"Soyez discrets !"

 

La vague d'islamophobie qui déferle actuellement sur les plages françaises (mais qui n'est que l'écume d'une marée bien plus imposante) est parfois comparée à la situation des années 30. On voit par exemple sur Facebook, à côté de témoignages sur la verbalisation de musulmanes "trop couvertes", des photos de panneaux interdisant la baignade aux juifs.

Ce parallèle est compréhensible par certains côtés, mais boîteux par d'autres : les juifs n'étaient pas incités à être « discrets », mais à disparaître. Sacrée « nuance ».

N'empêche, cette « discrétion » que l'on semble exiger aujourd'hui des musulmans (et surtout des musulmanes) me paraît d'une grande violence. Le délire autour du burkini, du foulard, mais aussi le discours sur « la religion, une affaire privée » vont dans ce sens. Pressenti pour diriger la future Fondation de l'islam de France, Jean-Pierre Chevènement – ce choix est à lui seul un signe de volonté d'invisibilisation des musulman/e/s – déclare, avant même sa nomination : « Le conseil que je donne dans cette période difficile […] est celui de discrétion »

J'oserais donc un autre parallèle, qui ne plaira sans doute pas à tout le monde : la situation des homosexuel/le/s.


Mis à jour (Jeudi, 25 Août 2016 11:22)

 

Après le massacre d'Orlando

On a beau se dire solidaire : de toutes les minorités, de toutes les victimes d'injustices, de discriminations, de massacres...

On a beau militer pour des causes qui ne sont pas toujours les siennes, par choix, par conviction, on a beau y mettre tout son temps et toute son énergie...

On a beau aussi refuser les identités assignées, les définitions imposées de l'extérieur, la réduction de soi à une origine, un genre, une orientation sexuelle, toutes réalités que l'on n'a pas choisies...

Il n'empêche : une atteinte à l'une de ces « catégories » auxquelles on appartient, de fait, qu'on le veuille ou non, touche quelque chose de plus profond que tous les autres massacres, ou toutes ces injustices quotidiennes plus ou moins dramatiques qui peuvent susciter indignation et révolte. Soudain, on est atteinte dans ses parties vitales.

Pour moi, c'est ainsi quand des personnes d'origine juive sont tuées parce que juives (qu'elles soient croyantes ou non, et quelle que soit leur implication dans la politique criminelle israélienne), des femmes parce que femmes ou encore, comme en cette horrible nuit à Orlando, des homosexuel/le/s en tant qu'homosexuel/le/s.

Personnellement je déteste tout ce qui est « identité », surtout au singulier. Je suis sans religion et pourtant, la Shoah et l'antisémitisme persistant m'obligent à rester « juive ». Je me sens bien dans l'idée des « genres fluides », mais le sexisme, les discriminations, les violences envers les femmes m'empêchent de revendiquer toute « fluidité ». Je voudrais tellement pouvoir dire, simplement, que j'ai vécu des amours avec des personnes, qui – ô coïncidence – étaient des femmes, l'homophobie toujours vivace, et la minorisation des femmes au sein même de la « communauté » LGBT+, m'obligent en quelque sorte à me revendiquer comme lesbienne.

Je sens bien que pour moi, la tuerie d'Orlando n'est pas un massacre parmi d'autres, nombreux hélas, comme le Bataclan à Paris, l'île d'Utoya en Norvège ou même Maelbeek à Bruxelles, un endroit si proche de moi. Cela m'atteint bien plus profondément. Ne serait-ce que parce que j'y retrouve, poussée à son paroxysme, une haine ou même de simples préjugés qui ont pu me viser moi ou ceux/celles que je dois bien appeler « les mien/ne/s ». Que cela fait remonter des souvenirs, personnels ou non : depuis ces étudiantes (parfaitement libre-exaministes et futures psys!) qui refusaient de s'asseoir à côté de moi, comme si j'allais leur sauter dessus en plein cours, ou comme si j'étais contagieuse ; la mère d'une condisciple à qui j'avais fait mon "coming out" m'interdisant d'approcher sa fille à moins de trois mètres (ce qui me fait rire aujourd'hui, mais pas à l'époque...) ; ces personnes qui interprètent une difficulté avec moi comme un problème avec « les lesbiennes »; ou moins personnel, jusqu'à cette autorité provinciale tout à fait socialiste qui vire une prof pour avoir donné le « mauvais exemple » en parlant de son homosexualité dans une émission télévisée, ou ce couple de jeunes femmes violées pour leur apprendre, sans doute, à apprécier les charmes de l'hétérosexualité. Toutes ces petites humiliations, toutes ces grandes blessures, voilà ce que la tuerie d'Orlando réveille aujourd'hui.

Et ceci reste, bien entendu, un témoignage tout à fait personnel.

 

 

*                         *

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On n'est pas obligé/e/s d' « aimer » les homosexuel/le/s. Il suffit de voir les personnes indépendamment de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, il suffit de ne pas les discriminer, ou au moins de les laisser vivre.

On n'est pas obligé/e/s d' « aimer » les musulman/e/s. Il suffit de voir les personnes indépendamment de leur croyance ou de leur pratisques religieuse, il suffit de ne pas les discriminer, ou au moins de les laisser vivre.

On n'est pas obligé/e/s d' « aimer » les juif/ve/s, les migrants, les Roms, les Américains, les Belges, les jeunes, les vieux/vieilles, les cyclistes, ni toute autre catégorie, persécutée ou non. Toutes les catégories et les généralisations sont absurdes et parfois mortelles.

Après le massacre d'Orlando, je n'ai vraiment aucune envie de parler d'Amour universel, juste du droit de vivre en paix, de refuser la violence, que ce soit à coups de fusil ou à coups de mots. Je pense à toutes ces victimes mais aussi à toutes celles, tous ceux qui risquent de payer le prix fort sans y être pour rien. Alors, faute de nous aimer tou/te/s, contentons-nous de ne pas nous haïr.


PS : Et si je parle surtout des femmes, je n'oublie pas pour autant l'horrible meurtre d'Ihsane Jarfi, qui montre à lui seul l'absurdité de réduire l'homophobie aux religions, et à l'une d'elles en particulier : dans ce cas, c'est la victime qui était musulmane.

 

 

 

Orlando, nuit du 11 au 1 juin 2016 : http://www.liberation.fr/planete/2016/06/12/massacre-dans-un-club-gay-a-orlando-en-floride_1459012

Mis à jour (Lundi, 13 Juin 2016 10:04)

 

Abolir la prostitution, vraiment ?

En tant que militante féministe de longue date, j'avoue mon malaise face au triomphalisme de beaucoup de mes amies après le vote de la loi « abolitionniste » de la prostitution en France ce mercredi 6 avril.

Je mets bien « abolitionniste » entre guillemets, parce que je ne crois pas un instant qu'on va abolir quoi que ce soit, et sûrement ni la clandestinité, ni la précarité, ni les violences vécu/e/s par tant de prostituées (1). On me brandira sûrement l'exemple (idéal) suédois opposé aux exemples (calamiteux) hollandais ou allemand, mais pour avoir beaucoup lu et écouté, au moment où mon association Garance débattait, durant un an, avec l'objectif de prendre une position collective commune, j'ai pu constater que les « bilans » dépendent surtout des convictions de la personne qui les tire. Pour information, Garance a finalement décidé, après ces riches débats, de... ne pas prendre de position autre que de soutenir tout projet de prévention des violences. Et même si cela peut paraître « facile », je partage entièrement cette « non position ». J'ai déjà eu l'occasion de l'expliciter, notamment dans cet article de mon blog : « Peut-on débattre de la prostitution ? »


Couper une voie de survie

Lorsque l'an dernier; Amnesty a voté une résolution très controversée, je me suis de nouveau retrouvée entre deux chaises : autant la décriminalisation de la prostitution me paraît une nécessité, autant celle du proxénétisme me pose problème. Il y a bien sûr ces cas où l'accusation de « proxénétisme » interdit aux prostituées toute solidarité (par exemple de prendre un appartement ensemble, l'une risquant alors d'être considérée comme la proxénète de l'autre), mais il y a aussi les vrais « businessmen » (et businesswomen) assez vomitifs. Il suffit que je pense à des individus comme Dodo la Saumure pour avoir la tentation de rejoindre le camp aboltionniste. Tout comme il me suffit de me souvenir de ce texte infâme des « 343 salauds » (qui n'étaient même pas 20 d'ailleurs...), ce « Touche pas à ma pute » (2), pour me sentir aussitôt prête à voter la pénalisation des clients...

La pénalisation du client, c'est justement l'un des points qui figure dans la nouvelle loi française, à côté de la suppression du délit de « racolage passif » (on ne peut qu'applaudir) et un accompagnement social et financier pour les personnes voulant sortir de la prostitution (on peut être perplexe).

Parlons-en, de cet « accompagnement ». Comme le fait remarquer, non sans ironie, un communiqué commun à une série d'organisations soutenant les prostituées, « si on estime à 30 000 le nombre de travailleuses du sexe en France, et comme ne cessent de le proclamer les abolitionnistes, toutes ces personnes sont 'victimes de prostitution', le budget alloué à la sortie de la prostitution serait alors de 160€ par personne et par an ». Pas de quoi pavoiser, quand on sait par ailleurs que pour l'ensemble de la population, la précarité s'étend et que l'actuelle loi du travail en débat en France ne peut qu'encore aggraver la situation des jeunes... Même à supposer que les « volontaires » sont ultra minoritaires (et j'avoue que je n'en sais rien) et que toutes les autres ne souhaitent qu'une chose, en sortir, cette loi ne leur propose rien d'autre que de leur couper une voie de survie. Certes, elle prévoit de s'en prendre aux clients, pas aux prostituées elles-mêmes ; mais interdire l'achat d'un service en prétendant qu'on n'interdit pas sa vente relève pour le moins d'un « oxymore » (ou d'une hypocrisie en langage plus courant).

Dans un communiqué, une série d'organisations (et pas seulement le STRASS mais aussi Médecins du Monde ou le Mouvement français du Planning familial) craignent que cette loi ne fragilise encore davantage la situation de personnes déjà stigmatisées (notamment les femmes sans papiers), les plonge dans davantage de clandestinité et de risques de violences, et plus largement encore : « Nous alertons sur le fait que le contexte politique national, la crise migratoire et les politiques iniques qui l’encadrent, le basculement sécuritaire et les mesures législatives actuelles qui favorisent la précarité sont autant de leviers pour mettre en place un véritable parcours non pas de sortie mais bien d’entrée dans la prostitution. »

 

Pénaliser, dépénaliser

Que ce soit clair : moi aussi, je rêve d'un monde idéal sans prostitution, sans rapports de pouvoir entre hommes et femmes, et même sans argent... En attendant, nous vivons dans un monde réel de plus en plus dur, et je ne suis pas du tout convaincue qu'une telle loi, par ailleurs difficile à appliquer, contribue à en atténuer la sauvagerie. Je crains même le contraire. Et j'ai toujours du mal avec cette volonté de considérer des femmes uniquement comme des « victimes », qu'elles se reconnaissent ou non comme telles, comme si leur propre vécu, leur propre parole ne comptaient pas. C'est pire encore quand tout acte de prostitution est présenté comme un « viol » - certaines le vivent sans doute ainsi, d'autres non, et elles seules ont le droit de qualifier ce qu'elles ressentent. Ce parallèle me paraît même dangereux, en laissant croire qu'après tout, en échange d'argent, un crime comme le viol pourrait quand même être plus ou moins « consenti ».

Un dernier mot : Laurence Rossignol, la ministre des Droits des Femmes (ainsi que de l'Enfance et de la Famille, déjà tout un programme), qui n'en est pas à sa première comparaison douteuse (3), a déclaré que cette loi était « la loi Veil de notre génération ». On pourrait dire beaucoup de choses de ce parallélisme, mais juste ceci : la loi Veil visait à dépénaliser (l'avortement), la loi sur la prostitution vise à pénaliser (les clients). Tout un symbole. Pauvre génération.

 

 

(1) Je sais qu'il existe aussi des prostitués masculins ainsi que des personnes trans, mais les femmes restent majoritaires et surtout, les lois abolitionnistes sont prises en leur nom. D'où ce féminin que j'emploierai tout au long de ce texte

(2) Non, je ne vous donnerai pas le lien de cette infâmie

(3) En comparant les femmes qui portent le voile aux "nègres qui défendaient l'esclavage". Voir ici


Mis à jour (Jeudi, 07 Avril 2016 09:32)

 

Affaire Baupin, scandale et symptôme

« ... Alors il est venu, il m'a plaquée contre le mur en me tenant par la poitrine, et a cherché à m'embrasser. Je l'ai repoussé violemment ». 

Non, cela ne se passe pas une nuit de réveillon devant la gare de Cologne. Non, « il » n'a pas une tête ni un nom « exotiques ». La scène se passe en 2011, au cours d'une pause lors d'une réunion d'Europe-Ecologie Les Verts (EELV). L'accusatrice s'appelle Sandrine Rousseau et lui, c'est Denis Baupin, vice-président de l'Assemblée nationale française, poste dont il a démissionné tout en contestant les accusations de plusieurs élues et collaboratrices des Verts.

Le 8 mai 2016, Mediapart et France Inter font éclater le scandale. Les langues se délient : une autre élue, Isabelle Attard, dénonce des « sms salaces », un harcèlement quasi quotidien qui a duré plus d'un an. Une troisième, Annie Lahmer, raconte des faits déjà vieux de plus de 15 ans : « Ce garçon me harcelait. (...) Un soir, le siège (du parti) était vide, j'étais seule avec Denis. Il s'est mis à me courir après autour du bureau. C'était loufoque comme scène. (...) Le lendemain, il a pointé son index sur moi en me disant 'Toi, tu n'auras jamais de poste au sein du parti' ».

Difficile de croire que la direction d'EELV n'était pas au courant. Sandrine Rousseau témoigne d'ailleurs : « J'en ai parlé à deux membres de la direction du parti. L'un m'a dit : 'Ah il a recommencé'. L'autre : 'ce sont des choses qui arrivent très souvent' ». 

Dès 2004, une chercheuse avait eu connaissance des accusations et en 2013, Baupin avait été surnommé le « DSK des Verts »

Pourtant, jusqu'à ce 8 mai, rien n'a été fait pour écarter Baupin. Il aurait juste eu des « remarques », ce qui ne l'a pas empêché d'obtenir un poste prestigieux.

"Bas les pattes !"

Il ne faut pas croire que ce type de situation soit spécifique aux Verts, le parti par ailleurs le plus ouvert aux questions de genre (c'est dire ce qu'il en est dans les autres). Il y a un an, 40 femmes journalistes politiques publiaient une tribune dans Libération, intitulée « Bas les pattes », pour dénoncer le sexisme d'hommes politiques de tous bords.

Et dès ce 8 mai, on a pu voir ces hommes qui ont tout compris. Ainsi le député (Républicains) Pierre Lellouche, interrogé par un journaliste de RTL, lâche : « Je commente l’international, les choses sérieuses, pas les histoires de bonnes femmes ».

Le même soir, l'élue républicaine Aurore Bergé est accueillie par un collègue par un « Quand je te vois, j'ai envie de te faire une Baupin ». Elle est trop sidérée pour répondre, mais témoigne quand même sur son compte Twitter. Parmi les réactions, une autre jeune femme raconte comment un de ses professeurs de faculté, par ailleurs un élu, lui a proposé une relation sexuelle tarifée. « Aujourd'hui, il publie des statuts contre le harcèlement sexuel (dans le cadre de l'affaire Baupin) parce que c'est le moment de se la jouer féministe. Si vous me cherchez, je suis allée vomir », conclut-elle.

« Vomir », c'est apparemment la réaction des victimes à ceux qui « se la jouent féministes ». Ce fut aussi celle de Elen Debost, adjointe au maire du Mans, et autre cible de Baupin, en découvrant celui-ci sur une affiche, rouge aux lèvres, au côté d'autres élus, à l'occasion du 8 mars 2016, en combattant contre les "violences faites aux femmes". C'était l'hypocrisie de trop qui a déclenché les témoignages, même si la plupart des faits dénoncés sont désormais prescrits.

Ne pas nuire à la cause

Mais justement, pourquoi ces femmes n'ont-elles pas porté plainte plus tôt ? Pourquoi ce silence ? Certains n'ont pas manqué de poser la question, presque comme une accusation, suggérant des « exagérations » voire des règlements de compte politiques... Pourtant la réponse est simple : pour les mêmes raisons qu font que les agressions sexuelles, y compris le viol, sont les crimes et délits le moins souvent rapportés. Parce que la victime a peur de ne pas être crue. Parce que souvent, c'est elle qui a honte. Par crainte de représailles. Ou dans les milieux militants, pour « ne pas nuire à la cause » (ah, combien je l'ai entendu, cet argument-là !)

Voilà donc où on est dans la France d'aujourd'hui, celle-là même qui brandit l'égalité entre hommes et femmes comme une de ses valeurs fondamentales. Mais bien sûr, il n'y a pas que la France.

Ah oui tiens, justement, le même jour, on voyait le futur président des Philippines, Rodrigo Duterte, à propos du viol d'une missionnaire australienne : « Elle était très belle, en tant que maire, j'aurais dû avoir le droit de passer en premier ».

Et oui tiens, vous vous souvenez peut-être de ce député libéral wallon, Gilles Mouyard, qui avait envoyé en 2012 à la présidente de son Parlement, Emiy Hoyos, ce sms plein de délicatesse : « C'est vrai que tu as un beau cul » (et elle l'avait vertement remballé à l'époque), ce qui avait encore bien fait rire les mecs dans l'émission « satirique » (ou satyrique »?) « On n'est pas rentré ». L'information étant relayée par la très sérieuse Libre Belgique dans la rubrique « Insolite »...

Une culture machiste : la nôtre

Alors certains vont désigner des « brebis galeuses », d'autres dénonceront une « caste » (sous-entendu : le monde politique), mais encore une fois, il y a un déni sur le fait que ce genre de comportements n'est ni la caractéristique de quelques individus pervers, ni d'une « culture » (bien sûr, celle des « autres »), ni d'un pays : c'est une des expressions abjectes d'un rapport de pouvoir inégalitaire entre hommes et femmes.

L'affaire Baupin est un scandale, mais c'est surtout un symptôme. Est-ce qu'un jour, on va enfin comprendre ? Cela ne se passe pas seulement devant la gare de Cologne, pas seulement en politique, pas seulement dans le sport, pas seulement au bureau, pas seulement dans la rue... cela se passe partout.

Dans un édito intitulé « Promesse », Libération prend parti pour que le silence soit brisé. Très bien. Mais et juste en dessous de l'article, dans « vous aimerez aussi », on est orienté/e vers des articles bien sexistes : « Les 25 politiciennes les plus belles du monde » et « les 25 briseuses de couple les plus célèbres ». Le problème, ce n'est pas un individu, ni même une "caste", c'est une culture machiste. La nôtre.

Hommage donc à celles qui ont osé briser le silence Alors, même s'il y a certainement des hommes que ces comportements débectent – à côté d'autres qui sont, comme on l'a vu, de faux amis - je continuerai personnellement à répercuter plutôt la parole des femmes, le cri des femmes. Parce que c'est leur colère qu'il faut d'abord entendre. Parce que la cause que j'ai envie de défendre, là, c'est la cause des femmes.

Mis à jour (Mardi, 10 Mai 2016 10:43)

 

Le français, c'est ma liberté

Ce matin, en me branchant comme tous les jours sur France Inter, j'apprends que c'est la semaine de la langue française. J'ai personnellement avec le français une relation passionnelle, aussi pleine de rires, de douceurs que d'orages ; pourtant, au bout de cinq minutes d'émission, j'en ai déjà ras l'accent grave.

Les Français ne peuvent pas s'en empêcher : qu'ils parlent de leurs équipes de foot, de leurs intellectuels, de leur taux de chômage ou de leur langue, ils sont forcément les « meilleurs » - ou alors les « pires », mais en tout cas ils sont « plus » que tous les autres habitants de la terre, pauvres vermisseaux rampants dans leur médiocrité. J'exagère à peine : ce matin, j'ai donc entendu que le français était la langue à la fois la plus claire, la plus belle, la plus douce, le plus profonde, que son destin était d'être « la langue de la liberté » ! N'en jetez plus!

Le français, je l'ai découvert à 8 ans, ce n'était que ma troisième langue, après le polonais et l'hébreu, juste avant le néerlandais et l'anglais. Je ne sais pas si je suis « tombée en amour » ou si simplement, les circonstances de ma vie ont fait que c'est dans cette langue-là que j'ai grandi, découvert les bonheurs de la lecture et de l'écriture. En tout cas maintenant, c'est bien avec elle que j'aime jouer, avec ses pièges, ses bizarreries, ses chausse-trappes (ce pluriel est-il vraiment correct... ?) Je ne l'aime pas comme on aime sa famille « naturelle », par une sorte de fatalité, mais comme on aime ses ami/e/s, celles et ceux que l'on a pu croiser et choisir, parmi d'autres possibles – tout en sachant que ces possibles sont en nombre limité. J'adore la musicalité du russe, le charme de l'italien, je suis attirée par la rudesse apparente des langues scandinaves, sans même évoquer toutes celles que je n'ai même pas eu la chance d'entendre, et le polonais fait toujours battre mon coeur. Mais voilà : ma langue, c'est désormais le français.

J'admire les personnes qui maîtrisent plusieurs langues, qui peuvent sauter de l'une à l'autre, en choisir une pour la communication, une autre pour les rêves, une troisième encore pour l'amour, et découvrir plusieurs littératures en version originale. Même si je comprends et baragouine d'autres langues, c'est bien le français qui est mon univers, et je me désole de constater combien on le préserve mal, en le criblant d'anglicismes souvent inutiles, quand ce n'est pas en le remplaçant carrément par l'anglais « langue universelle » (donc très pauvre) dans les contacts internationaux ou même dans certains colloques à Bruxelles, pour éviter les traductions français-néerlandais ! Dans ces cas, je sors mes griffes... et ma langue, sans jamais penser pour autant qu'elle a une quelconque "supérieure" sur les autres : je voudrais juste qu'elle reste vivante (merci le Québec !).

Non, je ne considère pas le français comme « la langue de la liberté », mais elle est incontestablement celle de ma liberté à moi, et cela me suffit pour avoir envie de la défendre.

Mis à jour (Lundi, 14 Mars 2016 09:51)

 
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