POUR : l'autre résurrection de J.C.

L'information courait depuis quelque temps sur les réseaux sociaux, mais voilà, ça y est : dès ce 30 mai, on verra apparaître dans les librairies et le réseau associatif un drôle de revenant, le journal POUR, disparu après un incendie de ses locaux orchestré par l'extrême-droite en 1981.

POUR, même graphisme, même sous-titre (« pour écrire la liberté »), fièrement baptisé « n°1 », ce qui indique à la fois qu'il y en aura d'autres... et que la filiation avec le passé n'est pas évidente (mais ça, c'est sans doute inconscient).

Et c'est le moins que l'on puisse dire. POUR des années 1970 était un hebdo de la « nouvelle gauche », basé sur un journalisme d'intervention, de participation, qui faisait confiance aux « intelligences citoyennes » (comme on dit aujourd'hui), qui voulait offrir une vitrine aux luttes plutôt qu'à la parole des experts. On peut regretter des naïvetés, des dérives – la sous-estimation des crimes commis par les Khmers rouges me paraît rétrospectivement l'une des pires – on peut penser que les querelles internes, ou la tentative de se transformer en organisation politique, ont asséné au journal des coups aussi mortels que l'incendie. Il n'empêche, ce fut une belle aventure, sociale, culturelle et humaine. Ce fut aussi ma vie durant six ans.

 

C'est ce qui explique peut-être en partie ma colère devant cette « résurrection » qui est aussi une forme de trahison. Non pas que les idées que prétend défendre le nouveau POUR soient indignes : l'objectif est de dénoncer le Traité transatlantique, le fameux TTIP, qualifié de « l'arnaque du siècle, une menace pour notre démocratie ». Un combat que l'ancien POUR aurait certainement repris à son compte. Mais pas de cette manière à la fois arrogante et surplombante.

Arrogante parce que la présentation balaie d'une phrase toutes les initatives qui, depuis de longs mois, dénoncent ce projet, que ce soit Hart Boven Hard, Tout Autre Chose, les Acteurs du temps présent et tant d'autres, rassemblés (notamment) lors du sommet alternatif anti-TTIP du 18 avril dernier. Non, pour « informer » et « mobiliser », POUR va nous expliquer les enjeux en donnant la parole à des « experts » ou des politiques bien en place – et c'est le côté « surplombant ». Là encore, tous ne sont pas « indignes », des personnalités comme Philippe Lamberts ou Susan George ont certainement des choses intéressantes à nous dire – mais on peut trouver leurs interventions ailleurs. Mais André Antoine ? Arnaud Deplae, de l'UCM ? Ou encore Marie Arena, qui soutient le vote socialiste en faveur du traité dans la Commission Commerce du Parlement européen, pour d'obscures raisons tactiques (1) ?

Le fondateur et « résurrecteur » de POUR, Jean-Claude Garot, n'a jamais reculé devant la folie des grandeurs. Il compte balancer pas moins de 150 000 exemplaires de son « journal d'intervention », y compris en France (qui, il est vrai, serait autrement privée des avis indispensables de MM. Antoine ou Deplae, entre autres).

Un outil anti-TTIP, pourquoi pas ? Centré sur les experts, c'est un choix comme un autre. Se servir de POUR, qui fut une aventure collective où de nombreux militants ont beaucoup sacrifié – de leur temps, de leur engagement, de leur carrière professionnelle...- pour en faire quelque chose de tout différent, sinon antinomique – du moins par la forme – cela tient du détournement de rêves.

Oh, Jean-Claude Garot a certainement bien bétonné la propriété sur le titre, l'opération résurrection doit être juridiquement bétonnée ; de toute façon, les procès entre anciens camarades devant la « justice bourgeoise » m'a toujours paru pathétique. Mon indignation restera donc purement formelle, et je n'aurais même pas parlé de ce « machin », au risque de lui faire de la pub, s'il ne faisait déjà l'objet d'une belle médiatisation (presque une demie-page dans le Soir!)

De l'aventure de l'ancien POUR, j'avais tiré un « polar », Fausses Pistes, qui se terminait par la descirption d'un dessin paru dans un journal tchèque :  un homme et une femme, tout petits, sont assis à l'entrée d'une caverne et regardent se pavaner d'impressionnants dinosaures. Et l'homme, serrant la femme contre lui , lui murmure à l'oreille : 'ça va te paraître incroyable, mais is sont destinés à disparaître'.

Aujourd'hui, elle pourrait lui répondre : 'les voilà de retour, combattons-les ailleurs que dans un Jurassic Park de pacotille'.

 

Pour vous faire une idée vous-même (parce que quand même j'ai des principes) : http://www.pour.press/ et comme j'ai des principes, je confirme que je ne l'ai pas lu mais que mon opinion sur le TTIP est faite

 

(1) Le Soir, 29/5/2015

Mis à jour (Vendredi, 29 Mai 2015 16:35)