Carpe farcie (d'intentions douteuses)

 

Non, mais vous êtes sûre... ? Sûre de chez sûre... ? Parce que sur les vidéos, on n'a pas entendu « sale juif ». Enfin, pas clairement. Même pas le premier intéressé. D'autres l'ont entendu, ou cru l'entendre. On a entendu « sale sioniste de merde, retourne chez toi à Tel Aviv » (1), mais c'est juste l'effet d'une divergence politique ; on a entendu « tu vas mourir », mais bon, quoi, c'est vrai, tout le monde va mourir ; on a entendu « homophobe de merde, sale enculé », ce qui montre une capacité d'insultes à large spectre. En tout cas, « sale juif » c'est pas clair du tout. Et donc, vaut mieux rester prudent·e et ne pas tirer de conclusions hâtives.

Et le tag de croix gammée sur le portrait de Simone Veil  ? C'est peut-être juste un opposant à la loi sur l'avortement, un de ces « veilleurs » qui s'intéressent moins aux vivant·es qu'aux « enfants à naître », bon c'est pas très malin ou même franchement odieux, la comparaison avec le nazisme, mais y voir de l'antisémitisme, c'est aller vite en besogne, non... ?

Et le « Juden » tracé sur la vitrine d'un magasin Bagelstein à Paris ? C'est peut-être juste une façon d'indiquer aux passants quel type de nourriture on trouve ici – un peu comme sur resto.be, là c'est de la cuisine africaine, en face de l'italienne... – ou encore, une gaminerie d'un client mécontent ou victime d'une indigestion après avoir goûté les bagels locaux... On ne peut pas savoir, hein.

Et ces arbres plantés en mémoire d'Ilan Halimi, et qui ont été sciés ? C'est peut-être juste une forme de protestation maladroite contre la déforestation...

Et les fines allusions aux Rotschild maîtres du monde, sur des banderoles anti-Macron et jusque dans un magazine de la BNP.... c'est juste une petite erreur de calcul tout à fait anodine...

Bref, il faut vraiment être obsédé.e pour voir de l'antisémitisme partout.

 

« Façon de parler »

Assez ! Asez de déni, de contorsions, d'interprétations hasardeuses. Assez d'analyses subtiles – ou grossières – de relativisations (oui mais Israël... oui mais le « lobby juif »...) ; assez aussi, et je le dis en me démarquant d'une partie de mes ami·es et de ma famille politique, de cette façon de noyer la chasse au gefilte fish dans les méfaits généraux de la pêche industrielle.

Car bien sûr, je suis d'accord qu'il faut lutter contre tous les racismes ; et je vois bien comment la lutte contre l'antisémitisme et les grandes déclarations de judéophilie, de la part de certains pouvoirs, sont de pures manipulations de plus maladroites, encourageant la détestable concurrence des victimes et  risquant de renforcer encore l'antisémitisme ambiant (2).

Il reste que l'antisémitisme n'est pas un racisme comme les autres ; chacun a d'ailleurs ses spécificités (que l'on songe à la différence entre la négrophobie et le racisme dont font l'objet les Asiatiques), qui impliquent à la fois la solidarité pour toutes ses victimes et la nécessité de combattre de manière particulière chacune de ses formes.

Car dans nos sociétés le racisme « maistream », si l'on ose dire, est un racisme « anti-pauvres ». Aux juifs, au contraire, on reproche l'argent et le pouvoir, d'ailleurs largement fanstasmés (3).

Les juif.ves souffrent certainement de moins de discriminations institutionnelles que d'autres minorités. En même temps, ils sont davantage menacés, comme on le constate avec la présence de la police ou de militaires devant leurs lieux de culte ou de culture, ou de leurs écoles. Ils sont aussi soupçonnés de ne jamais appartenir tout à fait à la communauté nationale (faire le lien avec le "rentre chez toi"), non par manque d' « intégration » comme reproché à d'autres, mais par une sorte de « traîtrise naturelle ». On se souviendra de Raymond Barre, premier ministre à l'époque de l'attentat de la rue Copernic en octobre 1980, déclarant : « Cet attentat odieux voulait frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue et il a frappé des Français innocents qui traversaient la rue ».

L'antisémitisme a aussi ceci de particulier qu'on n'a pas besoin d'être juif pour en « bénéficier ». C'est ainsi que le footballeur M'Bappé a été l'objet d'un tag haineux le traitant de « nègre enjuivé ». Ce qui me rappelle une anecdote personnelle : lors d'une réunion syndicale interentreprises, une déléguée se plaignait de l'impossibilité de discuter avec son patron, car « il ne pense qu'à l'argent, il est juif ». Comme personne ne réagissait parmi les goys présents, j'ai pris tout mon courage et ma pédagogie pour lui expliquer, sans m'énerver, en quoi c'était de l'antisémitisme, donc du racisme. Et elle, à la fin de mon laïus : « Mais il n'est pas du tout juif, c'est une façon de parler ! » Et mon permanent, se tournant vers moi : « Tu vois, ce n'est pas antisémite ».

 

Meilleur ennemi antisémite

Alors ce mardi soir, à Paris et dans diverses villes françaises, certain·es défileront contre les « islamogauchistes », d'autres « contre l'antisémitisme d'extrême-droite », et d'autres encore « contre tous les racismes ». Qui sait, quelqu'un brandira peut-être même le vieil antisémitisme chrétien, car même s'il y a prescription quant à la responsabilité du meurtre présumé du Christ, il reste un fond d'antijudaïsme qui a quand même prospéré durant vingt siècles dans nos sociétés dites « judéo-chrétiennes », le « judéo » n'étant là que pour la décoration.

Comme on a son « meilleur ami noir », on a aussi son « meilleur ennemi antisémite », qui est toujours dans le camp d'en face. Et la marge est étroite entre les mâchoires du double piège, d'un côté la manipulation politique des déclarations judéophiles et de l'autre, la noyade de la carpe farcie dans l'océan infini des poissons menacés.

C'est vrai que j'ai l'air en rogne. C'est parce que je le suis. Et ma colère est à la mesure de mon sentiment d'impuissance.

 

(1) Comme le fait remarquer quelqu'un sur Facebook, il est assez cocasse pour un antisioniste de vouloir renvoyer les juifs en Israël

(2) Cet événement sordide de sépultures tagguées n'est peut-être pas sans lien avec les rassemblement de ce soir...

(3) Pour le mythe de la richesse généralisée des juifs, il y a cette blague-proverbe qui vient de la Pologne d'avant-guerre : « Quand un juif mange du poulet, c'est que l'un des deux est malade ».



PS : Je n'ai, volontairement, évoqué ni l'antisémitisme supposé des gilets jaunes, ni les rapports avec l'antisionisme. Sur le premier sujet, voir la réfutation de l'UJFP. Quant au second, je reprends ci-dessous les catégories de l'UPJB, que je partage entièrement.

 

Définition de l'antisionisme par l'UPJB :

Antisionisme
Sert à désigner tous les courants politiques opposés au sionisme, soit dans son projet (jusqu’en 1948), soit dans ses conséquences : la constitution d’un État juif en Palestine largement fondé sur la spoliation du peuple palestinien et les politiques conduites par cet État depuis sa naissance. Mais cette étiquette recouvre des courants très différents, qu’il faut éviter de confondre.
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1. L’antisionisme palestinien.
Pour un peuple privé depuis 1948 (création de l’État d’Israël) de ses droits les plus élémentaires, l’antisionisme est une évidence. Cet État s’est en partie établi sur des terres palestiniennes conquises lors de la "guerre d’indépendance" de 1947-48 (dont une conséquence fut la Nakba), il se définit comme un État ethnique juif, alors qu’il comporte parmi ses habitants une minorité importante de Palestiniens qui y vivent comme des citoyens de seconde zone, et, depuis près de cinquante ans, il occupe ou contrôle illégalement divers territoires – Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la Bande de Gaza, ainsi que le territoire syrien du Golan – et y installe des colonies de peuplement au cœur de la population palestinienne qui subit un régime colonial d’apartheid.
L’antisionisme palestinien est largement partagé par les mouvements de libération des pays du Sud, qui perçoivent le sionisme comme un avatar du colonialisme européen.
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2. L’antisionisme de la gauche européenne
Avant la Seconde Guerre mondiale, la gauche était plutôt hostile au projet sioniste. Engagée en faveur de l’égalité citoyenne des Juifs dans les sociétés où ils vivaient, elle ne pouvait accepter le postulat sioniste que cette égalité est une chimère et que l’antisémitisme est inévitable.
Pourtant, à la Libération, la gauche européenne dans sa plus grande partie a accueilli favorablement la création d’Israël comme une réparation du génocide dont les Juifs furent victimes sur le sol européen. Quand cet État s’engagea résolument dans le camp occidental en se plaçant sous le bouclier américain, le mouvement communiste critiqua vigoureusement sa politique, sans remettre en cause ses fondements qu’il avait approuvés.
Cette critique se modifia à partir de 1967 et de l’occupation par Israël de nouveaux territoires palestiniens. À ce moment-là, il apparut à certains – notamment issus de la nouvelle gauche radicale – que cette politique n’était que le prolongement du projet sioniste encore inachevé qui postulait la conquête de toute la Palestine. Les territoires conquis n’étaient pas un gage pour la paix, comme ce fut prétendu à l’époque, mais l’occasion d’une nouvelle colonisation et d’une nouvelle expansion territoriale. Cet accomplissement du sionisme est aujourd’hui ouvertement affirmé par les dirigeants israéliens. Il a redonné vigueur à un antisionisme de gauche qui n’a rien à voir avec de l’antisémitisme.
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3. L’antisionisme antisémite
Les antisémites d’aujourd’hui utilisent l’hostilité qu’inspire la politique israélienne dans une grande partie de l’opinion publique mondiale pour la canaliser vers la haine des Juifs en tant que tels. Pour eux, le sionisme n’est que l’actualisation du vieux complot juif qui vise à dominer le monde. Israël ne serait plus un pion de l’impérialisme américain comme cela se disait auparavant, mais c’est l’inverse qui est affirmé : ce sont les Américains qui seraient à la botte du sionisme (lisez : des Juifs). En de nombreux endroits, l’affirmation antisioniste n’a été que la feuille de vigne de l’antisémitisme le plus rétro, comme en URSS sous Brejnev (émigration de quelques millions de Juifs soviétiques) ou dans la Pologne communiste en 1968 (purges au sein du Parti communiste). Mais aussi dans le monde arabo-musulman, à travers des déclarations de dirigeants importants (le Syrien Bachar El Assad, l’Iranien Ahmadinejad) ou le recyclage des Protocoles des Sages de Sion, en Égypte et à Gaza, ainsi que par le prestige qu’y a acquis le négationniste Roger Garaudy après sa conversion à l’islam. Cet antisionisme antisémite rencontre malheureusement un certain écho dans des courants marginaux de la gauche radicale européenne. La figure très médiatique de Dieudonné, pour qui "les sionistes ont tué Jésus", fédère ces courants.

 


Mis à jour (Mardi, 19 Février 2019 17:16)

 

La colibri et les vautours

Plus de 70 000 personnes, à la grosse louche, à manifester « pour le climat » lors de deux grands rassemblements à Bruxelles, en décembre puis en janvier.

3000, puis 12 000, puis 35 000 jeunes dans les rues, brossant les cours sur le thème « à quoi bon aller à l'école si on n'a pas d'avenir ? »

Bref, alors qu'on croyait que les migrants et surtout la meilleure (c-à-d la pire) manière de les arrêter aux frontières de la forteresse Europe seraient au centre des prochaines élections, il se pourrait bien que ce soit plutôt le sort de la planète – et c'est tant mieux.

Laissons ricaner les moqueurs, les Siegfried Bracke accordant du haut de Sa Condescence le droit aux jeunes de « dire des bêtises », les De Wever (Bart) vs De Wever (Anuna), les Godefridi et autres GLB, et penchons-nous sur celles et ceux qui nous veulent du bien, à nous et à notre progéniture (qui est aussi la leur). Et ce sont les réactions qui sont peut-être les plus préoccupantes.

 

Version n°1 : « On fait déjà plein de choses mais on ne l'explique pas assez ». Charles Michel, Marie-Christine Marghem, et plus généralement les politiques actuellement aux affaires nous rétorquent que certes, nous respirons de l'air pollué et mangeons des saloperies, mais qu'en pourcentage rapporté au carré de l'hypoténuse, ça va quand même mieux depuis leur arrivée au pouvoir, et que ça ira encore mieux si on les y maintient. Et prêt.es à nous envoyer des "coaches" pour nous aider sinon à respirer, du moins à calculer à leur manière.

 

Version n° 2 : « On n'en fait pas assez, les politiques doivent se mobiliser davantage », ça c'est quand on est dans l'opposition, on en oublierait presque qu'eux aussi ont été au pouvoir et que cette fameuse « mobilisation », on ne l'a pas vraiment vue passer (on peut faire une exception pour les écologistes qui s'égosillent depuis longtemps dans le désert et sous les quolibets, qui vont de la « rage taxatoire » au « avec eux on va devoir  s'éclairer à la bougie ».

 

Reste la version n° 3, valable pour tou.tes : le coup du colibri.

Ah le colibri, je n'en peux plus du colibri, vous savez, ce tout petit oiseau qui, quand la forête brûle, n'éteindra pas l'incendie mais aura fait sa part en jetant sur le feu des goutelettes à la proportion de sa taille... Quel succès ! Un bel exemple avec cette Carte Blanche de Claire Vandevivere, Echevine de l’environnement à Jette, intitulée « Prêt à boire dans une gourde et à résister au dernier Smartphone? »

A qui on a aussitôt envie de répondre : « Prête à renoncer à toute publicité pour l'eau en bouteille ou pour le nouveau smartphone dernier cri » ?

Une belle campagne d'activistes pour le climat rappelle que l'éclairage d'un panneau publicitaire égale à la consommation en électricité de trois ménages. Alors, prêt.es à interdire l'éclairage ds panneaux publicitaires ? Prêt.es à limiter, sinon supprimer la publicité dans l'espace public ? Cette publicité qui nous encourage à consommer plus, à céder à toute pulsion d'achat, à « se faire plaisir » comme iols disent (et à faire plaisir aux actionnaires, comme ils ne disent pas) ? Prêt.es aussi à mieux partager les richesses, pour que « moins de consommation » des un.es ne signifie pas « moins d'emplois », ou emplois de moins bonne qualité, pour tant d'autres ?

Et nos médias, sont-ils prêts à faire un effort de cohérence, en s'abstenant de présenter, « sans transition », avant ou après un sujet sur le climat, un reportage enthousiaste sur les canons à neige dans les Ardennes, le doublement du nombre de passagers à l'aéroport de Charleroi, ou encore la construction d'un super-méga-bateau de croisière aux chantiers navals de Saint-Nazaire ? Ces exemples sont tirés de JT récents de la Une et de France 2.

Alors, le colibri peut faire de son mieux, et on peut l'applaudir et l'encourager. Mais ne pas oublier que pendant ce temps, les vautours tournoient dans le ciel en ricanant, n'hésitant pas à jeter du kérosène (non taxé) sur le feu.

Ah oui, et au fait : ne pas oublier aussi que, si « chacun fait sa part », il faut que cette part soit plus équitablement partagée. Parce que fabriquer ses propres produits d'entretien, amener l'enfant à la crèche en vélo plutôt qu'en voiture, faire ses courses dans plusieurs petits magasins plutôt qu'au supermarché, ... c'est encore et toujours le colibri femelle qui va devoir s'y coller.

Mis à jour (Jeudi, 31 Janvier 2019 10:16)

 

Des genres et des couleurs

« Moi, je ne m'intéresse pas au sexe de mes invités, je les choisis juste sur leurs compétences ». « Moi, je ne regarde pas la couleur (l'origine, l'orientation sexuelle, le handicap... biffez les mentions inutiles), seulement la pertinence sur les sujets abordés ».

Combien de fois n'avons-nous pas entendu ces « justifications » lorsque nous protestions contre la n-ième tribune 100% masculine, le x-ième débat avec des plateaux unicolores blancs... ? Ce fut encore le cas ces dernières semaines, lorsque la RTBF débattait du racisme avec quatre personnes blanches à la table centrale, les racisé.es étant relégué.es dans le public (1). Réduit.es à la situation de « témoins », face à l'expertise blanche.

 

Masculin blanc universel

Quelques jours plus tard sur France Inter (2), une chroniqueuse relevait l'absence de lesbiennes dans le débat actuel sur l'accès à la PMA pour toutes les femmes. Justification : c'est un sujet qui concerne l'ensemble de la société ; et donc, on peut exclure les premières concernées...

On songe immédiatement à un débat qui a enflammé le milieu artistique cet été au Québec : la pièce « Slav », consacrée aux chants d'esclaves, interprétée presque exclusivement par des artistes blanc.hes. Et quelques mois plus tard, sous la direction du même metteur en scène, Robert Lepage, un spectacle basé sur l'histoire des autochtones... sans artistes autochtones. Si les protestations ont eu raison du premier spectacle, finalement annulé, le deuxième a été maintenu, après quelques flottements.

Il faut bien le constater : en ne faisant attention ni au genre, ni à la couleur, on invite « naturellement » en immense majorité des hommes blancs (valides, hétérosexuels, de classe moyenne ou supérieure...) à débattre de tous les sujets, en leur supposant une expertise universelle, alors que les membres de catégorie « particulières » ne peuvent s'intéresser qu'à leur propre cas, et encore, pas toujours, car il leur manque alors la « distance » nécessaire (dont disposent évidemment les hommes blancs...) Un (exceptionnel) plateau exclusivement composé de femmes est présenté comme « un regard féminin sur le monde », tandis qu'un plateau (banal) exclusivement masculin est « universel ». On peut encore le voir ce 28 septembre, où le concert organisé à l'occasion de la Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles est annoncé avec fracas « 100% féminin », alors que jamais une tribune, un plateau ou une scène ne sont annoncés « 100% masculins »... bien que ce soit très fréquent.

Un autre argument, plus délicat peut-être, également relevé par Sonia Devillers, et repris par Assita Kanko dans l'émission Medialog (3) : il ne faut pas confiner les minorisé.es dans les débats qui les concernent. Bravo, conclut la journaliste de France Inter, écoutons donc ce que les lesbiennes ont à dire sur la pollution ou la taxe d'habitation... mais curieusement sur ces sujets non plus on ne les interroge guère. Le but n'est évidemment pas de cantonner les « minorisé.es » (car pour rappel, les femmes ne sont pas une minorité...) dans les débats qui les concernent. Mais il faut bien constater leur absence ou leur rareté comme expert.es sur des sujets « généralistes ». Comme les comédien.nes noir.es qui devraient pouvoir jouer tous les rôles du répertoire, et pas seulement des personnages qui ont explicitement la même couleur de peau. Mais en réalité, ils et elles sont cantonné.es dans certains rôles, et on les exclut même des lieux où c'est d'abord d'eux, d'elles que l'on parle.


Lapins et chasseurs

« Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera racontée par les chasseurs » , tel est l'image frappante utilisé en introduction d'un film d'hommage à l'historien Howard Zinn, pour dénoncer l'omniprésence de la parole des dominant.es (4). Dans le cas qui nous occupe, on voit donc que même quand les lapins ont leurs historien.nes, ce sont tout de même les chasseurs qui sont mis à l'avant-plan pour parler de leur histoire commune. Et c'est à peine si on n'attend pas que les lapins les remercient humblement d'avoir posé leur fusil.

 

 (1) A votre Avis, 12 septembre 2018

(2) France Inter, 27 septembre 2018, le7-9, chronique de Sonia Deviller

(3) Méadialog, la Deux RTBF, 26 septembre 2018

(4) Howard Zinn, une histoire 
populaire américaine, d’Olivier Azam et Daniel Mermet

Mis à jour (Jeudi, 27 Septembre 2018 09:04)

 

Un statut pour les personnes prostituées ?

Le 22 novembre dernier, l'AFICo organisait à Namur une rencontre sur le thème : quel statut pour les TDS ?

Ecrit comme ça, l'intitulé paraît aussi « mystérieux » qu'innocent. Mais lorsque l'on sait que l'AFICo est une ASBL liée à la FGTB et que les TDS sont les travailleur.ses du sexe, cela se complique. Et d'autant si l'on sait que c'est le groupe de réflexion et action « genre » de l'AFICo qui a initié la réflexion. En face : Espace P et l'UTSOPI.

 

Pas de position

Avec le port du foulard, la prostitution est certainement le sujet le plus clivant dans les mouvements féministes. Celui dont on n'arrive même pas à débattre, celui qui interdit de se fréquenter, de participer aux mêmes manifestations (1).

Pour être claire sur l'endroit « d'où je parle », c'est un combat dans lequel je ne suis pas vraiment impliquée, mais qui ne peut que m'interpeller en tant que féministe. Si tout au fond de moi, j'aimerais une société « idéale » sans prostitution, je ne me reconnais pas dans la position abolitionniste, et en particulier, je trouve l'équation souvent brandie « prostitution = viol » d'une très grande violence envers les personnes concernées. Et après des débats d'un an au sein de l'asbl Garance, je partage la position prise officiellement par l'association : pas de position de principe.

Cela ne veut pas dire qu'on se désintéresse du sujet, au contraire : on essaie de l'aborder avec pour seul souci l'amélioration des conditions de vie de ces femmes, ces hommes et ces personnes transgenres, à commencer par tout ce qui peut les protéger des violences, qu'elles viennent des clients, des riverains, de la police, des institutions.... ou parfois de celles et ceu qui veulent les "protéger", de gré ou de force.

Il y a de longues années, alors que je préparais avec une collègue un dossier consacré à la prostitution pour la revue Politique, nous avions interviewé Albert Faust qui songeait déjà à créer un « syndicat de prostitué.es ». Le projet a capoté (si j'ose dire), mais aujourd'hui qu'à nouveau la FGTB, par le biais d'une de ses asbl, s'intéresse au sujet, j'étais vraiment curieuse d'écouter.

Une cinquantaine de personnes étaient donc présentes à Namur, avec le constat, hélas trop fréquent : très peu d'hommes et pratiquement pas de personnes « racisées ». Comme si la prostitution était avant tout une affaire de femmes blanches... (2)

Telle quelle, la rencontre ne manquait cependant pas d'intérêt. Les témoignages, d'abord, centrés sur les dégâts de la non reconnaissance : des refus de prêt, d'assurance, moins peut-être par condamnation morale que par la crainte d'être considéré.e comme « proxénète », définissant toute personne ou organisation qui profite des revenus de la prostitution (2). On sait (si on veut savoir) que cette définition très large du proxénétisme est aussi un obstacle à la vie affective des prostituées, la personne vivant avec elle risquant d'être accusée de « profiter » de ses revenus, ou à une organisation solidaire entre prostituées, l'une étant soupçonnée d'être la proxénète de l'autre... A noter que certaines communes qui en « profitent » largement – les chiffres avancés étaient impressionnants – mériteraient de rentrer dans cette catégorie, l'hypocrisie en plus... Une explication intéressante du peu d'attention des autorités communales pour la situation des prostitutées : même celles qui ont le droit de vote ne sont pas électrices dans la commune où elles exercent. Pour leur sécurité comme pour protéger leur vie privée, elles prennent soin d'habiter, et donc de voter ailleurs.

Des témoignages portaient aussi sur la violence, la difficulté à porter plainte (particulièrement en cas de viol), sur le poids de garder son activité secrète, même pour des proches.

 

Un mérier... mais pas comme les autres

La question du « statut » a occupé une large partie des débats. Salariée ou indépendante ? Etre salariée, c'est entrer dans un contrat de « subordination », en matière d'horaire, de conditions de travail – c'est-à-dire ici de la possibilité de refuser des clients et des pratiques – de salaire peut-être. Mais le statut d'indépendante, s'il laisse davantage de liberté, porte d'autres contraintes, comme les obligations administratives, une moindre protection sociale... La solution serait sans doute de laisser le choix à chacune, sachant que certaines préféreraient encore, par méfiance envers les institutions, rester dans un « non statut », malgré tous les risques que cela comporte.

Il est à noter qu'un consensus assez large semblait se dessiner pour refuser autant le modèle réglementariste hollandais ou allemand, qui « donne trop de pouvoirs au patron », que le modèle aboltionniste français, dont l'hypocrisie a été pointée : celles qui décident de sortir de la prostitution ont droit à 336 euros par mois durant six mois. De quoi se reconstruire une autre vie, en effet... Un meilleur accompagnement de celles qui veulent arrêter fait partie des revendications : voilà un sujet sur lequel les différents « courants » féministes pourraient s'entendre, tout comme sur la lutte contre les violences, si du moins ils se parlaient...

Un modèle a toutefois été mis en avant, c'est le modèle néo-zélandais.

Et bien sûr, personne n'a défendu la traite ou la prostitution forcée. Ce qui pose aussi une condamnation des politiques migratoires actuelles, qui condamnent des femmes à rester dans la prostitution pour rembourser les passeurs. Pas d'enthousiasme non plus pour les « Eros center » actuellement en projet, même si certaines y trouveraient un minimum de sécurité (mais toutes les sans papières en seraient exclues, et davantage encore pourchassées en dehors de ces centres).

Alors, la prostitution, un « métier » ? En écoutant les premières concernées – du moins celles qui étaient présentes, car il y a certainement d'autres avis – on sentait bien le besoin d'un « statut », hors de l'hypocrisie actuelle.

Mais comment trouver à la fois une protection sociale et une liberté indispensable, ne serait-ce que pour garder le droit de choisir ses clients et ses pratiques ? Certaines ont évoqué un statut proche de celui des artistes, avec contrat Smart à la clé...

De même, lorsqu'on a évoqué le statut salarié, une objection particulière a été retenue : pas question d'en faire un « emploi convenable » qui menacerait d'une perte d'allocations en cas de refus... Un métier peut-être, mais cetainement pas « un métier comme les autres ».


(1) C'est ainsi que le 24 novembre à Paris, la grande manif contre les violences, qui se voulait unitaire sous le nom de #NousToutes, a été boycottée par une partie du mouvement féministe, refusant de défiler aux côté d' »esclavagistes ». Les noms d'oiseaux qui fusent en face pour qualifier les abolitionnistes ne sont guère plus aimables.

(2) Je fais donc le choix de parler dans ce qui suit de « prostituées » au féminin

Mis à jour (Lundi, 26 Novembre 2018 11:49)

 

Le lion et la gazelle

C'était ainsi depuis le début des temps : les lions poursuivaient les gazelles, les gazelles fuyaient, certaines arrivaient à s'échapper mais la plupart se faisaient prendre, immobiliser, déchiqueter et dévorer par leurs prédateurs. Certains lions prétendaient même que leur servir de repas était, pour les gazelles, un honneur, ou encore« le plus vieux métier du monde ». C'était ainsi depuis le début des temps, et il n'y avait donc pas de raisons que ça change. Du moins de l'avis des lions.

Car il se fit qu'un jour des gazelles imaginèrent l'impossible : si au lieu de fuir chacune de leur côté elles faisaient face, si elles se mettairnt à gronder et utiliser leurs pattes et leurs dents comme elles l'avaient appris dans des cours d'autodéfense, peut-être qu'alors les lions y réfléchiraient à deux fois avant de leur tomber dessus. Et de fait, aussi incroyable que cela paraisse, les lions s'arrêtaient, décontenancés par une résistance inattendue, et après s'être pris quelques coups de griffes et de dents, s'en allaient tout penauds chercher leur nourriture ailleurs...

Certes tous ne devinrent pas végétariens et il y eut encore des pertes parmi les gazelles ; mais aucun animal n'aurait plus osé prétendre que c'était « la nature » et que l'égalité entre lions et gazelles n'était qu'une chimère de « gazellliste », comme on surnommait, d'abord par dérision puis avec respect, les militantes les plus décidées.

Une gazelle malmenée par un lion pouvait désormais porter plainte et le coupable était traîné devant un tribunal, parfois même condamné à être banni de la savane et enfermé dans un zoo, où même les enfants se moquaient de lui, de ses grandes dents inutiles et de sa crinière mal peignée. Les autres lions faisaient profil bas.

Et voilà qu'un jour, une nouvelle se répandit comme une portée de lapins : un lionceau avait été mordu par une gazelle ! Oui, sûre de son impunité, la vilaine avait planté ses crocs dans le tendre postérieur du petit fauve, dont la mère était occupée ailleurs. Pire que cela, l'agresseuse avait elle-même auparavant porté plainte contre un lion qui lui avait infligé des sévices dont elle gardait encore la trace.

Dès lors, sous prétexte de défendre le lionceau blessé, certains lions se déchaînèrent : « L'arroseur arrosé ! », proclamèrent-ils, « Telle est prise qui croyait prendre ! » ou encore, en plus élaboré, « Vous voyez bien, ce n'est pas une question de domination, juste des individus qu

C'était ainsi depuis le début des temps : les lions poursuivaient les gazelles, les gazelles fuyaient, certaines arrivaient à s'échapper mais la plupart se faisaient prendre, immobiliser, déchiqueter et dévorer par leurs prédateurs. Certans lions prétendaient même que leur servir de repas était, pur les hgazaelles, « le plus vieux métier du monde ». C'était ainsi depuis le début des temps, et il n'y avait donc pas de raisons que ça change. Du moins de l'avis des lions.

Car il se fit un jour que des gazelles imaginèrent l'impossible : si au lieu de fuir chacune de leur côté elles faisaient face, si elles se mettairnt à gronder et utiliser leurs pattes et leurs dents comme elles l'avaient appris dans des cours d'autodéfense, peut-être qu'alors les lions y réfléchiraient à deux fois avant de leur tomber dessus. Et de fait, aussi incroyable que cela paraisse,les lions s'arrêtaient, décontenancés par une résistance inattendue, et après s'être pris quelques coups de griffes et de dents , s'en allaient tout penauds chercher leur nourriture ailleurs...

Certes tous ne devinrent pas végétariens et il y eut encore des pertes parmi les gazelles ; mais aucun animal n'aurait plus osé prétendre que c'était « la nature » et que l'égalité entre lions et gazelles n'était qu'une chimère de « gazellliste », comme on surnommait, d'abord par dérision ouis avec respect, les militantes les plus acharnées.

Une gazelle malmenée par un lion pouvait désormais porter plainte et le coupable était traîné devant un tribunal, parfois même condamné à être banni de la savane et enfermé dans un zoo, où même les enfants se moquaient de lui, de ses grandes dents inutiles et de sa crinière mal peignée. Les autres lions faisaient profil bas.

Et volà qu'un jour, une nouvelle se répandit comme une traînée de lapins : un lionceau avait été mordu par uen gazelle ! Oui sûre de son impunité, la vilaine avait planté ses crocs dans le tendre postérieur du petit fauve, dont la mère était occupée ailleurs. Pire que cela, l'agresseuse avait elle-même auparavant porté plainte contre un lion qui lui avait infligé des sévives dont elle gardait encore la trace.

Dès lors, sous prétexte de défendre le lionceau blessé, certains lions se déchaînèrent : « l'arroseur arrosé ! », proclamèrent-ils, « telle est prise qui croyait prendre ! » ou encore, en plus élaboré, « vos voyez bien, ce n'est pas une squestion de domination, juste une histoire de bons et de méchants, une affaire strictement privée dont les gazellistes ont voulu faire une question politique ! »

Et les lions, tout contents de cette opportunité, se dirent que le temps de la revanche était venu et qu'ils pourraient revenir aux moeurs anciennes, sans que nul ne puisse encore leur reprocher une cruauté si largement partagée...

 

L'affaire Asia Argento

Voilà l'histoire qui m'est venue spontanément lorsque j'ai vu les réactions à l'information selon laquelle Asia Argento, l'une des premières accusatrices d'Harvey Weinstein, était à son tour mise en cause par un jeune acteur qu'elle aurait agressé sexuellement puis payé pour éviter des poursuites judiciaires. Ce qu'elle dément formellement – mais la plupart des agresseurs commencent aussi par démentir.

Pour les détracteurs du mouvement #MeToo, c'est évidemment une bénédiction. Ainsi le journaliste Franz-Olivier Giesbert écrit-il avec jubilation : « L’arroseuse arrosée. On ne se méfie jamais assez des marchands de vertu, des donneurs et des donneuses de leçons. Ce sont les pires ennemis de leur cause ».

A quoi une autre journaliste, Nadia Daam, répond : « On fait semblant de découvrir que l’on peut être victime ET bourreau, et qu’il est possible de lutter publiquement contre quelque chose dont on est soi-même coupable ». C'est toute sa tribune qui mérite d'être partagée comme réplique aux petits sourires en coin des ricaneurs.

Cette tribune est d'autant plus intéressante qu'elle interpelle aussi les féministes, en leur rappelant que « rien n'affaiblira #MeToo si on reste honnête intellectuellement » ou pour le dire autrement, si on garde une certaine cohérence. Si l'on a pris comme principe de croire les victimes en attendant que la justice tranche, parce que dénoncer ce type d'agression demande du courage, alors il faut éviter de mettre en doute la parole de Jimmy Bennet, l'accusateur d'Asia Argento. Si on estime au contraire que la présomption d'innocence doit rester primordiale, tant qu'il n'y a pas condamnation, alors il faut la respecter aussi lorsque l'accusé est un homme. En aucun cas, le sexe ou la réputation des protagonistes ne justifient que l'on change de position (1).

Ainsi, il m'a paru assez choquant de découvrir la tribune de soutien à la philosophe féministe Avital Ronnel, accusée d'agression sexuelle par un étudiant, « tribune rédigée par des chercheurs et chercheuses, dont Judith Butler, qui invoque «une campagne malveillante», mettant en avant la «stature» et «la réputation» de la philosophe comme si la célébrité ou un CV bien garni avaient déjà empêché quelqu’un d’être un violeur? C’est exactement la stratégie adoptée par Weinstein, DSK et leurs défenseurs: crier à la cabale, faire de l’accusé un parangon de vertu, se préoccuper des conséquences sur sa carrière, en avoir rien à foutre de la parole des victimes », come l'écrit Nadia Daam.

Il serait bon de rappeler que l'agression sexuelle, du harcèlement jusqu'au viol, n'est pas une question de « sexualité » mais de rapport de pouvoir, de domination Un rapport de pouvoir qui peut jouer pour un.e prof par rapport à un.e étudiant.e, un.e supérieur.e hiérarchique vis-à-vis d'un.e employé.e, une personne bien installée dans une profession vis-à-vis d'un.e débutant.e. Mais un rapport qui reste très largement, encore aujourd'hui, et malgré les exceptions, de l'ordre de la domination masculine.

Les lions peuvent donc ricaner, les gazelles continueront à défendre leurs droits et leur intégrité.

i règlent des comptes entre eu, une affaire strictement privée dont les gazellistes ont voulu faire une question politique ! »

Et les lions, tout contents de cette opportunité, se dirent que le temps de la revanche était venu et qu'ils pourraient revenir aux moeurs anciennes sans que nul ne puisse encore leur reprocher uen cruauté, si largement partagée...

 

 

Voilà l'histoire qui m'est venue spontanément lorsque j'ai vu les réactions à l'information selon laquelle Asia Argento, l'une des premières accusatrices d'Harvey Weinstein, était à son tour mise en cause par un jeune acteur qu'elle aurait agressé sexuellement puis payé pour éviter des poursuites judiciaires. Ce qu'elle dément formellement – mais la plupart des agresseurs commencent aussi par démentir.

Pour les détracteurs du mouvement #MeToo, c'est évidemment uen bénédiction. Ainsi le journaliste Franz-Olivier Giesbert écrit-il avec jubilation : « L’arroseuse arrosée. On ne se méfie jamais assez des marchands de vertu, des donneurs et des donneuses de leçons. Ce sont les les pires ennemis de leur cause ».

A quoi une autre journaliste, Nadia Daam, répond : « on fait semblant de découvrir que l’on peut être victime ET bourreau, et qu’il est possible de lutter publiquement contre quelque chose dont on est soi-même coupable ». C'est toute sa tribune qui mérite d'être partagée comme réplique aux petits sourires en coin des ricaneurs.

http://www.slate.fr/story/166169/metoo-agression-sexuelle-feminisme-asia-argento

 

Cette tribune est d'autant plus intéressante qu'elle interpelle aussi les féministes, en leur rappelant que « Rien n'affaiblira #MeToo si on reste honnête intellectuellement » ou pour le dire autrement, si on garde une certaine cohérence. Si l'on a pris comme principe de croire les vicitmes en attendant que la justice tranche, parce que dénoncer ce type d'agression demande du courage, alors il faut éviter de mettre en doute la parole de Jimmy Bennet, l'accusateur d'Asia Argento (1). Si on estime au contraire que la présomption d'innocence doit rester primordiale, tant qu'il n'y a pas condamnation, alors il faut la respecter aussi lorsque l'accusé est un homme. En aucun cas, le sexe ou la réputation des protagonistes ne justifient que l'on change de position.

Ainsi, il m'a paru assez choquant de découvrir la tribune de soutien à la philosophe féministe Avital Ronnel, accusée d'agression sexuelle par un étudiant, « tribune rédigée par des chercheurs et chercheuses, dont Judith Butler, qui invoque «une campagne malveillante», mettant en avant la «stature» et «la réputation» de la philosophe comme si la célébrité ou un CV bien garni avaient déjà empêché quelqu’un d’être un violeur? C’est exactement la stratégie adoptée par Weinstein, DSK et leurs défenseurs: crier à la cabale, faire de l’accusé un parangon de vertu, se préoccuper des conséquences sur sa carrière, en avoir rien à foutre de la parole des victimes », comme l'écrit Nadia Daam.

Il serait bon de rappeler que l'agression sexuelle, du harcèlement jusqu'au viol, n'est pas une question de « sexualité » mais de rapport de pouvoir, de domination. Un rapport de pouvoir qui peut jouer pour un.e prof par rapport à un.e étudiant.e, un.e supérieur.e hiérarchique vis-à-vis d'un.e employé.e, une personne bien installée dans une profession vis-à-vis d'un.e débutant.e. Mais un rapport qui reste très largement, encore aujourd'hui, et malgré les exceptions, de l'ordre de la domination masculine.

Les lions peuvent donc ricaner, les gazelles continueront à défendre leurs droits et leur intégrité.


(1) Un bel exemple de cohérence et de courage est donnée par l'association de femmes musulmanes Lallab par rapport aux accusation contre Tariq Ramadan : "Notre soutien aux victimes est total".

Mis à jour (Dimanche, 26 Août 2018 09:56)

 
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