Hurler de rire... ou de rage ?

Mes ami/e/s, je suis inquiète. Je ne plaisante pas. Je me fais vraiment du souci. De plus en plus en souvent, venant de divers horizons – de connaissances plus ou moins proches comme des médias – j'entends et je lis des « blagues » consternantes, des titres-chocs, des dénonciations plus ou moins de bonne foi (1) visant une catégorie bien spécifique de la population : nos concitoyen/ne/s venu/e/s d'ailleurs, et particulièrement de l'Est ou du Sud – et je ne parle pas de Gérard Depardieu. Une libération de la parole, ou plutôt du crachat, sous couvert de liberté de penser, de s'exprimer, de se moquer, voire d'informer. Toute réticence est alors soupçonnée de volonté de censure ou pire encore, de « politiquement correct », l'insulte suprême. Le politiquement correct étant forcément attribué à l'opinion de l'autre, celle qu'on ne partage pas. Jamais il n'a été aussi glorieux de se dire « incorrect », y compris chez les plus conformistes (mais là aussi, on a tendance à ne voir le conformisme que chez l'autre...)

Cette parole soi-disant « libre » ne vise pas n'importe qui. Les « tabous » dont on réclame la chute ont des cibles bien précises. Il reste des interdits - ou des politesses – assez largement partagés dans nos sociétés. Il est malvenu de rire des handicapés. L'antisémitisme est obligé de se draper dans un antisionisme de façade (2) pour pouvoir s'étaler sans honte. L'homophobie reste bien présente, comme le démontre l'actuel débat français sur le « mariage pour tous », mais en dehors des plus extrêmes, elle se réfugie derrière la défense du bien-être des enfants. Si les financiers, les patrons des grandes entreprises ou certains exilés fiscaux peuvent se faire étriller, les « héros » bien de chez nous – artistes ou sportifs – partis sous le soleil de Monaco bénéficient d'une curieuse indulgence. Tout comme les salaires extravagants avec leurs non moins extravagants avantages de certains footballeurs échappent aux critiques les plus féroces...

Restent celles et ceux dont on peut se moquer impunément.

 

Mis à jour (Vendredi, 14 Décembre 2012 16:10)

 

Electrabrol s'en va-t-en guerre (des prix)

Dans la série « Ce n'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut s'en priver, y compris dans le poste », j'aie participé ce mercredi matin à l'émission Connexions (1), où les auditeurs sont appelés à donner leur avis sur les sujets les plus divers, de l'utilité des pneus neige à la paix au Moyen-Orient en passant par les mesures d'austérité ou l'avenir de l'Europe. Aujourd'hui, notre avis était sollicité concernant le coût de l'énergie.

Electrabrol promet une baisse de ses tarifs : serait-ce enfin le « juste prix » ? Telle était la question du jour. J'avais réagi sur la page Facebook de l'émission par ce message : « Toute cette concurrence ne profite en fait qu'aux personnes qui ont les moyens (de temps, de capital culturel...) de comparer et re-comparer et encore re-re-comparer. Donc plutôt aux personnes de niveau social élevé. Les autres, à moins de se regrouper, doivent se sentir plutôt dépassés. Même moi, quelquefois...» Ce qui m'a valu un coup de fil de la RTBF me proposant de participer en direct au débat.

Pour tout dire, je ne connais pas vraiment le sujet, jusque là je n'avais même jamais vraiment plongé dans les comparateurs de tarifs d'énergie. Mais comme je n'aime pas trop être prise en flagrant délit d'ignorance, surtout en public, j'ai passé la nuit à me préparer à cette grande intervention de 30 secondes. Bon, j'exagère, mais j'y ai quand même passé un bon quart d'heure.

C'est qu'il existe plusieurs comparateurs qu'il faut donc pouvoir... comparer. Et si chacun nous assure qu'il s'agit d'une procédure simple, facile et qui peut rapporter gros, je suis restée perplexe devant les renseignements demandés et les choix à faire. Mon compteur est-il bi-horaire ou plutôt monomaniaque ? Suis-je intéressée par un tarif semi-fixe ou semi-variable ? Dois-je tenir compte des offres temporaires et autres promos, souvent valablesà des conditions qu'il n'est possible de déchiffrer qu'à la loupe ? Quelle est la teneur en énergie verte compatible avec ma lointaine figuration sur les listes d'Ecolo ? Dois-je choisir un fournisseur différent pour le gaz et pour l'électricité, en multipliant le coût unitaire par le carré de ma consommation ? Et enfin, comment se fait-il que mes deux comparateurs (car j'ai abandonné au bout du deuxième) ne me donnent pas le même classement des offres intéressantes (2) ?

Et encore, dans cette jungle, je me considère plutôt comme une privilégiée.

Je me débrouille sans trop de mal avec Internet, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.

J'ai aussi le temps, plus de temps que – par exemple – une mère de famille monoparentale, courant du boulot à la crèche sans oublier le ménage et qui a sans doute envie, quand elle dispose d'un peu de temps pour elle, de faire autre chose que de « comparer » (sport auquel elle doit déjà se livrer en faisant les courses).

Je maîtrise plutôt bien le français, à l'exception du langage administratif – mais quand même, c'est un avantage sur d'autres.

Enfin, je ne vis pas dans une précarité tellement insécurisante que tout changement est d'abord vécu comme une menace (3).

J'en conclus donc que, comme je l'avais pressneti intuitivement, piur faire des économies, il faut en avoir les moyens.

Entre parenthèses, je fais plutôt partie de ces "consommateurs paresseux" fustigés pour leur refus de remplir leur rôle de régulation des marchés. Je suis sûre que si je changeais de croquettes pour mon chat – ou même carrément si je changeais de chat – je pourrais faire suffisamment d'économies pour m'acheter un de ces trucs inutiles dont la publicité tente de me convaincre, à chaque coin de rue, qu'ils me sont indispensables.

Justement, cette histoire de « consommateur paresseux » me gonfle particulièrement. Car ce n'est pas au consomateur de réguler le prix d'un besoin aussi basique que l'énergie, c'est au pouvoir politique, à qui je donne sans rechigner mes votes et mes impôts pour que, entre autres, chacun/e puisse bénéficier de la lumière et de la chaleur à des prix accessibles, la sacro-sainte "rentabilité" dût-elle en souffrir (surtout quand elle se veut obèse).

Au fait, au moment où il annonce avec tambours et trompettes la baisse de ses tarifs, Electrabrol évoque des mesures de « réduction de coûts », entendez une restructuration du personnel prévue pour 2015. Ce sont donc les employés qui paieront pour les clients. Non mais sans blague, on ne va pas s'en prendre aux malheureux actionnaires !

Alors moi, pour tout vous dire, je vais garder mon founrisseur d'énergie préféré : la révolte contre les inégalités.

 

Post-scriptum : alors que j'achève ce texte, je lis dans la presse que « le Belge ne prépare pas sa deuxième vie » (4). Moi qui croyais qu'assurer une retraite décente aux citoyens était de la responsabilité de l'Etat ! Ben non. Tenez-le vous pour dit : si votre « deuxième vie » est encore plus merdique que la première, ce ne sera pas la conséquence des politiques d'austérité, mais de votre propre imprévoyance.

 

(1) Sur la Première RTBF, du lundi au vendredi, 8h30

(2) Bizarrerie qu'a reconnue Jean-Philippe Ducart, représentant de Test-Achats, expliqunt que tous les comparateurs ne sont pas « actualisés ». Mais alors, comment savoir si celui qu'on consulte ne fournit pas des chiffres datant du néolithique ? Et s'il faut tenir compte de toutes ces actualisations, à quel rythme s'agit-il de re-comparer, pour être sûre de rester au courant (électrique) ?

(3) Merci à Chrsitine Mahy d'avoir attiré mon attention sur ce point

(4) http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20121212_00243589

Mis à jour (Mercredi, 12 Décembre 2012 18:46)

 

HUB, un cas d'école

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas l'histoire, la voici : un soir d'octobre, après les festivités d'un baptême étudiant (que je considère déjà personnellement comme une forme de violence en soi, mais c'est un avis personnel), un jeune homme rentre chez lui. Signe particulier : il est habillé en femme. Cela faisait partie du baptême (en forme d'humiliation, peut-être... ?)

Sur sa route, au centre de Bruxelles, il croise deux jeunes « d'origine allochtone », comme ne manqueront pas de le signaler les médias, certains insistant plus que d'autres. Ils l'agressent, lui volent son argent et le violent. Réagissant en « bon père de famille » (encore une de ces expressions utilisées sans discernement, avec son message subliminal sur le rôle de « protecteur » dévolu au seul père), la direction de l'école, la Hogeschool Universiteit Brussel ou HUB pour les intimes, interdit aux étudiants de se « déguiser » en femme. Tollé général : alors quoi, c'est la faute de la victime ? On doit restreindre ses libertés ? On ne peut plus s'habiller comme on veut ?

 

Mis à jour (Mercredi, 28 Novembre 2012 10:37)

 

Des Hommes, des Dieux et quelques Questions

Grand Prix du Jury au Festival de Cannes. Pluie de critiques louangeuses. Gros succès public en France, enthousiasme des spectateurs belges (8,2 sur l'échelle de Cinenews !) : est-il encore possible de ne pas s'extasier devant le dernier film de Xavier Beauvois, « Des hommes et des dieux » (chacun mettra des majuscules selon sa propre sensibilité) ?

J'avoue que les états d'âme d'une poignée de moines confrontés aux violences en Algérie ne représentait pas vraiment un de ces sujets qui me poussent vers les salles obscures. Mais voilà que même des ami-e-s proches, que je ne considère pas comme des grenouilles de bénitier, m'expriment leur émotion et balaient mes préventions en me poussant dans le dos : mais si, vas-y ! On pourra en parler après !

Donc voilà, j'y suis allée, j'ai vu ...et je n'ai pas été convaincue.

Pour rappel, le film s'inspire librement de l'enlèvement et du massacre de sept moines de Tibhirine en 1996, en pleine vague de terreur islamiste et de contre-terreur de l'armée algérienne. On suit donc de près le mois précédant leur enlèvement, et leur dilemme : alors que, dans la région, les violences se multiplient et le climat se dégrade, que faire ? Faut-il partir, pour sauver sa peau ? Ou faut-il rester, pour ne pas abandonner le monastère et la population du village alentour ?

J'admets d'emblée qu'une de mes craintes principales ne s'est pas vérifiée : je ne me suis pas ennuyée, malgré les scènes répétitives de prières, qui m'ont plutôt exaspérée. Je suppose qu'elles sont là comme des respirations au milieu de la tension qui monte et en effet, les chants sont beaux ; malheureusement, je comprends les paroles, et louer le Seingeur en pleins massacres, voilà qui, loin de m'apaiser, a le don de me révolter. Masi bon, je savais où je mettais les pieds, je ne vais pas chipoter là-dessus.

Pour le reste, voilà un magnifique film de propagande pour la religion catholique. Loin des Benoîteries vaticanes, loin des dérapages léonardesques et des curés pédophiles, loin de l'Inquisition et de la participation de l'Eglise à l'évangélisation des « sauvages », voici le portrait d'un groupe d'hommes courageux et solidaires - un peu ennuyeux, certes, mais personne n'est parfait.

Pour ce qui est de la solidarité, c'est du moins ainsi que le film les présente. Certes le médecin, frère Luc – interprété par le formidable Michael Lonsdale qui lui donne tout son poids d'humanité – et son adjoint frère Amédée – le non moins formidable Jacques Herlin – soignent la population locale. Mais les autres ? Tout au long du film, je n'ai cessé de me demander ce qu'ils faisaient là. « Nous avons été appelés », dit sobrement frère Christian lorsque la question se pose. Il ne précisera pas par qui, mais je devine... On le voit étudier le Coran, très bien, mais il pourrait parfaitement le faire dans un monastère européen. A Maredsous ou à Orval, par exemple, où règnent le calme et la bonne bière...

Mais le plus gênant dans le film, c'est son objet même, ce « moino-centrisme » dans un environnement tourmenté. L'Algérie n'est jamais nommée ; on voit bien qu'on n'est pas à Paris ni même dans sa banlieue, mais on dirait que le pays, ses drames et ses beautés, ne servent que de décor aux méditations des moines. Pire encore, la population elle-même est réduite au rôle de faire-valoir : soit elle est présentée en grappes indistinctes – les terroristes, les villageois à soigner... - soit sous forme de prototypes : le représentant des autorités, celui de l'armée... Aucun-e Algérien-ne n'est là en tant qu'individu, auquel on pourrait s'intéresser quelque peu. Exemple frappant, la jeune femme qui vient, au début du film, demander conseil à Luc sur sa vie amoureuse : on ne saura jamais si elle a finalement été forcée de se marier ou si elle a pu résister. En réalité, le film s'en tape. Dans la scène, seul Luc compte vraiment. C'est le « syndrome liste de Schindler » : le héros, c'était bien le nazi repenti, les Juifs n'étant que des gens à sauver, sans histoire ni personnalité individuelle. Il en est de même ici.

Le film est certes bien fait, bien joué, mais qu'apporte-t-il vraiment ? Eclaire-t-il de manière originale les relations complexes entre Algériens et Français, trente ans après la décolonisation ? Permet-il de comprendre cette explosion de violences dans les années 90, après l'interruption du processus électoral pour éviter une victoire du FIS ? Rien de tout cela. On me dira que ce n'est pas le sujet du film, mais c'est justement cela qui me pose problème. Il est des contextes qu'on ne peut ignorer, ou alors on fait un film complètement fictionnel.

De plus, même les interrogations des moines m'ont paru superficielles : en matière de questionnement sur Dieu, je suis plus sensible à la manière de Woody Allen qu'à celle de Xavier Beauvois. Mais c'est peut-être là une question de proximité culturelle.

Alors, comment expliquer ce succès, critique et populaire ? Le soulagement de voir de « bons Français », en pleine polémique sur les « bienfaits de la colonisation » ? Une manière soft de se laisser aller à sa propre religiosité, à peine cachée derrière une laïcité revendiquée avec force et parfois même arrogance ? En sortant, de la salle, moi qui n'ai d'autre foi que la mauvaise, je me demandais si la réaction si crispée des Français face au surgissement d'une religiosité musulmane dans l'espace public tenait vraiment à un réflexe laïque. Ou au refus d'une religiosité différente de la leur.

 

Sans eux ce serait pire

Vous vous souvenez de cette publicité idiote pour une lessive qui prétendait « laver plus blanc que blanc »? Eh bien, les socialistes belges pourraient s'en inspirer pour leur prochain slogan de campagne : « Avec nous, on a évité plus pire que le pire ».

Parce que voilà, leur beau budget 2013 à la main, leur comm' consiste de toute évidence à nous rappeler tout ce à quoi nous avons échappé, pour mieux nous faire oublier ce qui nous attend.

Grâce au PS donc, on ne touchera pas à l'index, on va juste un peu raboter l'ongle, par exemple en incluant les soldes dans le calcul... et pourquoi pas le prix des repas dans les Restos du Coeur ? Certes, on nous aura écrasé le pouce, écrabouillé le majeur, amputé l'annulaire et tordu le petit doigt. Mais franchement, avons-nous vraiment besoin de tous ces doigts surnuméraires dans notre avenir de chômeur/se/s ? Pour nous gratter le nez, il nous reste quand même l'index. Même raboté, il peut servir.

Grâce au PS, il n'y aura pas de hausse de la TVA. Bon, notre verre de bière va augmenter, tout comme l'alcool en général (c'est pour préserver ta santé, coco !), les assurances s'envoler, pour ne rien dire du prix de l'énergie et sans doute des transports. La SNCB va supprimer près de 200 trains, donc forcément il faudra augmenter le prix du billet, logique, c'est la loi de l'offre et de la demande. Mais bon, si vous voulez coller un procès à la SNCB, vous n'aurez pas à payer un supplément de TVA pour l'avocat. Bonne nouvelle.

Grâce au PS, il n'y aura pas de retour à la semaine de 40 heures (ni au travail des enfants dans les mines - bon d'accord, les mines sont fermées, mais quand même, les discussions ont été rudes).

Grâce au PS, on ne nous supprimera pas un jour de congés payés et on ne nous obligera pas à remplacer notre sapin d'Ikea par l'art contemporain d'Electrabel (et toc pour les musulmans) (2), je sais, ça n'a aucun rapport, mais je me suis promis de caser ce foutu sapin quelque part.

Grâce au PS, les allocations de chômage ne seront pas limitées dans le temps (en dehors des allocations d'attente des jeunes, mais ils sont jeunes, hein, ils peuvent bien résister à un hiver dans la rue), ce qui sera limité, c'est le chômeur lui-même. D'ailleurs on le voit bien en Grèce ou en Espagne, où le nombre de suicides explose.

Grâce au PS (mais là, le CDH de Joëlle Milquet a mis du sien), on va créer des centaines si pas des milliers d'emplois dans la police mais aussi la sécurité privée. Après le CPAS de Bernissart, celui de Schaerbeek vient de vivre un épisode violent (1) et sans vouloir jouer les voyantes, on peut prédire que ce type de violence, individuelle, désespérée, est appelée à se multiplier (c'est l'autre versant du suicide). Ah mais, les autorités politiques ne vont pas rester les bras croisés : police, caméras, vigiles privés, autant de réponses « de gauche » au désespoir social, aux frais des CPAS, je suppose. C'est déjà ça que les pauvres (et les travailleur/se/s sociaux/sociales) n'auront pas.

Et en prime (3) : on ne rétablit pas la peine de mort (même pour Michèle Martin), on ne supprime pas le mariage homosexuel (au contraire, on l'encourage : des cohabitant/e/s en plus, c'est bon pour diminuer les allocations), on ne supprime pas le droit à l'euthanasie (qu'on pourrait même élargir à des motifs sociaux, non ?)

Merci le PS, et continuez donc à nous éviter le pire du pire plus pire que le pire.

 

(1) http://www.sudinfo.be/595742/article/regions/bruxelles/2012-11-20/schaerbeek-un-homme-seme-la-panique-dans-les-bureaux-du-cpas-de-schaerbeek

(2) pour mes ami/e/s non belges, car j'en ai, lire la saga sur le sapin de la Grand-Place : http://modelenonconforme.over-blog.com/article-le-sapin-qui-cache-la-foret-112331870.html

(3) inspiré d'une remarque judicieuse de Zakia Khattabi sur Facebook

 

Mis à jour (Mardi, 20 Novembre 2012 17:23)

 
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