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Premier mai

Premier mai. Retour de la fête de l'arrêt de travail du premier mai. On y vend toujours des churros, des hamburgers, de la sangria, des espoirs et des illusions. On y discute avec passion, on se reconnaît, on s'embrasse, on prend les tracts tendus, on les plie, on les fourre dans une poche, on s'arrête aux stands, ou pas, entre un mojito et les photos de martyrs de causes plus ou moins perdues. La musique est tonitruante, on écoute d'une oreille distraite, on applaudit d'une main distraite, on remarque à peine l'importante présence policière, on ouvre les sacs, on écarte les manteaux, on s'est si bien habitué à vivre sous la menace niveau 3.

Je sens une tendresse infinie pour ces femmes, ces hommes, qui auront passé une partie de la nuit, après une harassante journée de travail, à rédiger des journaux qui seront vendus à dix exemplaires par des militants aux yeux brillants, les rédacteurs eux-mêmes peut-être, et probablement même pas lus. Des journaux pleins de tous ces mots tellement prévisibles, capitalisme, mobilisations, traîtres, à bas, plus jamais, Palestine vaincra.

Il n'y a là aucune moquerie. Car ensuite, je rentre par le métro, entourée d'un tas de gens pour qui ce premier mai est juste un jour de congé comme un autre, des gens sans histoire, sans mémoire, pour qui les conquis sont de simples acquis, sur lesquels ils ne sentent même pas peser l'autre menace, celle dont aucun militaire ne les protégera. Des gens qui ne lèvent jamais la tête de leurs vies quotidiennes, elles-mêmes si difficiles peut-être, et qui foncent donc, tête baissée, vers des jours plus difficiles encore. Un premier mai que je vous souhaite d'espérance même si moi, il me serre un peu le coeur.

 

Qui est Zuhal Demir ?

Ils étaient environ 200 mercredi soir. Ils répondaient à l'appel d'Abou Jahjah, pour protester contre les déclarations de Bart De Wever concernant la discrimination et la mise à l'écart de la communauté berbère. Parmi eux aussi Rachida Aziz, conceptrice de mode et activiste bruxelloise. Elle a été arrêtée avec les autres manifestants, emmenée et renvoyée à la maison avec une amende SAC (sanction administrative communale). Le fait que deux semaines plus tôt, lors de la manifestation interdite de Pegida, seuls douze participants ont été arrêtés, l'a renforcée dans l'idée que la N-VA ne s'intéresse guère à une société inclusive.

Zuhal Demir, nouvelle Flamande, représentante N-VA à la Chambre et bourgmestre de district à Anvers, soutient fermement son président. Car refuser de nommer les problèmes empêche de leur trouver une solution.

La mise à l'écart ou l'émancipation : conséquences du racisme ou responsabilité personnelle ? En tout cas, on ne s'est pas rapproché d'un consensus après le clash entre deux fortes personnalités.

 

Qu'avez-vous pensé en entendant Bart De Wever hoorde à Terzake?

 

Rachida Aziz: Ces dernières années, la N-VA a tellement fait son possible pour convaincre les gens que le parti n'était pas le prolongement du Vlaams Belang, que je ne m'attendais pas à entendre Bart De Wever prouver le contraire d'une manière aussi ouverte et crue. Dans Terzake, il est même allé plus loin que le Vlaams Belang. Dewinter se présentait ouvertement comme un raciste. De Wever dit qu'il n'est pas raciste, mais il attribue la faute de la discrimination aux victimes. Il inverse les rôles : c'est leur responsabilité.

 

Vous êtes-vous sentie personnellement concernée, puisque vous avez aussi en partie des racines berbères ?

 

Aziz: Je me suis sentie concernée en tant que citoyenne belge. J'essaie de conscientiser les gens depuis des années sur la stigmatisation que cela représente de continuer à clouer les citoyens à leur origine.

Bientôt la majorité de la population des grandes villes aura des racines étrangères. Le fait de continuer à les renvoyer à leur origine est justement l'une de causes du racisme persistant dans notre société.

 

Et vous, Madame Demir, qu'avez-vous pensé des déclarations de votre président ?

 

Zuhal Demir : Il a raconté une histoire logique et cohérente, tout à fait dans la ligne de ce que la

N-VA dit depuis longtemps sur cette problématique. C'est-à-dire qu'il existe un rapport évident entre une politique migratoire défaillante, la mise sur pied trop tardive de la politique de « inburgering » et la ségrégation dans cette société. La communauté allochtone - et à Anvers, c'est la communauté marocaine-berbère qui est la plus grande – a raté sa connection avec cette société. Nous vivons dans des mondes à part.

A partir de mon propre contexte, j'ose dire que la responsabilité est en partie dans les politiques, mais en partie aussi dans la communauté elle-même.

Si vous voulez faire le lien, vous devez veiller à ce que ces nombreuses communautés participent à une vie sociale partagée. Vous devez m'expliquer ce qu'il y a de raciste là-dedans.

 

Madame Aziz ?

 

Aziz : Le fait de diviser une société en communautés, pointer les Berbères comme surreprésentés dans les chifrfes de chômage, de pauvreté et aussi de criminalité, et stigmatiser des citoyens individuels sur base de leurs racines, voilà ce qui est raciste. Le fait que De Wever puisse le déclarer sur une chaîne publique montre à quel la Belgique est en retard par rapport au reste du monde.

Si on veut tirer les gens de leur mise à l'écart et les intégrer dans une seule société, on ne peut le faire qu'en investissant dans des individus et en travaillant en direction du futur. Et pas en les arrimant à leur passé. Pour moi, il n'y a pas de communauté marocaine. Je suis née ici, je vis dans une ville de Bruxelles super diversifiée, mon cercle d'amis est multicolore.. Il est tout simplement absurde qu'une politique qui doit travailler à construire l'avenir continue à nommer les origines.

Madame Demir, n'est-il pas ambigu d'insister en tant que parti sur la responsabilité individuelle, mais en même temps d'appeler « problématiques » les Berbères en tant que communauté ?

 

Demir : Moi non plus je n'aime pas le terme de communauté allochtone. Je suis une Belge de la deuxième génération, je me sens parfaitement flamande, anversoise, limbourgeoise. Comme citoyenne je participe à cette société avec des droits et des devoirs. La Turquie est pour moi une eterre de vacances.

Mais en même temps, c'est un fait que certains problèmes socio-économiques se constatent surtout dans des groupes particuliers. Et nous devons oser les nommer. Dans le passé, cela a été trop peu le cas. Avec le cordon sanitaire autour du Vlaams Belang, il y a eu aussi un cordon autour des problèmes du vivre ensemble que ce parti pointait avec raison. Mais leurs solutions étaient complètement fausses.

C'est pourquoi en 2013, les autorités fédérales ont fait pour la première fois une étude sur le lien entre origine et position dans la sécurité sociale. Chez les personnes d'origine marocaine-berbère, le taux de chômage est de 15%, contre 6% dans la population autochtone, et 4% font appel au revenu d'intégration sociale contre une moyenne belge de 1%.

C'est avec ces chiffres qu'il faut agir, plutôt que de les dissimuler. Car je suis préoccupée de la position en retrait de certaines communautés. Comment se fait-il que le même modèle d'intégration appliqué depuis 2004 a un autre effet auprès des Italiens, des Portugais, des Turcs... ? Comment se fait-il qu'ils soient moins présents dans les statistisques de chômage que par exemple les Marocains ?

 

Aziz: Parce qu'ils sont le plus discriminés.

 

Demir: Vous attribuez tout au racisme. Je trouve cela trop court, parce qu'alors vous mettez la responsabilité exclusivement sur la population autochtone. Ce qui est en soi aussi une position raciste.

 

Aziz: Alors vous admettez que Bart De Wever a été raciste quand il a attribué toute la faute aux Berbères.

 

Demir: Ce n'est pas ce qu'il a fait. Il a seulement constaté que cette communauté a manqué la connection avec la société.

 

Mais comment le fait de nommer une communauté spécifique sur la chaîne publique peut-il contribuer à une solution ?

 

Demir: Parce qu'il faut miser davantage sur cette communauté.

 

Cette solution doit-elle être différente selon la communauté ?

 

Demir: Non, mais cela poussera peut-être la communauté concernée à se regarder en face.

 

Aziz: Ce que vous appelez « nommer » revient à stigmatiser et a pour seule conséquence que les personnes concernées seront encore davantage exclues, encore davantage discriminées, et auront des scores encore plus élevés dans vos statistiques. Les gens qui ne connaissent rien aux Berbères et qui ont entendu Bart De Wever aux informations, seront encore moins tentés d'engager un Berbère.

Madame Aziz, vous êtes tout de même vous-mêmes un exemple de l'importance de la responsabilité personnelle dans la sortie d'une position défavorisée.

 

Aziz: Pas du tout. Je fais ce que je fais malgré la discrimination dont j'ai été victime. Le racisme à l'école m'a causé vingt ans de retard dans mon parcours.

 

Demir: Que voulez-vous dire par racisme à l'école ? De la part des enseignants ?

Aziz: Eux se contentaient de regarder, mais c'étaient les élèves qui m'ont cassée en me persécutant. J'ai terminé l'école primaire avec des résultats brillants. Je suis passée dans une école blanche d'enseignement secondaire général à Anvers et là, j'ai tenu un an. Chaque journée était un enfer, et les enseignants se moquaient de moi avec les harceleurs. Après un an j'étais dépressive et c'est seulement à 30 ans que j'ai obtenu mon diplôme de l'enseignement secondaire général, via des cours du soir.

Donc non, ne me présentez pas comme un exemple de responsabilité individuelle. Je ne souhaite mon sort à personne. Tout enfant mérite d'avoir les opportunités que Mme Demir a reçues.

 

Demir: Hela, Rachida, moi aussi je viens d'un ghetto. De la cité de Waterschei. J'ai aussi dû me battre pour tout. Je n'ai pas reçu de cadeaux. De personne.

Mon père rentrait tous les jours tout noir de la mine. Il a travaillé dur et j'ai grandi dans un quartier à forte concentration de Turcs et de Marocains.

Mon père a bien pris la responsabilité, à un certain moment, d'aller habiter dans un quartier blanc. Il est allé personnellement se présenter aux voisins pour briser la glace. Car ceux-là ne voyaient pas avec plaisir arriver une famille turque avec cinq enfants.

 

Aziz: Du racisme, donc.

 

Demir: Non, on n'aime pas ce qu'on ne connaît pas. Cela se passe ainsi partout et de tout temps. Les Grecs parlaient déjà des « Barbares ». C'est aussi pour cela que nous disons que le racisme est « relatif ».

On m'a déconseillé d'apprendre le latin, même si j'avais 87% ; mais à la maison on parlait le turc et le kurde, ce qui était un problème, selon le centre PMS.

 

Aziz: Tout cela est du racisme.

 

Demir: Moi je l'appelle ignorance.

 

Ne devrait-on aujourd'hui, vingt ans plus tard, être moins ignorants ?

Demir: Mais on y travaille. Nous devons miser avec force sur une politique de chances. Mais ne pouvons pas oublier que nous avons beaucoup d'opportunitées en Belgique.

 

Aziz: Les chiffrs en mentent pas. La discrimination reste importante sur le marché du travail ou du logement. Et je veux savoir ce que vous comptez y faire.

 

Demir: Le marché locatif n'est pas mon domaine. Pour le marché de l'emploi, nous travaillons à une réponse. Il existe déjà trois législations anti-discriminations et il y a un Centre pour l'Egalité des Chances, qui reçoit beaucoup de subsides.

 

Aziz: Et qui en fait peu de choses.

 

Demir: Là-dessus nous sommes d'accord. C'est pourquoi je voudrais plutôt mettre la lutte contre la discrimination sur le marché du travail dans les mains de l'inspection sociale. Elle doit traiter les plaintes, commencer l'enquête et si nécessaire, porter l'affaire devant les tribunaux.

 

Aziz: Je ne porte plus plainte. Je l'ai essayé plusieurs fois, et jamais aucune suite n'y a été donnée. Parce que notre société ne veut toujours pas regarder le racisme ordinaire en face. Et parce que même le plus grand parti dit que le racisme est « relatif ».

Demir: Bien sûr que le racisme est relatif.

 

Aziz: Non, non, non. Le racisme est un fait. C'est un délit interdit par la loi et qui doit être sanctionné. Celui qui vole va devant le juge, plutôt que de se voir expliquer pourquoi voler c'est mal.

 

Demir: Je ne crois pas qu'on résoud la discrimination avec des lois et des sanctions. Et je ne crois pas que le racisme est une sorte de microbe qui rend toute notre société malade. Ou qu'un enfant naît raciste. Ce n'est pas ma conception de la vie.

 

Aziz: Un enfant ne naît pas raciste, mais il grandit dans une société raciste, formée par une longue histoire de colonialisme et d'esclavage. Je trouve absurde que vous puissiez nier encore cela et que vous ne vouliez rien y faire.

 

Demir: Je viens de dire que je veux m'attaquer au racisme sur le marché de l'emploi via l'inspection sociale.

 

Et pourquoi pas via des mystery calls, comme le propose Kris Peeters ?

 

Demir: Parce la base pour un éventuel procès devient alors très fragile. Nous vivons encore dans un Etat de droit. Avec un système de mystery calls, on arrive dans des sables mouvants sur le plan juridique.

 

Aziz: Euroclear a fait une enquête sur les raisons pour lesquelles les entreprises belges ont de plus en plus de mal à trouver du personnel qualifié. La conclusion : parce que les autorités n'ont pas suffisamment investi dans une vraie politique de diversité.

 

Demir: Mais on ne résoud pas cela avec des mystery calls ou des tests. De telles mesures mènent seulement à une chasse aux sorcières et augmentent la méfiance.

 

Aziz: Mais vous allez trouver des solutions ?

 

Demir: Oui, je vais trouver des solutions. Nous allons les trouver, car la N-VA est maintenant au gouvernement, et la gauche dans l'opposition. Mais ce sera une solution où nous ne tomberons pas dans votre histoire victimaire.

 

Aziz: Mon beau-frère d'origine camerounaise travaille depuis dix ans avec un contrat fixe chez Volvo, mais personne ne voulait luialouer un appartement, jusqu'à ce que le bourgmestre de Gand intervienne en personne. Il y a plein de cas comme celui-là.

 

Demir: C'est la différence entre vous et moi. Vous croyez qu'il y a de la discrimination partout. Quelques cas de discrimination sont à déplorer et doivent être sanctionnés. Mais abandonnez donc ce récit victimaire typiquement de gauche, car quel message transmettez-vous à tous ces jeunes d'origine allochtone ? Que cela n'a pas de sens d'étudier ou de chercher du travail, car ils seront quand même discriminés ? A moi aussi on a raconté cette histoire. Pourquoi étudier le droit, puisque je ne trouverais quand même pas de travail ? Si je m'étais résignée à cela, je ne serais pas ici.

 

Votre frère, ingénieur en architecture , a aussi dû envoyer des dizaines de lettres sans réponse avant de trouver un emploi.

 

Demir: En effet. Mais il a surmonté cela. Je vois beaucoup de gens comme bourgmestre de district, j'aime assister à la fin des cours d'inburgering. Et j'insiste sur le fait qu'en chacun se cache un talent, et qu'ils doivent partir de leur point fort. Ne croyez pas les prophètes de malheur qui prétendent que vous ne trouverez pas de job parce que chez chacun et partout dans ce pays, règne le racisme.

D'ailleurs, je vois aussi beaucoup de progrès. Le nombre de personnes d'origine alllochtone en politique, dans l'administration flamande, les médias ou les pages d'opinion grandit de jour en jour. Dans l'administration communale anversoise, il y a plus d'allochtones qu'à Gand.

 

Aziz: Moi ce qui m'étonne, c'est que malgré la discrimination persistante, il y a toujours des jeunes qui arrivent à avoir un diplôme supéreur, devenir faiseur d'opinion ou créer leur entreprise. Si vous avez suivi sur Twitter le hashtag #Dailyracism, vous savez que l'exclusion est toujours la règle. Seules les autorités continuent à fermer les yeux.

Demir: Vous êtes endoctrinée par cette idée d'un racisme omniprésent.

 

Aziz: Je suis traumatisée. Mais vous aussi, seulement vous ne le savez pas. La manière dont vous réagissez au racisme, est un mécanisme typique de débrouille ??? copingmechanisme. Certaines victimes deviennent dépressives, d'autres se rebellent, vous êtes le type de personne qui va travailler très dur pour réussir et répondre aux attentes de la société.

 

Demir: Je pense que vous devez quand même aller parler à un psyschologue.

 

Aziz: Donc quand j'appelle les politiques à prendre leurs responsabilités, j'ai besoin d'un psychologue ?

 

Peut-être qu'une manifestation peut aussi aider. Vous marcherez dimanche avec Hart boven Hard. Avec quel message ?

 

Aziz: Qu'il faut en finir avec le coup d'Etat de la N-VA sur ce gouvernement. Ce n'est pas le premier ministre Michel qui dirige ce pays, mais Bart De Wever. Nous voulons donner le signal qu'une partie grandissante de la popualtion ne supporte plus que les plus faibles soient punis, et veut travailler à davantage de solidarité dans cette société. De nombreuses organisations sociales travaillaient jusqu'ici chacune sur son île. Pour les droits de femmes, contre la discrimination, contre la pauvreté... Hart boven Hard les a réunies dans un combat commun.

Hart boven Hard a de l'influence. Le CD&V picore dans ses préoccupations et la N-VA doit mettre toujours plus d'eau dans son vin. Vous devriez vous enfoncer cela dans la tête, Mme Demir.

 

Demir: On ne peut évidemment pas rester sourd au signal de la rue. C'est aussi la tâche des organisations de descendre dans la rue, et tenir les politiques à l'oeil. Mais en fin de compte, les cartes ont été rebattues le 25 mai, et cela a donné un gouvernement qui représente les deux tiers de la population flamande.

 

Aziz: Moins de 20% des Bruxellois.

 

Demir: Le signal du 25 mai est la base de cet accord de gouvernement. Nous avons toujours été clairs là-dessus : il faudra faire des économies et nous voulons avant tout créer de nouveaux emplois.Egalement pour des personnes d'origine étrangère. Dans quatre ans, vous pourrez nous demander des comptes.

Mis à jour (Vendredi, 24 Février 2017 07:45)

 

Conférence : réfugiés LGBT+

 

Retour d'une conférence sur les réfugié/e/s LGBT. Pas de compte-rendu mais quelques témoignages ou questionnements glanés au passage...

 

« Quand j'ai fait mon coming out, tous mes amis sont partis ».

« Les passeurs ne voulaient pas me prendre, ils disaient que je portais la poisse parce que j'étais homo, contre les lois de Dieu ».

« On a dit que j'étais possédée, on m'a envoyée chez le marabout ».

« Tu dois expliquer, y compris sur des questions intimes, prouver que tu es gay, alors que tu as été un activiste dans ton pays et qu'on peut retrouver ton nom sur Google ».

« On doit faire son coming out tous les jours, donner des noms, des dates, sans se tromper sinon on dit que tu mens ».

 

...

 

Les témoins comme les représentant/e/s d'associatins ou d'institutions racontent aussi d'autres histoires :

les agressions, parfois des viols, y compris de la part d'autres réfugiés ;

pour les personnes transgenre, tous les problèmes parce que l'aspect physique ne correspond pas au passeport, la difficulté aussi de trouver sa place (la file des hommes ou celle des femmes ? Dans les centres ouverts, la chambre des hommes ou celles des femmes ? Un cas particulier : des femmes d'origine africaine qui ont refusé la présence d'une personne transgenre dans leur chambre parce que pour elles, c'était de la « sorcellerie »...)

la nécessité de former les intervenant/e/s à la fois aux questions LGBT et interculturelles : sachant que d'une part, certans candidats réfugiés se sont passer pour homos, comme porte d'entrée en Belgique (le taux d'acceptation pour cette catégorie est supérieur à la moyenne- si on ne compte pas les Syrien/ne/s qui ont un taux d'acceptation élevé - , tout en restant assez bas, autour de 30%) ; que d'autre part, certain/e/s mettent des mois avant de parler de leur homosexualité, ou ne se reconnaissent pas comme « homosexuel/le/s » tout en ayant des relations sexuelles avec des personnes de même sexe ;

problème des interprètes dont certain/e/s, peu LGBT-friendly, ne sont pas très fiables dans leurs traductions, dont dépend pourtant l'accueil des demandeur/se/s d'asile ;

plus largement encore, l'exigence de donner son nom de famille pour les originaires de pays où ce nom n'existe pas, ou encore l'incompréhension (ou le soupçon de mensonge) face à des personnes qui, dans leur culture, ne font pas de différence entre « frère » et « cousin » ou qui appellent « tante » des voisines...

 

...

 

Un dernier point : la Rainbowhouse a veillé à un bel équilibre H/F et autres alors même que la plupart des demandeurs d'asile sont des hommes, parce qu'ils ont plus de moyens pour partir et pas « d'enfants à traîner avec eux ».

Cependant, je ne peux m'empêcher de remarquer, une fois de plus, le rapport différent à la parole, quelle que soit la culture ou l'orientation sexuelle, des hommes et des femmes, ou plutôt selon qu'on ait été socialisé/e comme homme ou femme. Les hormones peuvent changer beaucoup d'aspects d'une personne, mais pas sa socialisation.

 

Infos sur la conférence : https://www.facebook.com/events/575070149357309/

 

Interview exclusivement exclusive de... Theo Francken

- Theo Francken, nous sommes dans votre bureau, attendant les huissiers que vous ont envoyés les avocat/e/s d'une famille syrienne d'Alep à laquelle vous refusez d'accorder un visa, malgré les décisions de justice...

- Les huissiers peuvent venir, je m'en tape comme de mon premier collabo ! C'est quand même pas mon fric... (rire). Cette famille, c'est que des klootzakken, si vous me permettez l'expression. On leur a proposé un visa humanitaire pour le Liban: refus. On leur a proposé l'Irak : refus. C'est pourtant joli, l'Irak. Ou sinon, l'Afghanistan. Un pays sûr, comme disait ma collègue Maggie De Block. La preuve, on n'en entend presque plus parler. En tout cas, c'est mieux que Namur. Allez, Namur !! Qu'est-ce qu'on s'y ennuie ! Vous avez déjà essayé d'aller boire un verre après 22h ? En plus, il pleut tout le temps*.

Puisqu'on est entre nous, je vais vous révéler un scoop : on leur a même proposé un visa pour Gaza: refus. Ils ont dû trop écouter Brel : « Oh mon Namur, mon doux mon tendre mon merveilleux Namur... » Vous voyez, je connais même Brel (rire).

- Vous semblez quand même de plus en plus en plus isolé...

- Pas du tout ! Mon ami Denis Ducarme m'a encore reçu hier à Gosselies, et des admirateurs m'ont offert des sandales - à propos, je n'en ai encore reçu qu'une, merci de déposer l'autre à mon bureau, après le passage des huissiers, de préférence, ils sont capables de l'emporter! Michael Modrikamen, qui sait quand même ce que c'est la justice, puisqu'il est avocat, m'a apporté son soutien**. Et là, je viens de recevoir un mail de félicitations de l'OIP...

- L'OIP... ?

- Oui, l'Organisation Internationale des Passeurs, qui craignait de perdre des clients, donc également des emplois. Or comme dit mon premier ministre : jobs, jobs, jobs ! Vous voyez, je suis bien dans la ligne politique de ce gouvernement. Encore un petit verre ? C'est déjà ça que les huissiers n'auront pas !

 

*argument lu sur Facebook, en soutien à Francken

** ça c'est authentique

 

Echange échevine Instruction Bruxelles Ville

Lettre à l'échevine de l'Instruction de Bruxelles-ville :

(23 septembre 2016)

 

Madame l'Echevine,
Une amie a signalé sur Facebook que les écoles de la Ville de Bruxelles interdisait désormais aux mamans voilées d'accompagner les sorties scolaires. Cette décision semble avoir été prise "en stoemeling", les enseignant-e-s étant chargé-e-s de la communiquer aux parents en début d'année.

Pas besoin de porter le foulard ni même d'être musulman-e pour trouver cette décision, copie d'un débat très français, totalement absurde. Depuis quand les mères doivent-elles paraître "neutres" ? Les papas barbus sont-ils également exclus, et à partir de quelle longueur de barbe ? (à supposer que vous encouragez les papas à s'impliquer davantage dans l'éducation de leurs enfants, ce qui serait nettement plus efficace pour encourager l'égalité hommes/femmes)
 
Outre l'absurdité, cette décision est dangereuse : si vous voulez fabriquer de futur-e-s "radicalisé-e-s", allez-y, humiliez les mères.

En espérant que les réactions se multiplieront, qu'un vrai débat pourra avoir lieu et que cette décision sera retirée.

Veuillez agréer, Madame l'Echevine, l'expression de mon indignation la plus sincère,


Réponse reçue le 26 octobre :

 

Concerne : accompagnement scolaire des parents

 

Chère Madame,

 

J’accuse réception de votre mail concernant l’accompagnement des parents lors des sorties scolaires.

 

Comme vous l’avez peut-être lu dans mon communiqué de presse, aucune nouvelle disposition réglementaire n’a été adoptée.

 

L’enseignement de la Ville appartient au réseau officiel subventionné et présente un caractère non confessionnel. C’est un enseignement neutre, c’est-à-dire objectif, libre de toute appartenance philosophique, politique ou religieuse afin d’assurer le respect des convictions personnelles de chacun. 

Ainsi le projet éducatif auquel tous les parents ont souscrit est explicite :  le Pouvoir Organisateur et le personnel sont tenus de s’abstenir de tout prosélytisme, qu’il soit politique, philosophique ou religieux. Cette interdiction s’adresse bien sûr au personnel mais également à tout intervenant externe amené à encadrer des élèves dans le cadre des cours et d’activités extrascolaires.  Ce personnel « assimilé » doit évidemment répondre aux mêmes conditions que les employés (certificat de bonne vie et mœurs, neutralité, …) afin de préserver la cohérence de notre projet éducatif et de garantir la sécurité des enfants.

En aucun cas, le règlement des écoles de la Ville de Bruxelles  concernant la neutralité ne s’applique aux parents lorsqu'ils accompagnent leur enfant durant des activités qui leur sont ouvertes. La différence entre les notions d’encadrement et d’accompagnement est fondamentale et pertinente puisque dans le premier cas, la personne qui encadre dispose d’une autorité sur tous les enfants et engage sa responsabilité et la nôtre par délégation tandis que dans l’autre, le parent qui accompagne son enfant ne dispose pas de cette autorité, ni d’une quelconque responsabilité. 

 

Par ailleurs, outre le respect des règles (dont la neutralité, bonne vie et mœurs, signature d’un contrat de volontariat…) en matière d’encadrement externe, se pose la question de l’opportunité pédagogique de permettre aux parents, en toutes circonstances, d’accompagner leurs enfants du point de vue de leur socialisation et de la rupture d‘égalité que cela peut entraîner entre ceux dont les parents n’accompagnent pas ou ne savent pas accompagner parce qu’ils travaillent (comme les pères comme vous le soulignez vous-mêmes) et ceux qui accompagnent les sorties scolaires.

Je tiens à vous rappeler que c’est mon action (procédure d’inscription transparente et équitable) qui a ouvert les établissements de la Ville de Bruxelles à tous, sans discrimination aucune parce que je suis convaincue que la diversité est une richesse.

 

Le procès d’intention, la démagogie et la manipulation politique qui ont été faits d’un simple rappel des règles par la Direction sont intellectuellement malhonnêtes. 

 

Veuillez agréer, Madame, mes salutations distinguées.

Faouzia HARICHE,

Echevine de l’Instruction Publique,

de la Jeunesse et de la Petite Enfance


Dont acte : le règlement n'est pas nouveau, mais l'humiliation reste la même


 
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