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Mon Barjac 2015

En cette fin de mois de juillet, la petite ville de Barjac organisait son 20e festival « Chanson de parole », un grand moment de bonheur, d'échanges et de découvertes pour les amoureux/ses de la chanson française. C'est là que j'avais décidé de passer une partie de mes vacances. Après avoir distillé mes commentaires au jour le jour – ou plutôt à la nuit la nuit... - je vous livre une petite synthèse, surtout axée sur mes coups de coeur que j'ai envie de partager, avec des liens pour y goûter, si le coeur vous en dit. Mais sans oublier quelques côtés plus sombres, parce que cela fait également partie du monde de la chanson.

 

Paroles et (surtout) musiques

D'abord, une impression générale : bien que dédié à la chanson à texte, le festival (en tout cas cette édition) m'a semblé surtout riche sur le plan musical. Le groupe Bratsch, avec ses mélanges d'influences tsiganes, juives, napolitaines... est un vrai bonheur d'émotion, de plaisir, mais on ne peut pas dire que les paroles soient son point fort... De même, « Teicher chante Trenet » vaut surtout la performance du pianiste (belge!) Johan Dupont, époustouflant. Ou encore les facéties de Leonid, duo délirant de multi-instrumentistes, qui a fait hurler « vent... foudre... pluie... » à un public déchaîné!

Mais les véritables écritures, originales, personnelles, inventives, pouvaient se compter sur le doigt d'une main, ou même les phalanges d'un doigt : Joyet, Sourigues, Tachan, et bien sûr Allain Leprest (d'accord, c'est un doigt à quatre phalanges), chanté par Claire Elzière. Une interprétation qui m'a paru un peu trop « propre », manquant singulièrement d'émotion (quand les chansons de Leprest sont tellement fortes...) Bref, cette année au festival de Barjac, on peut dire que la parole est d'argent, mais la musique est d'or...

Autre impression, l'âge moyen du public, plutôt inquiétant pour l'avenir de la chanson à texte. A ce rythme-là, le festival devra se transporter bientôt dans les maisons de retraite, avant d'agrémenter les allées de cimetière... Pourtant, côté artistes, un effort a été fait pour programmer des plus jeunes. Reste à les attirer comme spectateurs.

Enfin, impossible pour moi de ne pas relever la sous-représentation des femmes. Si lors de la soirée d'ouverture, l'équilibre de la scène collective était plus ou moins atteint, ce n'était guère le cas du reste de la programmation, où les soirées 100% masculines n'ont pas manqué. Dommage pour un festival marrainé par Anne Sylvestre...

Une absence encore plus flagrante lors de la conférence de Michel Trihoreau venu présenter son livre, "La chanson de circonstance". Pour tout savoir des innombrables versions de la Marseillaise, de l'origine du terme "lapalissade", des chansons des guerriers et des déserteurs, de travail ou de grève, ridiculisant la consommation effrénée ou le sport... parodies et détournements, bref, tout, ou presque.
Et tout se tient dans ce "presque". L'auteur ne connaît apparemment rien de la richesse de l'utilisation de la chanson dans le mouvement des femmes. Pire encore, on se demande s'il sait que des femmes chantent... Car sur la vingtaine d'interprètes et/ou d'auteurs illustrant ses propos, une seule femme (oui, UNE) : Catherine Ribeiro chantant la Marseillaise (ce qui n'est pas non plus le moment le plus "créatif"). Et cela dans un festival, rappelons-le, marrainé par Anne Sylvestre... qui n'a même pas droit à figurer parmi les exemples choisis !

Mais bien sûr, on connaît la chanson (et la réponse de Michel Trihoreau à cette remarque) : on ne regarde pas le sexe, seulement le talent, l'humain, et blablabla... Et c'est ainsi que les dominants restent dominants, dans tous les domaines.

 

Coups de coeur

N'empêche, j'ai vécu de grands moments à Barjac, j'y ai vu des artistes que j'ai envie de faire (mieux) connaître.

Pour commencer, Flow. Flow, c'est une allure androgyne, la casquette vissée sur la tête, et surtout une voix, travaillée par la cigarette et l'alcool (j'imagine), une présence sur scène et des chansons qui tournent dans la tête. Depuis mon retour, c'est le CD dont je ne me lasse pas, et en particulier « Je veux qu'on m'appelle Alexandre », qui fait désormais partie de ma liste idéale...

Ensuite, Alain Sourigues. Dans un festival qui ne brillait pas par l'humour, Sourigues a apporté un grain de folie, de délire, avec une écriture magnifique en plus. Si l'on a ri durant tout le concert, il a terminé par une chanson douce et tendre qui a montré toute l'étendue de son talent. A voir absolument sur scène. On ne trouve pas beaucoup de vidéos de lui sur le net, mais il y a ce très bel article sur le (non moins beau) site « Nos enchanteurs », pour mieux le connaître. Vivement qu'il soit invité en Belgique !

Dans un tout autre genre, j'ai découvert Emilie Marsh, rockeuse, rageuse, n'hésitant pas à se mettre en danger. Un vrai coup de coeur / coup de poing, un cri de jeune femme fascinée par Patti Smith. Je n'ai pas retrouvé de trace de la chanson la plus forte (qui s'appelle peut-être « La nuit ») mais je vous livre déjà « Antisensuelle », qui donne une bonne idée du personnage.

Bernard Joyet, en duo avec Nathalie Miravette, ce n'était pas vraiment une découverte, mais c'était évidemment un des points forts du festival, un des grands points forts de la chanson française tout court, d'ailleurs, drôle, émouvant, chaleureux. A découvrir ici (regardez par exemple « La paresse », ce « rap lent », un grand moment sur scène, ou encore « Le Gérontophile » qui me rappelle de délicieux souvenirs personnels).

Quelques autres personnalités sont ressorties pour moi, moins évidentes peut-être sur la durée, ou moins présentes parce que participant seulement à des concerts collectifs : Yvette Théraulaz, complice d'Anne Sylvestre pour une chanson et si drôle et fragile dans d'autres interprétations. A ne pas manquer, ce texte « Taisez-vous mesdemoiselles ! »

Le même soir, un moment magique : Katrin Waldteufel et son adaptation de "l'Affiche rouge" (Aragon/Ferré) au violoncelle, bouleversante.

Bien aimé aussi le concert de Sale Petit Bonhomme (des fans de Brassens, on l'aura deviné), avec quelques chansons délicates. Dommage que ce groupe sympa ait choisi de terminer par un rappel (« Vengeance tardive ») platement sexiste, et même consciemment sexiste d'après leur propre présentation : "Voilà une chanson qui ne plaira pas aux filles, mais elle plaira aux gars".Vous imaginez un groupe annonçant : "une chanson qui ne plaira pas aux Noirs, mais elle plaira aux Blancs"...?
Il y avait pourtant eu de bien jolies chansons, y compris d'amour, et un instant magique : alors que le groupe entame une chanson sur les maisons de retraites (sur le fait que les vieux et vieilles méritent mieux que la musique qu'on leur sert), une dame d'apparence fort âgée fait son entrée sous le chapiteau et se met à danser. Quelqu'un lui avance une chaise, elle y pose son sac et continue à bouger avec une souplesse et un rythme délicieux. On aurait presque cru qu'elle faisait partie du spectacle.

Enfin, ne pas oublier Agnès Bihl, qui a aussi marqué le premier concert collectif. Mais elle est surtout l'une des complices d'Anne Sylvestre dans le spectacle « Carré de dames », avec Nathalie Miravette et Dorothée Daniel, à ne pas manquer sur scène ou sur CD...

 

Coup de massue

Voilà pour les bons moments de Barjac. Mais pour finir, la grosse déception. Car ce festival s'est terminé pour moi sur une fausse note, hélas, une note vraiment très grinçante. Une soirée froide, où on a sorti pulls, couvertures et capuches, mais un froid encore plus désagréable jeté par Henri Tachan, celui qui devait illuminer la soirée.
Déjà le matin, le film qui le présentait laissait découvrir, plutôt que la "vie de révolte" du titre, surtout une "vie de narcissisime". Les chansons valaient bien mieux que ce que l'auteur en disait.
Mais on pardonne beaucoup aux artistes qu'on aime, parce que la culture serait bien appauvrie si on jugeait les oeuvres d'après leurs auteurs, et puis, peut-être que les oeuvres elles-mêmes ne nous toucheraient pas autant, ne seraient pas aussi fortes si leurs auteurs n'étaient pas aussi torturés, contradictoires – et égocentriques.
Mais sur scène, face à un public qui lui est tout acquis, qui lui a fait une ovation debout, Tachan est franchement détestable. Un sale petit bonhomme qui répond volontiers aux questions qui le mettent en valeur, mais qui esquive les autres, méchamment, avec mépris et grossièreté, qui remballe Anne Sylvestre et sa question sur la présence (ou plutôt l'absence) des femmes,dans le monde de la chanson (lui, l'auteur des « Z'hommes »!). Qui renverse complètement sa propre chanson, "Entre l'amour et l'amitié" ("il n'y a qu'un lit de différence") en lançant "ben oui, il y a un lit de différence, sinon j'aurais déjà sodomisé X" (consternation dans le public).Mais surtout, à une question sur la montée du Front national, se la joue "moi je ne m'occupe pas de ces choses" et plus tard, se croit malin de faire un parallèle entre "extrême droite" et "extrême gauche" parce qu'une question arrive de la gauche de la salle...
Difficile après ça de rentrer dans l'hommage que lui rend Yves Jamait, pourtant magnifique interprète. Difficile de rire et difficile de s'émouvoir. Moi, en tout cas, je n'ai pas pu.

 

« Je »

Une dernière remarque, pour finir. À écouter durant ces six jours les chanteur/se/s défiler, en découverte ou en vedette, en scène officielle ou en scène ouverte, il me vient une réflexion : il faudrait faire une étude sur l'utilisation du "je" en chanson. Le "je" quand on parle de soi, le "je" quand on se met dans la peau de quelqu'un d'autre, le "je" qui vous met en danger, le "je" purement narcissique (celui qui, quel que soit le thème et l'approche de la chanson, consiste à donner son avis, son sentiment, comme élément essentiel). C'est ce dernier qui me paraît hélas très répandu et qu'à la longue, je trouve insupportable (tiens : "je trouve", difficile d'y échapper) Ah oui, et si quelqu'un/e se lançait dans une telle étude, ne pas oublier l'approche de genre. Il me semble, mais ce serait à vérifier, que le "je" des femmes n'est pas tout à fait le même que celui des hommes, en général (avec des exceptions, bien sûr). A creuser.

 

(dédié à Martine, avec qui j'ai partagé coups de coeur, coups de colère et fous rires)

Mis à jour (Mardi, 04 Août 2015 13:47)

 

Compte-rendu de la conférence-débat sur la Gestation pour Autrui, 2 mai 2015

Samed 2 mai, je participais à Bruxelles à un colloque organisé par la Maison Arc-en-Ciel sur le thème de la GPA (gestation pour autrui). A la veille de la grande « foire » commerciale mise sur pied le 3 mai au BIP (maison officielle de la Région bruxelloise, bravo le gouvernement bruxellois!) par l'organisation américaine « Men havingt babies », j'apprécie que la MAC ait refusé de s'associer à cette « bourse aux mères porteuses » et ait organisé sa propre discussion, en invitant notamment deux associations (Garance et l'Université des Femmes) qui ne cachent pas leur opposition à toute forme de GPA (y compris « non commerciale ») (1).


Mis à jour (Jeudi, 07 Mai 2015 09:16)

 

Compte-rendu subjectif : nouvelles formes de contestation

Ce samedi 14 mars, la salle du théâtre Varia était comble pour une rencontre-débat sur le thème des « Les nouvelles formes de contestation sociale : utopie ou réalité en puissance ? », à partir de la figure de Marcel Liebman (1), dont je ne parlerai pas ici.


Mis à jour (Mercredi, 13 Mai 2015 08:37)

 

Gestation pour autrui: article pour la Revue Nouvelle

GPA : « gestation pour autrui »

ou gestion d’autrui ?

Irène Kaufer • le 1er avril 2015
féminisme, Belgique, GPA (gestation pour autrui).

C’est un sujet qui revient régulièrement sur la table ces dernières années : faut-il légaliser la GPA (gestation pour autrui, plus couramment appelée « mères porteuses ») ? Actuellement, la situation en Belgique est floue : la GPA n’est ni interdite ni autorisée. Elle est pratiquée dans trois hôpitaux, la Citadelle de Liège (depuis 1992), Saint-Pierre à Bruxelles (depuis 1997) et l’UZ de Gand (depuis 2000), ainsi qu’occasionnellement par certains autres centres.

Mis à jour (Mercredi, 13 Mai 2015 08:37)

 

Gestation pour autrui : faut-il légiférer ? ( Compte-rendu personnel)

 

 

Ce 30 janvier, j'ai assisté au Sénat à un débat organisé par Ecolo-Groen sur le thème « GPA : faut-il légiférer ? »

Que les choses soient claires dès le départ : ce compte-rendu ne prétend pas à l'objectivité, tout au plus à être aussi honnête que possible. J'ai une position ferme sur la « gestation pour autrui » : rien que l'intitulé, déjà, me paraît une forme de neutralisation déformante d'une réalité qui en fait, ne concerne que des femmes. Ce qui est aussi une manière d'effacer un rapport de domination, comme quand les « violences conjugales » ont remplacé, dans le vocabulaire courant, les « femmes battues ». Je préférerai donc le terme de « mères porteuses ».

Mis à jour (Mercredi, 13 Mai 2015 08:38)

 
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