Fictions

Rigueur douce

Ce matin, après être passée à la caisse du supermarché, j'ai pris conscience à quel point nous vivions au-dessus de nos moyens. Cela ne pouvait plus durer. Sans attendre, j'ai convoqué pour le soir même une réunion de famille, avec Jo, Albert et les quatre chats, en précisant de mon air le plus grave que, quels que soient les engagements de chacun, personne n'avait la possibilité de se défiler.

A sept heures, au moment même où le journal télévisé se mettait à dérouler son sommaire fait de crimes, de catastrophes et de bonne humeur sans transition, nous étions tous réunis dans la salle à manger.

Mes amis, dis-je, en détachant bien les syllabes afin que chacun se sente concerné, mes amis, la situation est préoccupante. Je lançai quelques chiffres pris au hasard, pour en tirer une conclusion sans appel : tout le monde allait devoir se serrer la ceinture. Après un silence solennel, j'annonçai cependant que Jo et moi prenions la situation en mains : nous allions nous enfermer dans la salle de bains pour un conclave qui durerait, oh pas longtemps, quelques heures, un jour ou deux tout au plus ; après quoi, je leur donnerais rendez-vous dans cette même pièce pour leur faire part de nos décisions que nous promettions justes, équilibrées et aussi indolores que possible.

Lorsque je les ai réunis de nouveau, une semaine plus tard, ils s'attendaient au pire, car notre conclave avait duré plus que de raison et que les poches sous nos yeux étaient aussi impressionnantes que celles de nos vestes semblaient vides. Cependant, leur affirmai-je, le résultat de nos conciliabules valait bien le temps que nous avions passé à aplanir nos désaccords, Jo et moi : personne n'allait souffrir de notre élan économisateur.

 

Mis à jour (Dimanche, 24 Août 2014 17:57)