Objection de conscience

Quelquefois, la sagesse commande de ne pas participer à un débat ; on s'offre le cadeau de prendre de la distance, de ne pas donner son avis ou même, luxe suprême, de ne pas en avoir. Pas assez clair en tout cas pour qu'il vaille la peine de l'ajouter aux dizaines et aux centaines d'autres opinions sur le sujet du jour, de celles qui tranchent entre le juste et l'inacceptable, les bons et les méchants, les alliés et les ennemis.

Telle est l'attitude que j'aurais aimé avoir suite aux événements du 7 février à l'ULB, où un groupe de chahuteurs a mis prématurément fin à la conférence de Caroline Fourest venue présenter son dernier livre consacré à Marine Le Pen. Hélas, mes sages résolutions se sont révélées difficiles à tenir : les diabolisations réciproques sont telles que le seul fait de refuser de se situer dans l'un des deux camps exige à lui seul une explication. Je l'ai écrit et je le répète, j'estime l'action des saboteurs imbécile et (dramatiquement) contre-productive. En attestent les pseudo débats qui ont suivi, dénonçant une fois de plus un « islamisme radical » bien commode, alors même que les chahuteurs n'étaient ni « islamistes » ni même, pour certains, simplement musulmans. Et Caroline Fourest a reçu là une publicité dont elle n'aurait pas pu rêver, pour ses positions en général et son livre en particulier.

Mis à jour (Samedi, 03 Mars 2012 15:30)

 

Une couverture en laine c'est bien, une couverture sociale c'est mieux

Depuis ce matin 7 février, la radio-télévision belge francophone (RTBF) a lancé une « grande opération de solidarité pour venir en aide aux plus démunis ». Un call-center propose de recueillir toutes les propositions d'aide et de mettre en relation ceux qui ont quelque chose à offrir et ceux qui ont besoin de tout : d'un toit, de nourriture, de chauffage. Comme c'est souvent le cas dans ce genre d'opération, ceux qui n'ont pas grand chose sont invités à le partager avec ceux qui n'ont rien (même pas, peut-on supposer, de quoi appeler un numéro qui n'est pas gratuit !) . Puisque ceux qui ont beaucoup, eux, menacent toujours de le planquer à l'étranger si jamais on leur force la main ; à la rigueur, ils veulent bien choisir de « donner », alors que, s'ils payaient simplement leur dû, beaucoup de problèmes seraient résolus... Apprécions d'ailleurs les termes employés : « les plus démunis ». Il ne suffit d'être « démuni » (et surtout, pas question de se demander qui démunit qui ni comment), il faut l'être « plus ».

Il ne s'agit évidemment, pas de dénigrer l'élan de la population ni le travail des organismes et associations qui, tout au long de l'année, font ce qu'ils peuvent pour venir en aide à ces « inadaptés sociaux » chers à notre ministre de l'Emploi (1). Il paraît que, statistiquement, le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est stable, bien que les CPAS, les Restos du Coeur et les abris de nuit soient souvent débordés, et plus encore lorsque l'hiver s'installe. Il faut croire qu'il ne suffit pas de franchir ce seuil pour avoir accès à une vie décente...

Mis à jour (Mardi, 06 Mars 2012 23:48)

 

Les chômeurs par le collier

Dans la série du papillon qui bat de l'aile, je vous avais promis une analyse des droits dérivés. Mais l'actualité a changé l'ordre de mes priorités...

 

« Quand on prend les gens par le collier, on peut les activer ». Voilà une déclaration fracassante, bien digne du « budget viril » annoncé par Elio Di Rupo lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement belge. On pourrait penser que dans un pays libre, les gens n'ont pas de « collier », même pas les chômeurs. Pas encore. Mais peut-être que Monica De Coninck, auteure de cette affirmation, qui paraît-il ne maîtrise pas parfaitement le français, voulait dire « prendre par les couilles ». Bon d'accord, c'est très bas comme suggestion de la part d'une féministe...

Donc, en Belgique, nous avons une nouvelle ministre de l'Emploi. Une femme (j'en vois qui ricanent au fond de la salle). Socialiste (y en a qui gloussent sans se gêner). Dans un gouvernement dont le premier ministre est lui aussi socialiste, même si la coalition au pouvoir comprend les partis libéraux, flamand et francophone - perdants des dernières élections, rappelons-le.

Donc, cette ministre de l'emploi, Monica De Coninck, a présenté ses projets pour lutter contre le chômage (1). Ce qui, ces dernières années, revient à lutter d'abord contre les chômeurs. Avec Mme De Coninck, voilà une tendance qui ne risque pas de s'inverser. Au contraire, elle va s'aggraver.

Mis à jour (Mardi, 06 Mars 2012 23:47)

 

Jour de grève

Les médias nous l'annonçaient : la majorité des Belges étaient opposés à la grève de ce lundi 30 janvier dont, par ailleurs, les éditorialistes ne cessaient de nous expliquer l' « absurdité ». Que des économistes aussi sérieux que  le prix Nobel Joseph Stiglitz (1) répètent que non seulement les politiques d'austérité ne sont pas les « seules possibles », mais pas des plus appropriées ou même carrément nuisibles, ne semble guère troubler ces porteurs de l'unique vérité.

Déjà fin 2011, la presse belge avait réagi avec hostilité à la grève du 22 décembre, comme l'analysait l'excellent site Acrimed (2) : « Grève en Belgique : haro sur les grévistes et les syndicats ». Cela ne vaut guère mieux en ce qui concerne le mouvement de ce 30 janvier.

Depuis des jours, en effet, on nous annonce que cette grève n'a aucun sens, que les Belges la rejettent massivement, que tout cela ne servira à rien, avec un coût exorbitant pour notre économie. On était presque étonnée que dans le Soir, un article du vendredi 27/1, intitulé « Que faire pendant la grève ? », suggère, parmi bien d'autres possibilités, celle... d'y participer. Il est vrai que l'audace est signée d'un stagiaire et bien encadrée de leçons de morale sous la plume de journalistes autrement « sérieux ».

Mis à jour (Mardi, 06 Mars 2012 23:47)