La poutre et le foulard

Dénoncer la paille dans l'oeil du voisin tout en ignorant la poutre dans son propre oeil : l'image a été tellement galvaudée qu'on hésite à s'en servir. Pourtant, plus j'entends des laïques s'en prendre aux religions parce qu'elles ne respectent pas l'égalité entre hommes et femmes, plus je vois des poutres arriver à toute vitesse dans mon champ de vision.

Non pas que je me fasse la moindre illusion sur les religions en matière d'égalité : sans même parler de toutes les formes d'intégrisme, il se fait que même pour les monothéistesles plus modérés, si Dieu a créé séparément l'homme et la femme, ce n'est pas seulement pour permettre bien plus tard l'invention de l'électricité avec ses prises mâle et femelle. Il existerait bien une « différence » fondamentale, qui détermine un destin biologique et des rôles sociaux : cela reste pour moi le point aveugle de mes débats avec les croyant/e/s, aussi égalitaires qu'ils et elles soient. Les religions,ne tolèrent guère l'ambiguité, le franchissement des frontières, l'entre-deux, ou simplement l'autodétermination de qui on est, quel rôle on a envie de jouer et quelle place on occupe dans la société. Pour ne rien dire du mépris ou de la peur des femmes qui transparaissent dès qu'on creuse un peu (1).

La paille dans l'oeil des religions est donc bien présente, impossible de l'ignorer. Là où je m'insurge, c'est quand des laïques la montrent du doigt avec cet air de supériorité du paon qui se pavane en exhibant sa queue de beaux principes devant des pigeons qui en paraissent d'autant plus gris.

J'y pensais encore ce dimanche de Pâques (2) en entendant Pierre Galand, président du Centre d'Action Laïque, se dire déçu que la fumée blanche annonçant l'élection du nouveau pape n'ait pas révélé le visage d'une femme. Un « bon mot » que personne sur le plateau n'a songé à relever. Car si en effet, le chef des catholiques ne sera pas du « deuxième sexe », qu'on me rappelle donc le nom de la dernière présidente du CAL ? C'est simple : il n'y en a pas. Pas une seule. Et si Pierre Galand et les siens n'ont guère d'influence sur le choix du pape, des rabbins, des imams ou du dalaï-lama, ils en ont sur leur propre organisation. Ils pourraient s'imposer  l'alternance ou une co-présidence à la Ecolo pour mieux marquer leur détermination. On attend toujours. 

 

Mis à jour (Jeudi, 04 Avril 2013 06:33)

 

L'index des salarié/e/s dans l'oeil des expert/e/s

C'est Philippe Lamberts, député européen Ecolo et ennemi n° 1 du monde la finance (ce qui me le rend immédiatement sympathique), qui le dit dans un entretien à la RTBF « Moi, ma position sur l'indexation - et là je vais en parler comme ancien employé du secteur privé - j'ai bénéficié de l'indexation automatique des salaires à IBM alors que j'étais cadre, très franchement au début de ma carrière, ça m'a aidé, à la fin, je n'en ai pas besoin. Et donc je ne serais pas opposé au fait qu'on ait une forme de dégressivité de l'indexation ».

A quoi le PTB répond (sur Facebook), sous la plume de Raoul Hedebouw : « L'index n'est pas là pour réorganiser la répartition de la richesse mais pour assurer un maintien du pouvoir d'achat. Si M. Lamberts veut assurer que les hauts salaires contribuent plus, qu'il le fasse par la fiscalité en réintroduisant des tranches d'imposition plus élevées. Mais pas par une dégressivité de l'index. Pour rappel, les hauts salaires indexés paient des cotisations sociales plus importantes à l'ensemble de la sécu ».

Débat intéressant, au sein même de la gauche. Faut-il moderniser, améliorer, perfectionner le système d'indexation, ou au contraire, le considérer comme « intouchable » ?

 

Mis à jour (Mercredi, 27 Mars 2013 17:32)

 

Ne dites plus "Pâques", dites... austérité

Donc, la grande affaire du jour, ce ne sont pas les pertes d'emploi qui se multiplient, ni les mesures d'austérité qui nous pendent au nez comme les glaçons de ce faux printemps, mais le changement de nom des congés scolaires, qui fait titrer à la Libre Belgique : « Noël et Pâques éjectés du calendrier scolaire ». Ciel ! Les forums s'emballent. Les commentaires les plus « recommandés par les internautes » de la Libre font d'ailleurs tous référence à la supposée claque donnée à « notre » culture chrétienne, si pas à la civilisation occidentale, pour faire plaisir à... à... suivez mon regard.

Si jamais ce débat fondamental vous a échappé, sachez donc que la semaine prochaine commenceront les « congés de printemps » (et non de Pâques), ce qui est en effet franchement ridicule, quand on constate la température qu'il fait dehors. Le congé de Toussaint deviendra d' « automne » (espérons qu'il sera plutôt d'été indien), ceux de Noël deviendront « d'hiver » et le Carnaval se tranformera en « congé de détente » - ce qui tient quand même un peu du pléonasme.

Mais trêve de plaisanterie, puisqu'on vous dit que la patrie est en danger, que le Sarrasin est à nos portes et que nos enfants risquent de perdre leurs derniers repères, après l'ouverture du mariage aux homos et l'arrivée du boeuf halal dans leur Quick !

Et si on se calmait un peu ? Parce que d'abord, ces congés, même rebaptisés, restent bien liés aux fêtes catholiques, alors que des dates fixes simplifieraient sans doute la vie de tout le monde. Même « de détente », le congé de carnaval débutera « le septième lundi avant le jour de Pâques ». Pas question de virer la religion, il s'agit juste d'apprendre la table de soustraction par sept.

Ensuite, ces fêtes sont-elles vraiment si chrétiennes que ça ? Le Carnaval, n'est-ce pas un peu païen ? Et Pâques, ça n'aurait pas été piqué aux Juifs ? Et Noël, ce ne serait pas avant tout une fête commerciale ? Remplacer le Te Deum par les Quatre Saisons, est-ce donc tellement contraire à « notre civilisation » ?

Bon, tant qu'à changer des noms et provoquer une ire hélas prévisible, lers politiques auraient pu faire preuve d'une véritable audace. Peut-on rappeler que le rapport final des Assises de l'Interculturalité  préconisait de vraies modifications en matière de jours fériés (et donc en adaptant aussi les congés scolaires en conséquence) : il proposait de garder le 1er janvier, le 1er mai, le 21 juillet et le 25 décembre ; de permettre à chacun/e de choisir deux jours de congés flottants, en fonction de ses croyances et sa cutlure ; et enfin, d'introduire trois jours fériés non religieux coïncidant avec des journées internationales se référant, justement, à nos sacro-saintes « valeurs", celles que nous prétendons défendre contre les envahisseurs de tout poil (mais surtout de poil caché ou de poil à barbe, si vous me suivez) : Journée internationale des femmes (8 mars), Journée internationale contre le racisme (21 mars) et Journée mondiale de la diversité culturelle (le 21 mai). A voir les réactions à des modifications purement cosmétiques, c'est évidemment mal barré.

Et pour en revenir à l'essentiel, il se pourrait que les nouvelles mesures d'économie nous soient annoncées dès ce vendredi, transformant ces vacances de Pâques, pour la postérité, en "congés d'austérité".

 

Si les faits divers prenaient la couleur de l'actualité sociale...

Fait divers : une vieille dame sauve son caddie et sa vie

Hier matin, une dame âgée qui rentrait chez elle après avoir fait ses courses a été agressée en pleine rue par un individu armé. Le malfrat s'est fait remettre l'argent que la malheureuse venait de retirer au Bancontact. La victime a eu le réflexe de donner immédiatement son portefeuille, tout en suppliant son agresseur de lui laisser le caddie, qui contenait des cadeaux pour ses petits-enfants et un sac de croquettes pour son chat. Le voleur a pris la fuite sans demander son reste. Plus tard, des passants ont aperçu sur les lieux de l'agression l'arme de l'assaillant et d'après certains, elle serait factice, ce que la police ne refuse de confirmer. Mais la vieille dame a eu la chance, grâce à sa bonne réaction, de sauver ses courses et surtout sa vie.

 

Voilà ce que m'inspire ce titre omniprésent ce matin dans les médias : « NLMK : 536 emplois sauvés ». Que ce soit la Libre, RTL ou la RTBF, le ton est le même : passer de 904 à 536 emplois, ce n'est pas un naufrage mais u sauvetage. Le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide ?

On comprend, évidemment, que les travailleurs aient accepté un accord sous la menace d'un verre complètement vidé, comme on comprend que la vieille dame de l'histoire ait donné son argent, sous la menace d'une arme dont elle ne savait pas si elle était factice ou non. Mais c'est le titre qui pose problème, surtout quand on lit les « engagements » de la direction : pas de licenciements « secs », certes, mais la promesse que « la stratégie industrielle de développement des marchés de produits à haute valeur ajoutée sera poursuivie, que les coûts seront adaptés aux évolutions du marché européen et que la flexibilité de travail sera accrue » (La Libre Belgique, 27/3/2013).

C'est comme si notre vieille dame, sous la menace d'une arme peut-être factice, s'engageait à verser à son agresseur une partie de sa pension tous les mois. Mais elle a eu la vie sauve. Une bonne nouvelle donc.

 

Dans le port du foulard, y a la gauche qui se noie

Le « moment est grave ». L'événement « met en péril notre vivre-ensemble », nous sommes sur le point de subir un « recul dramatique » - et d'ailleurs le printemps lui-même nous fait faux bond (1).

Nul doute, il y a donc bien péril en la demeure. Une pétition signée de plus de 1000 personnes réclame une loi. Le Front de Gauche monte au créneau (2). Mais quel est donc ce danger qui nous menace ? Encore un coup des banques, de nouvelles mesures d'austérité, la découverte d'un réseau terroriste ... ? Non : c'est la Cour de Cassation, en France, qui invalide le licenciement de l'employée d'une crèche, virée pour port de foulard alors que le règlement interne exigeait la  « neutralité religieuse » (3).

Qu'a donc fait cette puéricultrice pour mériter sa mise à l'écart ? Aurait-elle utilisé des langes islamiques, réveillé les petit/e/s à l'heure de la prière, recruté par avance pour Al Qaeda ? Non, rien de tel, aucune faute professionnelle ne lui est reprochée. Le seul problème, c'est son foulard. Comme le dit le secrétaire d'Etat de la Région bruxelloise Bruno De Lille dans un autre contexte, celui de l'administration : « On s’en fout que la dame au guichet porte le voile, cela ne m’empêche pas d’obtenir mes documents. Ça l’est, par contre, si elle refuse de me parler parce que je suis un homme » (4). Pour autant que l'on sache, l'employée de Baby Loup ne refusait pas de s'occuper des petits garçons.

Dans une entreprise relevant du secteur privé, dit la Cour de Cassation, cette interdiction est simplement illégale. Puisque c'est ainsi, pétitionnent dès lors les laïques offusqués, changeons la loi !

 

Mis à jour (Dimanche, 24 Mars 2013 10:56)

 
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