  peu porteur pour un avenir meilleur, et excessif ». Sans compter celui qui, pas excessif du tout, dénonce un djihadisme féministe !

Ce sont des réactions d'hommes, de femmes ou même d'associations comme des plannings ou le Gacepha (Groupe d\’Action des Centres Extra-Hospitaliers Pratiquant des Avortements), héritiers directs des féministes des années 1970.

Voilà qui en dit long sur le recul ou même l'effacement d'une analyse féministe.

Mis à jour (Mercredi, 04 Mars 2015 09:51)

 

Ecole Da Vinci : des médias sans retenue

Imaginons. Une dépêche tombe dans les rédactions : bagarre devant le lycée Jean-Gol à Uccle, un jeune homme tabassé pour avoir, dit-il, soutenu la reconnaissance immédiate de l'Etat palestinien. Choqué et blessé à la tête, il explique que le prof d'histoire a abordé la question du Moyen-Orient d'une façon qui a déplu à certains élèves, qui ont lancé une pétition pour exiger sa démission, manipulés, dit-on, par le professeur de religion juive. Le jeune homme est le seul de sa classe, avec un autre camarade, à avoir refusé de signer. Un des gros bras de la classe l'attendait à la sortie avec des copains et des battes de base-ball. Le résultat est spectaculaire.

Malaise dans les rédactions. Certains proposent de lancer immédiatement le titre : « Uccle : tabassé pour son soutien à la Palestine ». D'autres préfèrent : « Uccle : le prof de religion juive a-t-il manipulé ses élèves ? » C'est qu'il faut être le premier sur la balle (ou la batte), pouvoir annoncer en ligne une info « exclusive » et demain, attirer l'oeil chez les libraires avec un titre "trash", bien mieux que ceux qui vont bêtement titrer sur la dette grecque !


On a dérapé, mais quand même... 

Pure fiction ? En effet. D'abord parce que cette histoire n'a (heureusement) pas eu lieu. Mais aussi parce que je suis prête à parier que les journalistes, du moins ceux de la presse dite « de qualité » (je ne parle pas de ZutUnFaux) tourneraient sept fois leur souris dans leur ordi avant de balancer l'information sans autre vérification. Parce que les juifs « ne sont pas comme ça » (bien qu'une organisation comme la Ligue de Défense Juive soit classée dans certains pays comme organisation terroriste). Qu'on ne se fait pas tabasser pour avoir soutenu la Palestine. Que la violence est dans « l'autre camp ». Et donc, comme un tel fait ne rentre pas dans les grilles de lecture (ou plus basiquement, les croyances) des journalistes, ils prendraient le temps de vérifier, recouper les informations, et la précaution de mettre des conditionnels là où le doute subsiste et où les versions se contredisent, avant de balancer l'info. Bref, ils feraient leur boulot.

Or justement, cela n'a pas été le cas dans ce qui s'est passé à l'école Da Vinci la semaine dernière.


Mis à jour (Vendredi, 06 Février 2015 13:14)

 
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