1er mai, du mal à respirer, et ce n'est pas le pollen

 Premier mai, la journée commence pourtant bien : jour de congé, grand soleil, envie d'écrire, de ranger, d'aller faire un tour à la fête de la FGTB... quoique, ce terme de « fête », voilà qui provoque une première quinte de toux : pas plus que le 8 mars n'est la « fête de la femme », le 1er mai n'est la « fête du travail ». Car il s'agit (ou devrait s'agir, aujourd'hui plus que jamais) d'une journée de luttes, non pas pour le « travail » mais pour les travailleurs. Rappelons donc que le 1er mai ne commémore pas un barbecue particulièrement réussi, mais une grève sanglante à Chicago, en mai 1886, pour la journée des huit heures. Pas très « festif » à vrai dire. Avec la flexibilisation des horaires de travail, sans même parler du chômage, la journée de 8 heures est elle-même mise à mal.

Donc, même si vous me croisez avec une sangria à la main, penchée sur des brochures subversives, sachez que personnellement, je me prétendrai participer à la Journée internationale des luttes des travailleurs.

 

Mis à jour (Mercredi, 01 Mai 2013 10:14)

 

Seins nus, blu blu

« L'ULB sous le choc d'un débat avorté (...) Le recteur de l’ULB Didier Viviers s’est dit « consterné et scandalisé par cette atteinte grave à la liberté d’expression dans une université pour laquelle le débat et le respect de l’autre sont des valeurs fondamentales ». Dans la foulée, plusieurs partis (PS, MR, FDF) et associations (Cercle du libre examen, CCLJ, RésitanceS, UAE…) ont également dénoncé avec véhémence l’interruption forcée de ce débat. Les uns parlant « d’entrave à la liberté d’expression » ou «d’événement indigne d’une des plus grandes universités du pays » ; les autres de « censure », voire de «méthodes fascisantes ».

Rappelez-vous : c'était dans le Soir du 9 février 2012. La veille, un groupe de militant/e/s avait interrompu la conférence de Caroline Fourest pour dénoncer son « islamophobie », aux cris du désormais célèbre « Burqa bla bla ». Branle-bas de combat sur la planète ulb-iste mais pas seulement : des Cartes blanches ou rouges indignées et parfois assassines ont flingué un « chahut » quo'n pouvait trouver stupide et contreproductif (c'est ce que j'en pense), mais dont on a du mal à repérer, un an plus tard, la menace pour la civilisation.

Ce 24 avril 2013, on pouvait donc s'attendre à un nouvel appel à la défense de nos libertés menacées, après qu'un groupe de Femen soient intervenues à leur manière, donc seins nus, dans un débat sur le blasphème (« Offense ou liberté d'expression ? ») en aspergeant l'archevêque Léonard d' « eau bénite » pour dénoncer son « homophobie » (1), avant d'être virées manu militari (2). Et puis... non. Les médias se contentent de se faire l'écho de l' « événement » (à supposer que c'en soit un), et Guy Haarscher, qui n'avait pas eu de mots assez durs pour vilipender l'action des "burquistes", se contente de déplorer la « violence contre un vieil homme », et fait remarquer, à juste titre, que « cela lui a immédiatement attiré la sympathie d’un auditoire qui ne lui était pas vraiment favorable… comme vous pouvez l’imaginer. Et bien, il s’est mis l’auditoire en poche ». Action contreproductive donc, tout comme l'autre (à mes yeux).

Mais comment se fait-il que les médias soient aussi « compréhensifs » cette fois, donnant aussi la parole aux Femen, sans les insulter ? Ces Femen qui, soit dit en passant, justifient leur geste par le fait que «Les propos discriminants (de M. Léonard) sur l’homosexualité ne doivent pas passer inaperçus ». C'est sûr que sans elles, personne n'aurait entendu parler des onctueux conseils de célibat de l'archevêque aux homosexuels (3).

Comment expliquer cette différence de traitement de la part des médias (et de nos défenseurs de la liberté d'expression) ? Cette dramatisation qui frôle le ridicule dans le premier cas, et cette indulgence proche de la complaisance dans le second ? Il est vrai que le débat du 23 n'a pas été interrompu, et que M. Léonard a pris les choses avec philosophie, ou plutôt avec foi. Caroline Fourest devrait peut-être s'entraîner à la prière.

Faut-il donc croire que notre société déteste ou méprise encore plus les musulmans que les femmes ? Je n'ose le croire.

 

 

(1) Je mets des guillemets à « homophobie » comme à « islamophobie », pour mieux mettre ces deux événements en parallèle. Mais je n'ai aucun doute sur l'homophobie de M. Léonard, et de la hiérarchie de l'Eglise en général (comme d'ailleurs de beaucoup de représentants d'autres religions, bouddhisme compris)

(2) Certaines photos sont assez cocasses, où l'on voit des messieurs d'un certain âge faire le coup de poing contre de jeunes femmes dévêtues

(3) Comme je le disais au Forum de Midi sur la Première, je n'ai pas envie de m'embarquer dans une critique acerbe des Femen car je pense que le féminisme a d'autres adversaires, plus coriaces. Mais en gros, je me sens assez proche de ce qu'en écrit Mona Chollet

Mis à jour (Mercredi, 24 Avril 2013 14:15)

 

Frite suspendue

Le concept vient d'Italie, plus précisément de Naples. Il est très simple : vous entrez dans un bistrot, vous commandez deux cafés, vous n'en buvez qu'un et laissez l'autre « en attente ». En attente d'une personne qui ne peut pas se le payer, et à qui vous l'offrez donc sans la connaître.

L'idée n'est pas neuve puisqu'il paraît que la coutume date déjà d'il y a une centaine d'années. Elle était tombée en désuétude mais avec la pauvreté galopante, la voilà qui reprend du service. D'autres pays s'en inspirent : à Sofia, capitale bulgare, quelques 150 cafés la pratiquent déjà. Voilà qu'elle essaime aussi chez nous.

Mais la Belgique ne pouvait transposer une telle initiative sans innover : voici donc la « frite suspendue ». A Ixelles, puis à Liège, des friteries proposent d'acheter, en plus de son propre paquet, un deuxième sous forme de bon qu'on peut remettre à un/e « démuni/e » de son choix. Celui/celle-ci n'a plus qu'à aller chercher sa barquette, la sauce est offerte.

La presse relaie les initiatives, une page Facebook s'en fait l'écho, on imagine un logo identifiant les commerces qui participnt à l'action... Certains s'y rallient par conviction, d'autres y verront certainement un moyen de pub à bon compte ou une manière de faire grimper le chiffre d'affaires, car c'est le/la cliente qui paie.

Mais supposons que tout cela ne parte que d'une bonne intention, ce qui est sans doute le cas pour beaucoup. Faisons remarquer en passant que dans le même temps où ce système de « solidarité » est donné en exemple, le Fonds Européen d’Aide aux plus Démunis (FEAD) est réduit de 30%, alors même que la pauvreté galope. Souvenons-nous des différentes mesures pour pénaliser la misère – mendicité restreinte à certains créneaux horaires (Liège) ou certains endroits, limitée en nombre (Etterbeek) ou carrément interdite (projet à Gand). On peut s'en indigner, certes, mais en attendant la révolution qui supprimera la pauvreté et votera la frite libre et gratuite pour tou/te/s, il y a des gens qui ont froid et qui crèvent la dalle. Et que le café en attente et la frite suspendue peuvent aider à tenir.

Et pourtant... Quitte à passer pour une veille râleuse (que je suis), il y a au moins deux points qui me chipotent.

 

Mis à jour (Samedi, 13 Avril 2013 16:28)

 

Consentir n'est pas désirer

Alors que la terre brûle, de Boston à Damas, que des vents menaçants soufflent de Caracas à Paris, je vais vous entretenir d'un sujet qui ne concerne pas grand monde, oh, juste la moitié de l'humanité - même si l'on peut espérer que l'autre moitié se sente également concernée.

Le viol.

Pas le viol massif comme arme de guerre.

Pas les « tournantes », surnom donné au viol collectif quand il a lieu dans les caves de banlieue plutôt que dans nos immeubles cossus.

Non, je vais vous parler du viol bien de chez nous, et surtout de la manière dont peuvent en parler des gens bien de chez nous, des médias bien de chez nous, tout à fait respectables ou en tout cas respectés.

 

"Média-négation"

Deux actualités m'ont donné envie de revenir sur le sujet.

L'une est le suicide de Rehtaeh Parsons, cette jeune Canadienne harcelée depuis deux ans, après que les photos du viol collectif qu'elle a subi se soient retrouvés sur les médias sociaux. Haro sur la cyber-intimidation, mais qu'en est-il de la média-négation ? Radio, télé, presse, ont largement fait écho à cette histoire consternante, mais à chaque fois, j'ai sursauté en lisant ou en entendant qu'elle n'avait pas supporté les images de « ce qu'elle avait vécu comme un viol » (par exemple dans l'Avenir, mais il n'est pas le seul) ou « ce qu'elle considérait comme un viol » (par exemple à la RTBF radio comme télé). Un viol purement subjectif, donc.

Il faut savoir qu'au moment des faits, la jeune fille de 15 ans était complètement ivre, « semi consciente » - mais qui sait, peut-être qu'au fond d'elle-même elle était consentante ? Qui ne dit mot consent, n'est-ce pas ? Qu'elle n'était pas en état de le dire, ce mot (« NON!!!!!!!! »), peu importe, apparemment. Ou comment « appeler un chat ce qu'on considère comme un chat ».

"Allez-y, foncez, ça viendra bien !"

Deuxième actualité, l'interview accordée par Aldo Naouri au magazine Elle-France. Naouri n'est pas n'importe qui : c'est un pédiatre « star », un « spécialiste », un monsieur qui « sait » et dont il serait sage de suivre les excellents conseils. Elle, ce n'est pas non plus n'importe quoi : un magazine féminin plutôt haut de gamme, qui se targue parfois d'un zeste de féminisme.

 

Mis à jour (Mercredi, 17 Avril 2013 11:40)

 

Zizi chez les Gaulois

 

Au hasard d'une invitation à un concert, un ami a découvert une association qui avait jusque là échappé à son attention (tout comme à la mienne). Curieux de nature et mal intentionné par choix, il s'est donc penché sur les entrailles du « Cercle Royal Gaulois Artistique et Littéraire », plus connu sous le nom de « Cercle Gaulois ». Après avoir posé un premier diagnostic sur ce magnifique rassemblement de coqs à crête dorée, il m'a charitablement offert quelques outils pour mieux leur voler dans les plumes.

Et quelles plumes ! Du vicomte par-ci, du chevalier par-là, de l'ex-recteur, bourgmestre, ministre d'Etat, et même un ex-président de la République française ! (Non, pas Sarkozy, imaginez qu'il lui prenne la fantaisie de lancer, dans ces couloirs dédiés à l'Art et aux Lettres, un « Casse-toi pauvre coq ! » qui salirait les lambris à tout jamais ! Non, il s'agit de Giscard d'Estaing, qui sait tenir sa langue et ses couverts à poisson).

Donc, voici la composition du Cercle Gaulois, telle qu'on peut la trouver sur son site :

Un président d'honneur.

Sept membres d'honneur.

Cinq membres du comité de direction.

Dix membres du conseil d'administration.

Dix membres d'une mystérieurse « commission de ballottage ».

Deux commissaires.

Sept conseillers.

Un directeur.

Une composition qui pèse son poids de testostérone : 100% d'hommes. Quoique, en y regardant de plus près... ah si, deux femmes ! L'une s'occupe du secrétariat, l'autre de la comptabilité. Et alors que ces messieurs ont tous droit à leur photo, ces dames sont représentées... par un logo.

 

Mis à jour (Samedi, 06 Avril 2013 13:46)

 
Plus d'articles...