Religions, mixité et simili queer

 

Ce mardi 24 novembre à Liège, la Fondation Ihsane Jarfi présentait une rencontre sur le thème « Homosexualité et religions monothéistes : points de vue inconciliables ? »

Avant de vous en donner un compte-rendu (d'une subjectivité assumée, comme toujours), une mise au point indispensable : j'ai le plus grand respect pour la Fondation Jarfi et en particulier pour Hassan Jarfi, cet homme qui a vécu l'une des pires choses qui puisse arriver à un être humain, la perte de son fils dans des cironstances horribles. Au lieu d'en tirer des motifs de haine et de vengeance, il a voulu y puiser la force de faire de sa vie un combat contre l'homophobie. Chapeau à lui et à sa Fondation.

 

Tribune unisexe

Cette mise au point étant faite, cette soirée m'a laissé un goût amer et même révolté.

Cette tribune unisexe (1) de huit mecs (les intervenants et l'animateur), en 2015, c'est franchement insupportable. Que les représentants des religions monothéistes soient des hommes, cela ne fait que confirmer leur côté patriarcal ; mais en cette matière, les représentants de la laïcité n'ont guère fait mieux et je dirais même pire, parce que je les considère comme ma famille convictionnelle (mais de moins en moins, tellement leur sexisme autosatisfait, combiné à une dénonciation facile du sexisme des « autres », m'exaspère). Pour la petite histoire, à ma remarque sur l'absence de femmes, ce sont les représentants juif et catholique qui ont répondu de manière plus ou moins pertinente, mais en prenant la question au sérieux, tandis que M. Le Philosophe Laïc se foutait de ma gueule. Mais j'y reviendrai.

Les religions monothéistes donc, face à l'homosexualité .


Mis à jour (Mercredi, 25 Novembre 2015 17:52)

 

Et si l'on s'autorisait à avoir peur...

Quelques jours après les attentats de Paris, il semble de bon ton de proclamer : « Même pas peur ! » On va continuer à vivre comme avant, sortir comme avant, aller au spectacle, au foot (quand le match n'est pas annulé), traîner aux terrasses de café (heureusement, c'est bientôt l'hiver). On va se partager ce tweet mobilisateur : « Si boire des coups, aller au concert ou au match, ça devient un combat, alors tremblez terroristes, parce qu'on est surentraînés !!! » Allez, haut les coeurs !

C'est sympa évidemment de proclamer : « ils » veulent nous faire peur, eh bien non, ça ne marche pas !

Et pourtant, cela ressemble surtout à une posture. Comme celle de François Hollande proclamant que la Fraaaance (mettre quelques trémolos sur le « aaaa ») ne changera rien à son mode de vie... mais dans le même temps, qu'il faudra bien raboter quelques libertés et pour cela, apporter quelques modifications à la Constitution. La Constitution, rien que ça !

Et je vous passe les proclamations guerrières, ce sang impur qui va abreuver nos sillons, comme s'ils n'en débordaient pas déjà suffisamment !

Tout cela me paraît très « viril » même quand c'est porté par des femmes. Le Collectif français la Barbe remarquait qu'au lendemain des attentats, les invités politiques – pour ne rien dire des « experts » interrogés - sont masculins, à une écrasante majorité, comme on peut le voir d'une manère frappante sur ce site. En Belgique, on n'entend une voix de femme que parce que la commune « maudite » de Molenbeek a unE bourgmestre (la seule de la Région Bruxelles-Capitale d'ailleurs).

J'entends déjà les ricanements : ah oui, entendre Françoise Schepmans, ça change tout... Non, évidemment. Il n'empêche que cette culture de la confrontation et du « même pas peur » reste « masculine », dans le sens de la construction de la masculinté dans nos sociétés – le « nos » incluant ici les djihadistes.

En lisant toutes ces proclamations, je songeais à un livre récemment ramené du Québec, « Le care, éthique féministe actuelle ». Le care, c'est ce terme anglais difficile à traduire, qui inclut le soin, la prise en charge des besoins des personnes vulnérables, le souci des autres, ce que Joan Tronto définit très largement comme tout ce qui concourt à « maintenir, continuer ou réparer notre monde de telle sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible ». Plusieurs articles de ce livre collectif soulignent les failles des « théories de la justice » qui ne prennent en compte qu'un « citoyen idéal » (le masculin est ici volontaire) autonome, indépendant, laissant dans l'ombre la fragilité, le besoin des autres, qui sont pourtant notre lot commun. Je n'en citerai qu'un extrait, de Patricia Paperman : « Dans le contexte de l'ordre néolibéral, la dépendance et la vulnérabilité sont stigmatisées (...) Distinguer ceux qui ont besoin de care et ceux qui n'en auraient pas besoin permet de faire l'impasse sur une commune vulnérabilité ». Ce qui n'est pas sans conséquences politiques car, comme l'écrit encore Joan Tronto, « Les puissants sont réticents à admettre leur dépendance à l'égard d eceux qui prennent soin d'eux. Traiter le care comme une activité insigniifiante contribue à maintenir la position des puissants par rapport à ces derniers. Les mécanismes de ce rejet sont subtils, et ils sont bien entendus filtrés par les structures du sexisme et du racisme ». Car le travail de care, rémunéré ou non, visible ou non, est pris en charge, à une écrasante majorité, par les femmes et les personnes migrantes.

J'entends aussi celles et ceux qui nous disent, avec raison, que « c'est Paris tous les jours en Syrie depuis quatre ans », pour reprendre la formule choc de François De Smet. C'est tout à fait juste, et il n'y a pas qu'en Syrie. Avec la différence quand même que nous n'envoyons pas nos enfants à l'école à Alep, que nous ne buvons pas de verres à une terrasse de Bagdad et que nos proches ne vont pas assister à un match à Kaboul. Cela ne signifie absolument pas que nous devions être plus « solidaires » avec Paris qu'avec ces autres villes touchées par le terrorisme, Beyrouth, Ankara, pour ne prendre que les exemples les plus récents. J'ai dit ailleurs toutes mes réticences quant au déferlement de drapeaux français affichés sur tant de profils Facebook.

Mais je pense à toutes celles, à tous ceux qui ont peur – peur pour soi, peur pour les gens qu'on aime, peur pour ces inconnu/e/s aussi, victimes de crimes insensés. Peur en entendant Jan Jambon promettre de « faire le ménage » à Molenbeek – peut-être que Sarkozy solde son fameux « Karcher », dont on a pu apprécier l'efficacité - peur en lisant que des musulman/e/s et leurs lieux de cultes deviennent à nouveau la cible d'agressions. Peur d'une société qui se referme de plus en plus, ce qui n'est pas seulement le fait de nos dirigeants mais aussi de nos voisins, de gens que nous côtoyons tous les jours.

La question n'est sans doute pas d'avoir peur ou non, mais de savoir ce qu'on fait de cette peur. On dit que la peur est mauvaise conseillère, mais nier la peur, interdire ou moquer l'expression de la peur, ne me paraît guère de meilleur conseil. Parce qu'il y a les peurs qui paralysent ou qui enferment dans des bunkers, et puis il y a les peurs qui poussent à l'action, à la mobilisation, à l'engagement, à la défense de ses convictions. Et aussi à prendre davantage soin les un/e/s des autres. Pour moi, c'est là que se situe l'enjeu.

Mis à jour (Mardi, 17 Novembre 2015 11:09)

 

Haro sur les syndicats !

A en croire nos grands médias, la grève et les blocages de ce lundi 19 octobre en province de Liège sont la « cause » de deux décès. Inutile même de s'embarrasser de précautions oratoires, de rappeler que rien ne démontre actuellement que ces deux personnes auraient pu être sauvées ; on en oublierait presque que l'une est morte suite à une rupture d'anévrisme et l'autre d'un infarctus, non, la seule cause, ce sont les piquets sur l'autoroute. L'occasion est trop belle pour taper sur les syndicats et plus largement, sur tout ceux et celles qui osent bouger, un député MR allant jusqu'à accuser un de ses collègues du PTB d'avoir « du sang sur les mains »...

Haro sur la FGTB, donc, à longueur de colonnes, de titres ronflants, d'éditos vengeurs ou au mieux condescendants (1) (dressant les « gentils syndicats » prêts à la concertation contre les « méchants » de la FGTB), pour faire mine de s'étonner, ensuite, que « les syndicats peinent à redorer leur image » (2).

 

Mis à jour (Dimanche, 25 Octobre 2015 10:04)

 

No more

Ils étaient blancs

Ils étaient noirs

Ils portaient toutes les couleurs de l'arc-en-ciel

Mais pas seulement le bleu-blanc-rouge

Ils sont couchés

Ou déchiquetés

Sur un marché lointain

Dans une ville en guerre

Touchés par une bombe intelligente

Larguée par un drone anonyme

Ou bien fauchés

A la terrasse d'un café

Dans les travées d'une salle de concert

Un corps égal un corps égal un corps

Mornes morts des images télévisées

 

Nos morts

No more

Nos morts

No more

No more...


Mis à jour (Lundi, 16 Novembre 2015 12:27)

 

Pire sans eux ? Ras-le-bol !

Je sais : aujourd'hui, s'en prendre aux syndicats, c'est tirer sur une ambulance aux pneus déjà crevés. Mais là, c'est vraiment un gros coup de colère.

 

Donc, le 7 octobre dernier, nous étions dans la rue, à l'appel des syndicats. « Nous » ce sont des syndicalistes, des militant/e/s d'associations, des citoyen/ne/s, tout cela à la fois, mais plus précisément, ici, « nous, les femmes » . On a formé un groupe, au risque de subir les agressions de certains « camarades » : insultes, mains baladeuses, pétards lancés dans nos jambes... On a marché quand même, on a chanté, on a dansé, on était là, bien présentes !

Une semaine après, le « Groupe des 10 » rend sa copie au gouvernement : un accord entre patronat et syndicats, à prendre ou à laisser, insistent les syndicats, pas une virgule à changer ou tout saute. Waou, ça doit être bien alors, de vraies avancées.

La FGTB présente l'accord à ses délégués avec un « a priori favorable ». On apprend en passant que le rôle des syndicats face à un gouvernement de droite ne serait pas de mobiliser pour combattre des projets imbuvables, mais de les « corriger ». Super, ça donne envie de redescendre dans la rue !

La CNE, elle, y voit « Une cuiller de sucre social dans le fiel gouvernemental ». Ce ne serait pas plutôt un coup de couteau dans le dos de certaines catégories de travailleur/se/s... ?

Le gros point, celui qui intéresse les médias, c'est l'accord sur les pensions complémentaires, mises en péril par la chute des taux d'intérêt. Certes, beaucoup de travailleur/se/s vont pousser un grand « ouf », parce que ce système a été fort développé ces dernières années – avec la complicité des syndicats d'ailleurs, jusqu'à oublier à quel point il est injuste : il dépend du secteur d'activité, et il n'est pas difficile de constater que les secteurs les plus féminisés sont aussi ceux où ces « avantages extra-légaux » sont les plus rares. De plus, il a surtout servi d'alternative à des hausses salariales et les « avantages » fiscaux qui y sont liés grignotent encore un peu plus la sécurité sociale et en particulier, son pilier « pensions légales ». Mais soit, avec les proportions qu'il a pris aujourd'hui, il devient de plus en plus difficile de le remettre en question.

Mais l'accord comprend d'autres points, et en particulier, l'ouverture de la chasse aux malades et aux temps partiels. Cette volonté de remettre au plus vite les malades au boulot, dans une période de chômage galopant, est à la fois dangereuse (pour la santé des personnes concernées) et absurde, voire même contre-productive : les employeurs veulent-ils vraiment voir revenir des gens qui ne sont « pas à 100% » comme on dit dans le sport ? Qui ont des prestations irrégulières – par exemple entre deux périodes de chimiothérapie ? Des déprimé/e/s, des burn-outé/e/s, capables de foutre par terre le moral de toute une équipe ?

Et surtout, ce qui aujourd'hui me décide à rompre avec trente ans de syndicalisme actif, c'est la capitulation face à ce nouveau mauvais coup contre les femmes. Je reprends en bref le résumé du Soir : « L’accord prévoit que les personnes à temps partiel touchant une allocation de l’Onem devront obligatoirement chercher à compléter leur horaire. Si elles ont moins qu’un mi-temps, elles devront aussi subir les contrôles de l’Onem et perdront leur allocation si leur recherche n’est pas suffisante. Les personnes qui ont un mi-temps ou plus devront subir au moins un contrôle tous les 24 mois » (1).

Or on sait que les temps partiels (qui touchent en écrasante majorité des femmes) sont souvent les seuls emplois proposés dans certains secteurs (commerce, nettoyage...), avec des horaires flexibles qui interdisent de chercher un emploi complémentaire... Les employeurs qui imposent ces conditions seront-ils, eux aussi, soumis à des « contrôles » et surtout, à des sanctions ? On peut toujours rêver...

Et ce n'est pas fini : dans les projets du gouvernement, il y a cette coupure de l'allocation de garantie des revenus par deux au bout de deux ans. Les syndicats vont-ils se battre (ou faire semblant) sur ce thème, avant d'annoncer qu'ils ont obtenu une avancée : l'AGR ne serait pas coupée de 50% mais de 49,5%, et au bout de 25 mois au lieu de deux ans ? Ben oui, ils auront fait le maximum pour « corriger » les projets du gouvernement.

On connaît la chanson : sans eux, paraît-il, ce serait pire. Peut-être qu'avec des oeufs (dans la tronche), ce serait mieux. En tout cas, qu'on ne compte pas sur moi pour la prochaine manif syndicale.

 

Ci joint, le communiqué de Vie Féminine

 

 

 

(1) Le Soir, 16 octobre 2015

Mis à jour (Dimanche, 18 Octobre 2015 11:36)

 
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