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Réflexions sur l'antisémitisme : compte-rendu subjectif d'une conférence de Delphine Horvilleur

Lorsqu'elle vient parler dans les écoles, il suffit qu'elle apparaisse pour, déjà, casser les stéréotypes, et ce n'est pas seulement, comme elle en plaisante, parce qu'elle « ne ressemble pas à Rabbi Jacob ». Delphine Horvilleur est une femme rabbin (pas sûre que l'Académie ait déjà sanctifié « rabbine ») et elle tranche, par son apparence comme par son langage, par rapport à l'idée qu'on se fait d'un·e « serviteur de Dieu » (le féminin, « servante », ayant un tout autre sens. Et l'Académie n'a pas non plus adoubé « serviteure » ou « servitrice »...)

Ce 28 février, elle donnait une conférence et rencontrait un public nombreux au Musée juif de Bruxelles autour de son dernier livre, consacré à l'antisémitisme, au moment même où à quelques centaines de mètres de là, les avocats de Mehdi Nemmouche plaidaient l'innocence de leur client et l'existence d'un mystérieux « complot » pour expliquer l'attentat contre ce même Musée, le 24 mai 2014.

Je ne prétends ni à un compte-rendu exhaustif, ni objectif, je partage ici les points qui m'ont frappée, avec quelques commentaires de mon cru ; pour le reste, il y a le livre (1).

 

Une oreille particulière

Pour commencer, l'oratrice a exprimé la répétition d'un grand sentiment de solitude, dans le constat que des attentats visant spécifiquement les juif.ves ne poussent pas le peuple entier dans les rues. Avec cette question que beaucoup se sont posée : s'il n'y avait eu « que » l'attaque contre l'HyperCasher, y aurait-il eu une mobilisation sur le mode des « Je suis Charlie » ? On peut répondre à la question en se souvenant du peu de réactions après les meurtres commis par Merah dans une école juiv. Mais on peut aussi, et ceci est une remarque personnelle, se souvenir du rassemblement qui a suivi l'attentat contre le Musée juif, où j'ai retrouvé des amies musulmanes qui ont même assisté, stoïquement, à l'hymne israélien en hommage à deux des victimes. Il est vrai que nous n'étions pas des milliers, mais les juif.ves n'étaient pas seul.es (j'ai même repéré quelques athées).

Delphine Horvilleur est également revenue sur les chiffres accablants des actes antisémites en France (plus 74% en 2018...) et sur le dernier « incident » en date, les insultes contre Alain Finkelkraut lors d'une manifestation des gilets jaunes. L'insulte « sale juif » a-t-elle été prononcée, ou non ? Plutôt que de nous renvoyer, comme tant d'autres l'ont fait, à la Xième seconde de la Zième vidéo de l'événement, l'oratrice affirme simplement que de toute façon, prononcée ou pas, l'insulte a été entendue par beaucoup de juif·ves. C'est « notre oreille particulière », dit-elle. D'autres l'appelleront peut-être « paranoïa », mais je dois bien l'admettre : moi aussi j'ai cette oreille.

Là où la réflexion de Delphine Horvilleur est la plus originale et pour moi, la plus passionnante, c'est la relation qu'elle fait entre antisémitisme et misogynie, ou entre judaïsme et une sorte d' »incomplétude » humaine. Malgré les limites de mon intérêt religieux, je l'ai écoutée parler de la bible avec une sorte de fascination. Rappeler par exemple à quel point les « héros » juifs sont affublés d'un handicap : Abraham est stérile, Isaac aveugle, Jacob boîteux et Moïse bégaie. Elle a souligné aussi la façon dont les antisémites ont, au long l'hsitoire, considéré les hommes juifs comme « efféminés » (au point qu'au Moyen Age, certaines théories leur attribuaient des menstruations!). Autre remarque personnelle : cette « dévirilisation » n'a pas empêché le patrriarcat juif de se rattraper en imposant une lecture très masculine du judaïsme, notamment avec cette prière matinale où les hommes remercient Dieu « de ne pas m'avoir créé femme », les femmes de leur côté se contentant d'avoir été « créée telle que je suis »...

 

Parenthèse

Ici j'ouvre une longue parenthèse : une autre réserve qui m'est venue, plus générale, est le lien avec l'antisionisme (2). Pour DH, il semble « évident » de lier antisionisme et antisémitisme, le sionisme dont elle se réclame consistant simplement à admettre le droit pour le peuple juif, comme pour n'importe quel autre peuple, à un « foyer national ». Une définition qui, pour moi, masque deux réalités : d'une part, que ce « foyer national » s'est constitué en chassant un autre peuple des terres où il vivait (je ne rentre pas dans la discussion d'un droit lié à une « ancienneté », réelle ou imaginaire : des gens vivaient là sans que ce soit le résultat d'une conquête illégitime, et le slogan d'« un peuple sans terre pour une terre sans peuple » est un mythe) ; d'autre part, le sionisme suppose qu'Israël soit le pays de « tous les juifs », ce qui implique le droit de prendre le cas échéant la place d'autres qui y vivent déjà et donc, par le principe même, « justifie » la colonisation, dont l'expansion date de bien avant le gouvenrement actuel. Je ferme la parenthèse.

 

 

Cours d'humour juif

Citant la désormais célèbre mise en garde de Frantz Fanon ("Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l'oreille, on parle de vous" ), elle a tout de même souligné la différence fondamentale entre l'antisémitisme et d'autres formes de racisme (tout en ajoutant qu'il s'agit bien d'une différence, pas d'une hiérarchie ou d'une « concurrence des victimes ») : alors que la plupart des racismes sont des réactions de supériorité (l'autre est un.e barbare, pauvre, pas éduqué.e...), l'antisémitisme est une sorte de « racisme d'infériorité » : les juifs sont malins, ils ont le pouvoir, l'argent, ils bénéficient de la complicité des « élites » dont ils font d'ailleurs partie... Ce qui a deux implications : d'une part, que tout mouvement « anti élites » est porteur d'un risque de regain d'expressions d 'antisémitisme ; d'autre part, que le soutien bruyant du pouvoir, de ces « élites honnies » précisément, comme on le voit actuellement en France, joue contre les juif.ves en voulant les « protéger ». Ce que Henri Goldman explique par une image frappante dans un texte publié dans le Vif (3) : « Je ne veux pas être assimilé au chouchou de la maîtresse qui, dans toutes les cours de récréation du monde, finit par être détesté et persécuté par ses proprs condisciples ».

Mais alors, que faire ? Delphine Horvilleur aimerait, bien plus que les déclarations institutionnelles, ou du moins à côté de celles-ci, un combat populaire contre l'antisémitisme. Elle rêve de prises de position de personnalités qui ont l'écoute des jeunes, comme des youtubeur·ses, des footballeurs.. Et bien sûr, l'éducation est une priorité. On peut penser que c'est une tarte à la crème (ou au fromage, je préfère), sauf que Delphine Horvilleur y introduirait (et elle l'a proposé sérieusement à la ministre de l'époque) des cours d'humour juif.

Au fait, pour en revenir au sionisme, vous la connaissez, celle-là ? C'est une femme et son fils, dans un bus à Tel Aviv. Le fils parle à sa mère en hébreu,et la mère ne cesse de le reprendre : dis-le en yiddish... Jusqu'au moment où d'autres passagers s'énervent : mais enfin madame, nous sommes en Israël, ici on parle hébreu, pourquoi voulez-vous que votre fils parle en yiddish..? Et elle répond doucement : Pour qu'il n'oublie pas qu'il est juif...

 

 

(1) Delphine Horvilleur, Réflexions sur la question antisémite, Grasset

(2) Ma remarque concerne ce que j'ai entendu à la rencontre de 18h. Selon certains échos, Delphine Horvilleur a été plus nuancée lors de sa conférence du soir.

(3) Henri Goldman, « Le sionisme est-il un antisémitisme ? », Le Vif, 28/2/2019

Mis à jour (Vendredi, 01 Mars 2019 17:42)

 

L'une doute, l'autre pas

Préambule :

Ceci n'est pas un compte-rendu, même subjectif, de la conférence de Christiane Taubira à Flagey. J'en profite juste pour développer quelques idées personnelles. Je me rends bien compte que pour beaucoup, son discours à elle est bien plus intéressant que mes réactions à moi, mais pour cela il faudra voir ailleurs (elle a donné plusieurs interviews, au Soir, à Entrez sans frapper...)

 

Ce 22 février, je suis allée écouter Christiane Taubira, pour sa conférence inaugurale du colloque « la religion dans la cité », avec comme thème central « le corps des femmes ». Une salle pleine et enthousiaste, un accueil de star, à la fin des gens debout et des applaudissements comme si on espérait un rappel.

Christiane Taubira est une femme impressionnante, courageuse, une oratrice hors pair, capable de parler durant près d'une heure pratiquement sans notes, citant de mémoire des poètes, en ouverture et en clôture de son intervention. Elle a aussi démontré brillamment qu'introduire le féminin à l'oral n' « alourdit » nullement le discours, mais permet au contraire d'éclaircir la pensée : ainsi, quand elle dit que la « Révolution française a introduit l'idée d'égalité pour tous », elle ajoute non sans malice que « pour tous » signifie bien « pour tous » et pas « pour toutes », les femmes en étant exclues.

Après les roses, vient le pot... La première remarque est d'ordre général : pour parler de la « Religion dans la cité », le choix des organisatrices* s'est porté sur la mise en exergue de la critique des religions. Le comble étant la rencontre sur « le corps qui aime, le corps qui jouit » qui prétend expliquer le regard des religions sur la sexualité en donnant la parole à trois femmes très éloignées de toute pratique religieuse, ce qui me paraît pour le moins biaisé. J'ajoute aussitôt que parler de « religion » implique bien sûr de laisser une place à la « critique de la religion », mais le programme me semble laisser une place très limitée à la défense.

Le choix de Christiane Taubira, dans ce cadre-là et comme tête d'affiche, pose également question, malgré tout le respect que je lui porte. L'écouter n'a pas dissipé mes interrogations. Sa thèse centrale étant que les trois religions du Livre, qui s'affrontent si durement sur certains sujets, sont au moins d'accord sur un point : la volonté de contrôler le corps des femmes. Et il n'est pas difficile de démontrer - et démonter - cette obsession de « pureté », qui limite la liberté des femmes, que ce soit dans leur façon de s'habiller, leur sexualité, et plus généralement la possibilité de choisir leur vie. Christiane Taubira a élargi le sujet, convoquant poètes, philosophes, militant·es qui se sont mobilisé·es autour de cette notion de « liberté », qui m'a semblé d'ailleurs le sujet central de son intervention, plus que les religion ou le corps des femmes. Et bien sûr c'était intéressant en soi.

Ma frustration vient de ce qu'elle n'a pas dit : comment les religions (celles du Livre comme les autres) ne sont qu'une des formes du patriarcat, qui peut être tout aussi pesant dans d'autres cultures - demandez donc aux femmes indiennes ou japonaises si elles ont l'impression que leur corps n'est pas strcitement contrôlé... ; mais aussi dans des domaines tout à fait sécularisés, comme le monde médical bien de chez nous - voir la levée toute récente du silence sur les violences gynécologiques et obstétricales subies par tant de femmes, juste au nom de la « science », sans qu'il y ait besoin de nulle référence à une quelconque divinité.

Ce qui m'a manqué aussi, c'est une ouverture vers celles qui réfléchissent et se battent au sein même d'un contexte religieux. Il me paraît de plus en plus évident, à mesure que j'apprends à connaître d'autres approches féministes que la mienne, que l'émancipation des femmes croyantes ne viendra pas de discours extérieurs, mais de l'intérieur même des religions, d'une relecture, d'une réinterprétation des textes et des pratiques sur laquelle moi, athée, je n'ai rien à dire, sauf : allez-y, je suis à vos côtés !

Et je le pense d'autant plus fort que juste après la conférence de ChristianeTaubira, j'ai passé une soirée multiculturelle, drôle, subversive, avec des féministes d'origines et de convictions très diversifiées, et que je me suis dit que c'était tellement plus enrichissant qu'un discours trop formaté, que cela permettait tellement mieux de faire sauter les idées reçues sur ces femmes « soumises » ou incapables de comprendre tout choix de vie différent du leur... La liberté, qui reste pour moi une interrogation, un doute, un bousculement, c'est là que j'ai eu l'impression de la rencontrer.


* je le mets au féminin puisque cette rencontre ne réunit que des oratrices – ce qui change des discours sur la religion, généralement portés uniquement par des hommes sans que cela semble poser question

 

Carpe farcie (d'intentions douteuses)

 

Non, mais vous êtes sûre... ? Sûre de chez sûre... ? Parce que sur les vidéos, on n'a pas entendu « sale juif ». Enfin, pas clairement. Même pas le premier intéressé. D'autres l'ont entendu, ou cru l'entendre. On a entendu « sale sioniste de merde, retourne chez toi à Tel Aviv » (1), mais c'est juste l'effet d'une divergence politique ; on a entendu « tu vas mourir », mais bon, quoi, c'est vrai, tout le monde va mourir ; on a entendu « homophobe de merde, sale enculé », ce qui montre une capacité d'insultes à large spectre. En tout cas, « sale juif » c'est pas clair du tout. Et donc, vaut mieux rester prudent·e et ne pas tirer de conclusions hâtives.

Et le tag de croix gammée sur le portrait de Simone Veil  ? C'est peut-être juste un opposant à la loi sur l'avortement, un de ces « veilleurs » qui s'intéressent moins aux vivant·es qu'aux « enfants à naître », bon c'est pas très malin ou même franchement odieux, la comparaison avec le nazisme, mais y voir de l'antisémitisme, c'est aller vite en besogne, non... ?

Et le « Juden » tracé sur la vitrine d'un magasin Bagelstein à Paris ? C'est peut-être juste une façon d'indiquer aux passants quel type de nourriture on trouve ici – un peu comme sur resto.be, là c'est de la cuisine africaine, en face de l'italienne... – ou encore, une gaminerie d'un client mécontent ou victime d'une indigestion après avoir goûté les bagels locaux... On ne peut pas savoir, hein.

Et ces arbres plantés en mémoire d'Ilan Halimi, et qui ont été sciés ? C'est peut-être juste une forme de protestation maladroite contre la déforestation...

Et les fines allusions aux Rotschild maîtres du monde, sur des banderoles anti-Macron et jusque dans un magazine de la BNP.... c'est juste une petite erreur de calcul tout à fait anodine...

Bref, il faut vraiment être obsédé.e pour voir de l'antisémitisme partout.

 

« Façon de parler »

Assez ! Asez de déni, de contorsions, d'interprétations hasardeuses. Assez d'analyses subtiles – ou grossières – de relativisations (oui mais Israël... oui mais le « lobby juif »...) ; assez aussi, et je le dis en me démarquant d'une partie de mes ami·es et de ma famille politique, de cette façon de noyer la chasse au gefilte fish dans les méfaits généraux de la pêche industrielle.

Car bien sûr, je suis d'accord qu'il faut lutter contre tous les racismes ; et je vois bien comment la lutte contre l'antisémitisme et les grandes déclarations de judéophilie, de la part de certains pouvoirs, sont de pures manipulations de plus maladroites, encourageant la détestable concurrence des victimes et  risquant de renforcer encore l'antisémitisme ambiant (2).

Il reste que l'antisémitisme n'est pas un racisme comme les autres ; chacun a d'ailleurs ses spécificités (que l'on songe à la différence entre la négrophobie et le racisme dont font l'objet les Asiatiques), qui impliquent à la fois la solidarité pour toutes ses victimes et la nécessité de combattre de manière particulière chacune de ses formes.

Car dans nos sociétés le racisme « maistream », si l'on ose dire, est un racisme « anti-pauvres ». Aux juifs, au contraire, on reproche l'argent et le pouvoir, d'ailleurs largement fanstasmés (3).

Les juif.ves souffrent certainement de moins de discriminations institutionnelles que d'autres minorités. En même temps, ils sont davantage menacés, comme on le constate avec la présence de la police ou de militaires devant leurs lieux de culte ou de culture, ou de leurs écoles. Ils sont aussi soupçonnés de ne jamais appartenir tout à fait à la communauté nationale (faire le lien avec le "rentre chez toi"), non par manque d' « intégration » comme reproché à d'autres, mais par une sorte de « traîtrise naturelle ». On se souviendra de Raymond Barre, premier ministre à l'époque de l'attentat de la rue Copernic en octobre 1980, déclarant : « Cet attentat odieux voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et il a frappé des Français innocents qui traversaient la rue ».

L'antisémitisme a aussi ceci de particulier qu'on n'a pas besoin d'être juif pour en « bénéficier ». C'est ainsi que le footballeur M'Bappé a été l'objet d'un tag haineux le traitant de « nègre enjuivé ». Ce qui me rappelle une anecdote personnelle : lors d'une réunion syndicale interentreprises, une déléguée se plaignait de l'impossibilité de discuter avec son patron, car « il ne pense qu'à l'argent, il est juif ». Comme personne ne réagissait parmi les goys présents, j'ai pris tout mon courage et ma pédagogie pour lui expliquer, sans m'énerver, en quoi c'était de l'antisémitisme, donc du racisme. Et elle, à la fin de mon laïus : « Mais il n'est pas du tout juif, c'est une façon de parler ! » Et mon permanent, se tournant vers moi : « Tu vois, ce n'est pas antisémite ».

 

Meilleur ennemi antisémite

Alors ce mardi soir, à Paris et dans diverses villes françaises, certain·es défileront contre les « islamogauchistes », d'autres « contre l'antisémitisme d'extrême-droite », et d'autres encore « contre tous les racismes ». Qui sait, quelqu'un brandira peut-être même le vieil antisémitisme chrétien, car même s'il y a prescription quant à la responsabilité du meurtre présumé du Christ, il reste un fond d'antijudaïsme qui a quand même prospéré durant vingt siècles dans nos sociétés dites « judéo-chrétiennes », le « judéo » n'étant là que pour la décoration.

Comme on a son « meilleur ami noir », on a aussi son « meilleur ennemi antisémite », qui est toujours dans le camp d'en face. Et la marge est étroite entre les mâchoires du double piège, d'un côté la manipulation politique des déclarations judéophiles et de l'autre, la noyade de la carpe farcie dans l'océan infini des poissons menacés.

C'est vrai que j'ai l'air en rogne. C'est parce que je le suis. Et ma colère est à la mesure de mon sentiment d'impuissance.

 

(1) Comme le fait remarquer quelqu'un sur Facebook, il est assez cocasse pour un antisioniste de vouloir renvoyer les juifs en Israël

(2) Cet événement sordide de sépultures tagguées n'est peut-être pas sans lien avec les rassemblement de ce soir...

(3) Pour le mythe de la richesse généralisée des juifs, il y a cette blague-proverbe qui vient de la Pologne d'avant-guerre : « Quand un juif mange du poulet, c'est que l'un des deux est malade ».



PS : Je n'ai, volontairement, évoqué ni l'antisémitisme supposé des gilets jaunes, ni les rapports avec l'antisionisme. Sur le premier sujet, voir la réfutation de l'UJFP. Quant au second, je reprends ci-dessous les catégories de l'UPJB, que je partage entièrement.

 

Définition de l'antisionisme par l'UPJB :

Antisionisme
Sert à désigner tous les courants politiques opposés au sionisme, soit dans son projet (jusqu’en 1948), soit dans ses conséquences : la constitution d’un État juif en Palestine largement fondé sur la spoliation du peuple palestinien et les politiques conduites par cet État depuis sa naissance. Mais cette étiquette recouvre des courants très différents, qu’il faut éviter de confondre.
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1. L’antisionisme palestinien.
Pour un peuple privé depuis 1948 (création de l’État d’Israël) de ses droits les plus élémentaires, l’antisionisme est une évidence. Cet État s’est en partie établi sur des terres palestiniennes conquises lors de la "guerre d’indépendance" de 1947-48 (dont une conséquence fut la Nakba), il se définit comme un État ethnique juif, alors qu’il comporte parmi ses habitants une minorité importante de Palestiniens qui y vivent comme des citoyens de seconde zone, et, depuis près de cinquante ans, il occupe ou contrôle illégalement divers territoires – Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la Bande de Gaza, ainsi que le territoire syrien du Golan – et y installe des colonies de peuplement au cœur de la population palestinienne qui subit un régime colonial d’apartheid.
L’antisionisme palestinien est largement partagé par les mouvements de libération des pays du Sud, qui perçoivent le sionisme comme un avatar du colonialisme européen.
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2. L’antisionisme de la gauche européenne
Avant la Seconde Guerre mondiale, la gauche était plutôt hostile au projet sioniste. Engagée en faveur de l’égalité citoyenne des Juifs dans les sociétés où ils vivaient, elle ne pouvait accepter le postulat sioniste que cette égalité est une chimère et que l’antisémitisme est inévitable.
Pourtant, à la Libération, la gauche européenne dans sa plus grande partie a accueilli favorablement la création d’Israël comme une réparation du génocide dont les Juifs furent victimes sur le sol européen. Quand cet État s’engagea résolument dans le camp occidental en se plaçant sous le bouclier américain, le mouvement communiste critiqua vigoureusement sa politique, sans remettre en cause ses fondements qu’il avait approuvés.
Cette critique se modifia à partir de 1967 et de l’occupation par Israël de nouveaux territoires palestiniens. À ce moment-là, il apparut à certains – notamment issus de la nouvelle gauche radicale – que cette politique n’était que le prolongement du projet sioniste encore inachevé qui postulait la conquête de toute la Palestine. Les territoires conquis n’étaient pas un gage pour la paix, comme ce fut prétendu à l’époque, mais l’occasion d’une nouvelle colonisation et d’une nouvelle expansion territoriale. Cet accomplissement du sionisme est aujourd’hui ouvertement affirmé par les dirigeants israéliens. Il a redonné vigueur à un antisionisme de gauche qui n’a rien à voir avec de l’antisémitisme.
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3. L’antisionisme antisémite
Les antisémites d’aujourd’hui utilisent l’hostilité qu’inspire la politique israélienne dans une grande partie de l’opinion publique mondiale pour la canaliser vers la haine des Juifs en tant que tels. Pour eux, le sionisme n’est que l’actualisation du vieux complot juif qui vise à dominer le monde. Israël ne serait plus un pion de l’impérialisme américain comme cela se disait auparavant, mais c’est l’inverse qui est affirmé : ce sont les Américains qui seraient à la botte du sionisme (lisez : des Juifs). En de nombreux endroits, l’affirmation antisioniste n’a été que la feuille de vigne de l’antisémitisme le plus rétro, comme en URSS sous Brejnev (émigration de quelques millions de Juifs soviétiques) ou dans la Pologne communiste en 1968 (purges au sein du Parti communiste). Mais aussi dans le monde arabo-musulman, à travers des déclarations de dirigeants importants (le Syrien Bachar El Assad, l’Iranien Ahmadinejad) ou le recyclage des Protocoles des Sages de Sion, en Égypte et à Gaza, ainsi que par le prestige qu’y a acquis le négationniste Roger Garaudy après sa conversion à l’islam. Cet antisionisme antisémite rencontre malheureusement un certain écho dans des courants marginaux de la gauche radicale européenne. La figure très médiatique de Dieudonné, pour qui "les sionistes ont tué Jésus", fédère ces courants.

 


Mis à jour (Mardi, 19 Février 2019 17:16)

 

La colibri et les vautours

Plus de 70 000 personnes, à la grosse louche, à manifester « pour le climat » lors de deux grands rassemblements à Bruxelles, en décembre puis en janvier.

3000, puis 12 000, puis 35 000 jeunes dans les rues, brossant les cours sur le thème « à quoi bon aller à l'école si on n'a pas d'avenir ? »

Bref, alors qu'on croyait que les migrants et surtout la meilleure (c-à-d la pire) manière de les arrêter aux frontières de la forteresse Europe seraient au centre des prochaines élections, il se pourrait bien que ce soit plutôt le sort de la planète – et c'est tant mieux.

Laissons ricaner les moqueurs, les Siegfried Bracke accordant du haut de Sa Condescence le droit aux jeunes de « dire des bêtises », les De Wever (Bart) vs De Wever (Anuna), les Godefridi et autres GLB, et penchons-nous sur celles et ceux qui nous veulent du bien, à nous et à notre progéniture (qui est aussi la leur). Et ce sont les réactions qui sont peut-être les plus préoccupantes.

 

Version n°1 : « On fait déjà plein de choses mais on ne l'explique pas assez ». Charles Michel, Marie-Christine Marghem, et plus généralement les politiques actuellement aux affaires nous rétorquent que certes, nous respirons de l'air pollué et mangeons des saloperies, mais qu'en pourcentage rapporté au carré de l'hypoténuse, ça va quand même mieux depuis leur arrivée au pouvoir, et que ça ira encore mieux si on les y maintient. Et prêt.es à nous envoyer des "coaches" pour nous aider sinon à respirer, du moins à calculer à leur manière.

 

Version n° 2 : « On n'en fait pas assez, les politiques doivent se mobiliser davantage », ça c'est quand on est dans l'opposition, on en oublierait presque qu'eux aussi ont été au pouvoir et que cette fameuse « mobilisation », on ne l'a pas vraiment vue passer (on peut faire une exception pour les écologistes qui s'égosillent depuis longtemps dans le désert et sous les quolibets, qui vont de la « rage taxatoire » au « avec eux on va devoir  s'éclairer à la bougie ».

 

Reste la version n° 3, valable pour tou.tes : le coup du colibri.

Ah le colibri, je n'en peux plus du colibri, vous savez, ce tout petit oiseau qui, quand la forête brûle, n'éteindra pas l'incendie mais aura fait sa part en jetant sur le feu des goutelettes à la proportion de sa taille... Quel succès ! Un bel exemple avec cette Carte Blanche de Claire Vandevivere, Echevine de l’environnement à Jette, intitulée « Prêt à boire dans une gourde et à résister au dernier Smartphone? »

A qui on a aussitôt envie de répondre : « Prête à renoncer à toute publicité pour l'eau en bouteille ou pour le nouveau smartphone dernier cri » ?

Une belle campagne d'activistes pour le climat rappelle que l'éclairage d'un panneau publicitaire égale à la consommation en électricité de trois ménages. Alors, prêt.es à interdire l'éclairage ds panneaux publicitaires ? Prêt.es à limiter, sinon supprimer la publicité dans l'espace public ? Cette publicité qui nous encourage à consommer plus, à céder à toute pulsion d'achat, à « se faire plaisir » comme iols disent (et à faire plaisir aux actionnaires, comme ils ne disent pas) ? Prêt.es aussi à mieux partager les richesses, pour que « moins de consommation » des un.es ne signifie pas « moins d'emplois », ou emplois de moins bonne qualité, pour tant d'autres ?

Et nos médias, sont-ils prêts à faire un effort de cohérence, en s'abstenant de présenter, « sans transition », avant ou après un sujet sur le climat, un reportage enthousiaste sur les canons à neige dans les Ardennes, le doublement du nombre de passagers à l'aéroport de Charleroi, ou encore la construction d'un super-méga-bateau de croisière aux chantiers navals de Saint-Nazaire ? Ces exemples sont tirés de JT récents de la Une et de France 2.

Alors, le colibri peut faire de son mieux, et on peut l'applaudir et l'encourager. Mais ne pas oublier que pendant ce temps, les vautours tournoient dans le ciel en ricanant, n'hésitant pas à jeter du kérosène (non taxé) sur le feu.

Ah oui, et au fait : ne pas oublier aussi que, si « chacun fait sa part », il faut que cette part soit plus équitablement partagée. Parce que fabriquer ses propres produits d'entretien, amener l'enfant à la crèche en vélo plutôt qu'en voiture, faire ses courses dans plusieurs petits magasins plutôt qu'au supermarché, ... c'est encore et toujours le colibri femelle qui va devoir s'y coller.

Mis à jour (Jeudi, 31 Janvier 2019 10:16)

 

Un statut pour les personnes prostituées ?

Le 22 novembre dernier, l'AFICo organisait à Namur une rencontre sur le thème : quel statut pour les TDS ?

Ecrit comme ça, l'intitulé paraît aussi « mystérieux » qu'innocent. Mais lorsque l'on sait que l'AFICo est une ASBL liée à la FGTB et que les TDS sont les travailleur.ses du sexe, cela se complique. Et d'autant si l'on sait que c'est le groupe de réflexion et action « genre » de l'AFICo qui a initié la réflexion. En face : Espace P et l'UTSOPI.

 

Pas de position

Avec le port du foulard, la prostitution est certainement le sujet le plus clivant dans les mouvements féministes. Celui dont on n'arrive même pas à débattre, celui qui interdit de se fréquenter, de participer aux mêmes manifestations (1).

Pour être claire sur l'endroit « d'où je parle », c'est un combat dans lequel je ne suis pas vraiment impliquée, mais qui ne peut que m'interpeller en tant que féministe. Si tout au fond de moi, j'aimerais une société « idéale » sans prostitution, je ne me reconnais pas dans la position abolitionniste, et en particulier, je trouve l'équation souvent brandie « prostitution = viol » d'une très grande violence envers les personnes concernées. Et après des débats d'un an au sein de l'asbl Garance, je partage la position prise officiellement par l'association : pas de position de principe.

Cela ne veut pas dire qu'on se désintéresse du sujet, au contraire : on essaie de l'aborder avec pour seul souci l'amélioration des conditions de vie de ces femmes, ces hommes et ces personnes transgenres, à commencer par tout ce qui peut les protéger des violences, qu'elles viennent des clients, des riverains, de la police, des institutions.... ou parfois de celles et ceu qui veulent les "protéger", de gré ou de force.

Il y a de longues années, alors que je préparais avec une collègue un dossier consacré à la prostitution pour la revue Politique, nous avions interviewé Albert Faust qui songeait déjà à créer un « syndicat de prostitué.es ». Le projet a capoté (si j'ose dire), mais aujourd'hui qu'à nouveau la FGTB, par le biais d'une de ses asbl, s'intéresse au sujet, j'étais vraiment curieuse d'écouter.

Une cinquantaine de personnes étaient donc présentes à Namur, avec le constat, hélas trop fréquent : très peu d'hommes et pratiquement pas de personnes « racisées ». Comme si la prostitution était avant tout une affaire de femmes blanches... (2)

Telle quelle, la rencontre ne manquait cependant pas d'intérêt. Les témoignages, d'abord, centrés sur les dégâts de la non reconnaissance : des refus de prêt, d'assurance, moins peut-être par condamnation morale que par la crainte d'être considéré.e comme « proxénète », définissant toute personne ou organisation qui profite des revenus de la prostitution (2). On sait (si on veut savoir) que cette définition très large du proxénétisme est aussi un obstacle à la vie affective des prostituées, la personne vivant avec elle risquant d'être accusée de « profiter » de ses revenus, ou à une organisation solidaire entre prostituées, l'une étant soupçonnée d'être la proxénète de l'autre... A noter que certaines communes qui en « profitent » largement – les chiffres avancés étaient impressionnants – mériteraient de rentrer dans cette catégorie, l'hypocrisie en plus... Une explication intéressante du peu d'attention des autorités communales pour la situation des prostitutées : même celles qui ont le droit de vote ne sont pas électrices dans la commune où elles exercent. Pour leur sécurité comme pour protéger leur vie privée, elles prennent soin d'habiter, et donc de voter ailleurs.

Des témoignages portaient aussi sur la violence, la difficulté à porter plainte (particulièrement en cas de viol), sur le poids de garder son activité secrète, même pour des proches.

 

Un mérier... mais pas comme les autres

La question du « statut » a occupé une large partie des débats. Salariée ou indépendante ? Etre salariée, c'est entrer dans un contrat de « subordination », en matière d'horaire, de conditions de travail – c'est-à-dire ici de la possibilité de refuser des clients et des pratiques – de salaire peut-être. Mais le statut d'indépendante, s'il laisse davantage de liberté, porte d'autres contraintes, comme les obligations administratives, une moindre protection sociale... La solution serait sans doute de laisser le choix à chacune, sachant que certaines préféreraient encore, par méfiance envers les institutions, rester dans un « non statut », malgré tous les risques que cela comporte.

Il est à noter qu'un consensus assez large semblait se dessiner pour refuser autant le modèle réglementariste hollandais ou allemand, qui « donne trop de pouvoirs au patron », que le modèle aboltionniste français, dont l'hypocrisie a été pointée : celles qui décident de sortir de la prostitution ont droit à 336 euros par mois durant six mois. De quoi se reconstruire une autre vie, en effet... Un meilleur accompagnement de celles qui veulent arrêter fait partie des revendications : voilà un sujet sur lequel les différents « courants » féministes pourraient s'entendre, tout comme sur la lutte contre les violences, si du moins ils se parlaient...

Un modèle a toutefois été mis en avant, c'est le modèle néo-zélandais.

Et bien sûr, personne n'a défendu la traite ou la prostitution forcée. Ce qui pose aussi une condamnation des politiques migratoires actuelles, qui condamnent des femmes à rester dans la prostitution pour rembourser les passeurs. Pas d'enthousiasme non plus pour les « Eros center » actuellement en projet, même si certaines y trouveraient un minimum de sécurité (mais toutes les sans papières en seraient exclues, et davantage encore pourchassées en dehors de ces centres).

Alors, la prostitution, un « métier » ? En écoutant les premières concernées – du moins celles qui étaient présentes, car il y a certainement d'autres avis – on sentait bien le besoin d'un « statut », hors de l'hypocrisie actuelle.

Mais comment trouver à la fois une protection sociale et une liberté indispensable, ne serait-ce que pour garder le droit de choisir ses clients et ses pratiques ? Certaines ont évoqué un statut proche de celui des artistes, avec contrat Smart à la clé...

De même, lorsqu'on a évoqué le statut salarié, une objection particulière a été retenue : pas question d'en faire un « emploi convenable » qui menacerait d'une perte d'allocations en cas de refus... Un métier peut-être, mais cetainement pas « un métier comme les autres ».


(1) C'est ainsi que le 24 novembre à Paris, la grande manif contre les violences, qui se voulait unitaire sous le nom de #NousToutes, a été boycottée par une partie du mouvement féministe, refusant de défiler aux côté d' »esclavagistes ». Les noms d'oiseaux qui fusent en face pour qualifier les abolitionnistes ne sont guère plus aimables.

(2) Je fais donc le choix de parler dans ce qui suit de « prostituées » au féminin

Mis à jour (Lundi, 26 Novembre 2018 11:49)

 
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