Des grues, des pères et des impairs

Dans un premier temps, ils avaient attité la sympathie des médias : pauvres pères désespérés, privés de leurs enfants, tous derrière le courageux Serge Charnay, perché jour et nuit sur une grue de chantier à Nantes, sans boire ni manger.

Dans un deuxième temps, des journalistes un peu plus curieux que leurs collègues avaient signalé que le valeureux grutier avait été condamné pour soustraction d'enfant et accusé de violences, ce qui le rendait déjà moins sympathique (1). Jean-Pierre Rosenczveig, le président du tribunal pour enfants de Bobigny, disait à son sujet : "Ce monsieur ne parle pas de la condition parentale, il ne parle pas des droits de l'enfant (...) il parle de son problème de virilité, de son problème d'homme".

Des « détails » que dans un troisième temps, des chroniqueurs oublient à nouveau, refaisant de Charnay et des associations qui lui sont plus ou moins proches de purs défenseurs du bien de l'enfant, sinon carrément de notre civilisation.

 

Mis à jour (Jeudi, 21 Février 2013 08:16)

 

Manif du 21 février : pétard mouillé ?

Donc, ce jeudi 21 février, les syndicats appellent en Front Commun à une grande manifestation contre l'austérité et pour une fiscalité plus juste. La Belgique sera paralysée, les transports à l'arrêt (sauf pour amener les manifestant/e/s), les écoles désertes, les grands magasins portes closes, et les rues de Bruxelles noyées de drapeaux rouges et verts (bon, un peu de créativité ne ferait pas de mal, mais personne n'est parfait). Et beaucoup de pétard(s).

Mais en fait... non. La RTBF annonce ce matin 20 000 manifestants. Non, il ne manque pas un zéro : vingt mille, disons même trente pour que les organisateurs puissent parler d'un « succès ». Allez, disons qu'on sera 50 000, un triomphe. 

Ou... une simple soupape pour faire baisser la pression ? Non, pas la pression sur le gouvernement et le patronat : la pression sur les syndicats.

 

Mis à jour (Jeudi, 21 Février 2013 08:16)

 

Hurler de rire... ou de rage ?

Mes ami/e/s, je suis inquiète. Je ne plaisante pas. Je me fais vraiment du souci. De plus en plus en souvent, venant de divers horizons – de connaissances plus ou moins proches comme des médias – j'entends et je lis des « blagues » consternantes, des titres-chocs, des dénonciations plus ou moins de bonne foi (1) visant une catégorie bien spécifique de la population : nos concitoyen/ne/s venu/e/s d'ailleurs, et particulièrement de l'Est ou du Sud – et je ne parle pas de Gérard Depardieu. Une libération de la parole, ou plutôt du crachat, sous couvert de liberté de penser, de s'exprimer, de se moquer, voire d'informer. Toute réticence est alors soupçonnée de volonté de censure ou pire encore, de « politiquement correct », l'insulte suprême. Le politiquement correct étant forcément attribué à l'opinion de l'autre, celle qu'on ne partage pas. Jamais il n'a été aussi glorieux de se dire « incorrect », y compris chez les plus conformistes (mais là aussi, on a tendance à ne voir le conformisme que chez l'autre...)

Cette parole soi-disant « libre » ne vise pas n'importe qui. Les « tabous » dont on réclame la chute ont des cibles bien précises. Il reste des interdits - ou des politesses – assez largement partagés dans nos sociétés. Il est malvenu de rire des handicapés. L'antisémitisme est obligé de se draper dans un antisionisme de façade (2) pour pouvoir s'étaler sans honte. L'homophobie reste bien présente, comme le démontre l'actuel débat français sur le « mariage pour tous », mais en dehors des plus extrêmes, elle se réfugie derrière la défense du bien-être des enfants. Si les financiers, les patrons des grandes entreprises ou certains exilés fiscaux peuvent se faire étriller, les « héros » bien de chez nous – artistes ou sportifs – partis sous le soleil de Monaco bénéficient d'une curieuse indulgence. Tout comme les salaires extravagants avec leurs non moins extravagants avantages de certains footballeurs échappent aux critiques les plus féroces...

Restent celles et ceux dont on peut se moquer impunément.

 

Mis à jour (Vendredi, 14 Décembre 2012 16:10)

 

Contre le mariage, pour tous (attention à la virgule !)

Janvier sera, sans doute possible, le "mois du mariage" en France. Manif contre, manif pour, débat à l'Assemblée Nationale, et probablement beaucoup de passions, de dérapages, de grosses bêtises et de valses-hésitations à prévoir. Et quand la France se marie, la Belgique (francophone) se marre, c'est bien connu. Je ne peux donc m'empêcher d'ajouter mon petit grain de sel.

Bien sûr, quand on a entendu toutes les insanités proférées sur une réforme qui existe depuis plus de dix ans chez nous - ce serait contraire à la parité et à l'écologie, si, si, ce serait la porte ouverte au terrorisme ou même à la fin de l'humanité, pour ne prendre que les "arguments" les plus grotesques - il est difficile de proclamer haut et fort,« le mariage, moi, je suis contre », sans passer pour une horrible réac. Pourtant, si, je suis contre le mariage pour tous. Plus précisément : contre le mariage, pour toutes et tous. C'est la virgule qui fait toute la différence.

Les motifs, je les ai déjà explicités bien des fois et d'autres priorités m'empêchent de le faire ici dans les détails. Néanmoins, avant de m'envoler vers d'autres cieux, en vérité, je vous le dis : ami/e/s gays, lesbiennes, trans, inter et autres bizarreries, allez-y, battez-vous pour le mariage mais surtout contre les préjugés et la bêtise ambiante ; mais une fois que vous l'aurez obtenu, tournez le dos en masse et ostensiblement à cette institution non seulement bourgeoise mais surtout, porteuse de privilèges autant que de pièges (pour les femmes ou plus généralement, les personne sà faible revenu) avec les droits dérivés, pour ne pas parler d'une sorte de privatisation de la sécurité sociale, du droit de séjour et autres responsabilités sociales.

Alors bien sûr, on peut revendiquer sa liberté individuelle de se marier ou non - mais ce n'est pas sans conséquences sur l'ensemble de la société. Non pas les délires sur la fin d enotre belle civilisation mais plus prosaïquement, sur les inégaités de traitement. Si on revendiquait plutôt les droits individuels, l'accès à une vue plus digne, même pour les célibataires, un autre système de droits de succession ?

Pour reprendre une publicité actuelle (et bien grossièrement sexiste) de BPost  sur le thème "si on n'a pas de mari riche, il faut être maligne", j'aurais envie de répondre : "si on n'a pas de mari - ou d'épouse -, maligne, on l'est déjà".

Allez, quoi que vous décidiez, soyeux heureux/ses !

Mis à jour (Mercredi, 09 Janvier 2013 17:43)

 

Electrabrol s'en va-t-en guerre (des prix)

Dans la série « Ce n'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut s'en priver, y compris dans le poste », j'aie participé ce mercredi matin à l'émission Connexions (1), où les auditeurs sont appelés à donner leur avis sur les sujets les plus divers, de l'utilité des pneus neige à la paix au Moyen-Orient en passant par les mesures d'austérité ou l'avenir de l'Europe. Aujourd'hui, notre avis était sollicité concernant le coût de l'énergie.

Electrabrol promet une baisse de ses tarifs : serait-ce enfin le « juste prix » ? Telle était la question du jour. J'avais réagi sur la page Facebook de l'émission par ce message : « Toute cette concurrence ne profite en fait qu'aux personnes qui ont les moyens (de temps, de capital culturel...) de comparer et re-comparer et encore re-re-comparer. Donc plutôt aux personnes de niveau social élevé. Les autres, à moins de se regrouper, doivent se sentir plutôt dépassés. Même moi, quelquefois...» Ce qui m'a valu un coup de fil de la RTBF me proposant de participer en direct au débat.

Pour tout dire, je ne connais pas vraiment le sujet, jusque là je n'avais même jamais vraiment plongé dans les comparateurs de tarifs d'énergie. Mais comme je n'aime pas trop être prise en flagrant délit d'ignorance, surtout en public, j'ai passé la nuit à me préparer à cette grande intervention de 30 secondes. Bon, j'exagère, mais j'y ai quand même passé un bon quart d'heure.

C'est qu'il existe plusieurs comparateurs qu'il faut donc pouvoir... comparer. Et si chacun nous assure qu'il s'agit d'une procédure simple, facile et qui peut rapporter gros, je suis restée perplexe devant les renseignements demandés et les choix à faire. Mon compteur est-il bi-horaire ou plutôt monomaniaque ? Suis-je intéressée par un tarif semi-fixe ou semi-variable ? Dois-je tenir compte des offres temporaires et autres promos, souvent valablesà des conditions qu'il n'est possible de déchiffrer qu'à la loupe ? Quelle est la teneur en énergie verte compatible avec ma lointaine figuration sur les listes d'Ecolo ? Dois-je choisir un fournisseur différent pour le gaz et pour l'électricité, en multipliant le coût unitaire par le carré de ma consommation ? Et enfin, comment se fait-il que mes deux comparateurs (car j'ai abandonné au bout du deuxième) ne me donnent pas le même classement des offres intéressantes (2) ?

Et encore, dans cette jungle, je me considère plutôt comme une privilégiée.

Je me débrouille sans trop de mal avec Internet, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.

J'ai aussi le temps, plus de temps que – par exemple – une mère de famille monoparentale, courant du boulot à la crèche sans oublier le ménage et qui a sans doute envie, quand elle dispose d'un peu de temps pour elle, de faire autre chose que de « comparer » (sport auquel elle doit déjà se livrer en faisant les courses).

Je maîtrise plutôt bien le français, à l'exception du langage administratif – mais quand même, c'est un avantage sur d'autres.

Enfin, je ne vis pas dans une précarité tellement insécurisante que tout changement est d'abord vécu comme une menace (3).

J'en conclus donc que, comme je l'avais pressneti intuitivement, piur faire des économies, il faut en avoir les moyens.

Entre parenthèses, je fais plutôt partie de ces "consommateurs paresseux" fustigés pour leur refus de remplir leur rôle de régulation des marchés. Je suis sûre que si je changeais de croquettes pour mon chat – ou même carrément si je changeais de chat – je pourrais faire suffisamment d'économies pour m'acheter un de ces trucs inutiles dont la publicité tente de me convaincre, à chaque coin de rue, qu'ils me sont indispensables.

Justement, cette histoire de « consommateur paresseux » me gonfle particulièrement. Car ce n'est pas au consomateur de réguler le prix d'un besoin aussi basique que l'énergie, c'est au pouvoir politique, à qui je donne sans rechigner mes votes et mes impôts pour que, entre autres, chacun/e puisse bénéficier de la lumière et de la chaleur à des prix accessibles, la sacro-sainte "rentabilité" dût-elle en souffrir (surtout quand elle se veut obèse).

Au fait, au moment où il annonce avec tambours et trompettes la baisse de ses tarifs, Electrabrol évoque des mesures de « réduction de coûts », entendez une restructuration du personnel prévue pour 2015. Ce sont donc les employés qui paieront pour les clients. Non mais sans blague, on ne va pas s'en prendre aux malheureux actionnaires !

Alors moi, pour tout vous dire, je vais garder mon founrisseur d'énergie préféré : la révolte contre les inégalités.

 

Post-scriptum : alors que j'achève ce texte, je lis dans la presse que « le Belge ne prépare pas sa deuxième vie » (4). Moi qui croyais qu'assurer une retraite décente aux citoyens était de la responsabilité de l'Etat ! Ben non. Tenez-le vous pour dit : si votre « deuxième vie » est encore plus merdique que la première, ce ne sera pas la conséquence des politiques d'austérité, mais de votre propre imprévoyance.

 

(1) Sur la Première RTBF, du lundi au vendredi, 8h30

(2) Bizarrerie qu'a reconnue Jean-Philippe Ducart, représentant de Test-Achats, expliqunt que tous les comparateurs ne sont pas « actualisés ». Mais alors, comment savoir si celui qu'on consulte ne fournit pas des chiffres datant du néolithique ? Et s'il faut tenir compte de toutes ces actualisations, à quel rythme s'agit-il de re-comparer, pour être sûre de rester au courant (électrique) ?

(3) Merci à Chrsitine Mahy d'avoir attiré mon attention sur ce point

(4) http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20121212_00243589

Mis à jour (Mercredi, 12 Décembre 2012 18:46)

 
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