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Interview exclusivement exclusive de... Maggie De Block

La hache, le scalpel et le bistouri

- Maggie De Block, près d'un milliard d'économies dans les soins de santé, et vous dites qu'il s'agit d'économies au scalpel, et pas à la hache ? N'est-ce pas tout de même un très gros scalpel ?

- Haha ! Tout est dans la nuance. J'ai parlé de scalpel, pas de bistouri ! Je parie que vous ne connaissez pas la différence.

- Euh... à vrai dire, non.

- Eh bien, le bistouri est utilisé en chirurgie, dont l'objectif est de maintenir le patient en vie. Le scalpel, lui, est surtout utilisé pour les dissections : le patient est déjà mort. Des économies au scalpel, cela signifie que la Sécu est en train de rendre son dernier souffle et que nous pourrons bientôt la découper définitivement. Je m'engage personnellement à contribuer à ce décès, dans le cadre de mes compétrences, avant la fin de la législature.

- Maggie De Block, vous prétendez aussi que ces économies ne feront pas de mal au patient ?

- De fait : une dissection, ça ne fait pas mal...

- Comment expliquez-vous votre popularité, malgré toutes ces restrictions dans un domaine qui est pourtant tellement important dans la vie de nos compatriotes ?

- A vrai dire, je ne me l'explique pas. J'ai proposé au gouvernement le remboursement de dix séances de psy pour toute personne me mettant en tête des sondages. Malheureusement le CD&V s'y est opposé, prétendant que ce budget devrait être réservé aux futures victimes du stress et du burn-out entraînés par la flexbilisation du travail. Mais je ne désespère pas de pouvoir réorienter un autre poste budgétaire : nous sommes actuellement en discussion avec l'AVG pour écourter certains congés maladie.

- L'AVG... ?


- L'association des virus de la grippe. S'ils font l'effort de réduire l'incapacité de travail de leurs victimes ne serait-ce que d'une journée, nous pouvons de notre côté réduire la nocivité de certains vaccins à leur égard. Win-win, c'est ça le secret !

 

Interview exclusivement exclusive de... Paul Magnette

 

Interview exclusivement exclusive de... Paul Magnette

- Monsieur le Minsitre-Président, une fois n'est pas coutume, nous avons le plaisir aujourd'hui de vous retrouver pour nous annoncer une excellente nouvelle : Caterpillar aurait trouvé un repreneur...

- En effet ! Grâce à l'acharnement du gouvernement wallon, et peut-être aussi à l'intercession depuis l'au-delà de notre regretté camarade Michel Daerden, je peux vous l'annoncer : dès l'année prochaine, sur le site de Gosselies, on pourra inaugurer les installations de la toute nouvelle start-up, Cater-Pinard, qui produira sur le site même la cuvée « Château Golsy ». Avec un "y", c'est plus chic.

- Le montage économique qui permet cette solution paraît aussi paritculièrement original...

- C'est vrai, nous avons dû négocier durement, mais nous avons pu compter sur le soutien de la famille royale : entre rois, on se comprend. Nous allons donc importer des vignobles d'Arabie Saoudite en échange d'armes produites par la FN. Voilà qui va en boucher un coin, et même une bouteille, aux détracteurs du dynamisme wallon !

- Un projet win-win et même kill-kill, quand on pense aux méfaits de l'alcool... Non, là, je plaisante. Le Château Gosly promet un vin rouge sang, comme le bain social du même nom, cependant le PTB estime que votre vin rouge est en fait... rose pâle, avec des reflets de bleu...

- Je conteste formellement les chiffres du PTB, ainsi que sa vision des couleurs, d'ailleurs je n'écoute même pas ce que dit le PTB, je ne sais même pas qui c'est.

- Qu'en est-il des emplois ?

- Nous garantissons aux 6000 travailleurs concernés, sous-traitants compris, qu'ils pourront participer aux vendanges chaque automne, à tour de rôle et aux mêmes conditions que les saisonniers bulgares.

- Un dernier mot peut-être pour les employés d'Axa, menacés à leur tour ?

- La réflexion est en cours, nous allons nous serrer les coudes, retrousser nos manches...

- Sans vouloir chipoter, ça ne doit pas être facile de retrousser les manches avec les coudes serrés...

- ... Et nous mettre autour de la table et chanter, le poing levé : AXA ira ça ira ça ira, les AXAionnaires à la lanterne, AXA ira... les AXAionnaires, on les....

Mis à jour (Jeudi, 08 Septembre 2016 08:43)

 

My Land

Les témoins palestiniens sont très âgés. Ces femmes et ces hommes ont été chassé/e/s de leurs villages en 1948, et aujourd'hui, vivent ou survivent dans des camps de réfugié/e:s au Liban, loin de ces terres jamais oubliées, de leurs maisons, de leurs oliviers.

Les témoins israéliens sont jeunes, à l'exception d'un vieil Américain venu s'installer en Israël par idéal mais sans illusions. Nabil Ayouch, réalisateur de « My Land », montre aux seconds les témoignages des premiers, et filme leurs réactions.

Autant les histoires des Palestinien/ne/s ont une certaine cohérence, autant les réactions des Isarélien/ne/s sont diversifiées. Allant de celui que ces paroles venues de l'autre côté confortent dans sa conviction d'être dans son bon droit, jusqu'à celle qui a refusé de faire son service militaire parce qu'elle ne voulait pas défendre ce pays-là. En passant par celle qui dit qu'elle « n'est pas touchée » alors que tout son corps, son visage, ses yeux, filmés de près, disent le contraire.

Mais on peut aussi dire l'inverse : chez les jeunes Palestiniens interviewés aux côtés de leurs grands-parents, on perçoit bien la tension entre le désir de revenir dans une terre rêvée autant qu'aimée, qu'ils n'ont jamais connue – l'un d'eux affirme être prêt à y retourner sur les mains, s'il le faut – et un certain fatalisme parce qu'aussi décevante soit-elle, leur vie s'est construite ailleurs, un autre « chez eux ».

Et côté israélien, malgré toutes les différences, on constate une même – et effrayante – ignorance d'une histoire pourtant pas tellement éloignée : ce n'est pas une question de bonne ou de mauvaise volonté, mais d'un silence, sinon de mensonges, que ce soit en famille, à l'école ou dans les médias. Ces jeunes « ne savent pas ». Pourtant ils aimeraient savoir. Aucun/e des témoins sollicité/e/s par le réalisateur n'a refusé de regarder et d'écouter les témoignages des Palestinien/ne/s.

C'est tout l'art de Nabil Ayouch de montrer le conflit israélo-palestinien par une approche simplement humaine, sans jugement, même si l'on imagine que certaines réactions israéliennes ont dû lui donner envie de poser caméra et micro...

Ce sont peut-être ses origines mélangées – mère juive, père musulman – qui ont permis à Ayouch de sortir d'une position purement manichéenne qui dresse trop souvent haine contre haine. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir des positions bien ancrées, contre l'occupation, en faveur de pressions internationales fortes sur Israël, pour un boycott économique – mais contre un boycott culturel. Même si actuellement, il semble désespérer d'une quelconque solution.

Le débat qui a suivi a pu rester dans le même ton, sans aucune insulte pour « l'autre camp », ce qui est rare sur le sujet.

Si « My Land » passe près de chez vous, ne le ratez pas. C'est un film exceptionnel, qui vous ouvrira les yeux et les oreilles, sur des vécus qu'on a parfois du mal à saisir.

 

 

P.S. Une remarque personnelle, sous un tout autre angle : la participation de la salle a illustré jusqu'à la caricature le rapport sexué à la parole. Tandis que les femmes posaient des questions ou au plus, se permettaient une brève remarque, la plupart des intervenants masculins ne pouvaient s'empêcher de faire des discours.

Mis à jour (Mardi, 03 Mai 2016 09:16)

 

Colloque : Les identités LGBT+ noires à l'épreuve des dominations

« Les identités LGBT+ noires à l'épreuve des dominations » : ce n'est peut-être pas l'intitulé de colloque le plus « sexy » de l'année mais le contenu, lui, fut passionnant.

Il n'est évidemment pas question pour moi de parler à la place des premier/e/s concerné/e/s, je me contenterai donc de répercuter, avec ma propre subjectivité, ce qui m'a frappée au cours des présentations et des échanges.

Tout d'abord, la place prépondérante des femmes, parmi les intervenant/e/s comme dans la salle, chose rare dans les colloques LGBT+ (comme dans tant d'autres). A cet égard, il y a bien des organisateurs de débats qui pourraient venir suivre des formations chez Massimadi ou aux Identités du Baobab.

Ce choix s'est bien sûr répercuté tout au long des interventions : pour une fois, on n'a pas parlé au « masculin universel ». Et la façon dont les femmes sont invisibilisées dans certains combats a été soulignée à plus d'une reprise. Ainsi, Frieda Ekotto a rappelé que le mouvement « Black lives matter » (« Les vies noires comptent »), en protestation contre les meurtres (impunis) de jeunes  Noirs par des policiers blancs aux Etats-Unis, a été créé par des femmes noires, dont l'une se déclare ouvertement lesbienne. Mais très vite, la parole a été confisquée par des hommes. "Ainsi, le patriarcat aussi bien noir que blanc continue à usurper leurs voix"...

Georges-Louis Tin a fait le lien entre la manière dont les Noir/e/s ont été (et sont parfois toujours) dévirilisés dans les stérotypes (néo)coloniaux (faire le parallèle avec les gays...), considérés comme efféminés - tout en étant parfois présentés comme des « bêtes de sexe », allez comprendre. Toujours dans les stéréotypes, l'homme noir était considéré comme « polygame » - par opposition au Blanc qui lui, est fidèle, comme tout le monde sait.

Mais il n'y a pas que le colonalisme à se complaire dans les stéréotypes. Dans bien de pays d'Afrique, l'homosexualité est considérée comme venant des Blancs – alors que ce que ceux-ci ont importé, c'est l'homophobie, notamment par le biais des religions : comme le rappelait malicieusement l'orateur, Bible ou Coran ne sont pas des créations africaines. Cela dit, avec un grand respect pour les croyances des autres, il précise qu'il ne leur demande pas d'approuver l'homosexualité, mais de désapprouver l'homophobie.

Cette illusion que l'homosexualité n'était pas un problème africain a causé des retards dramatiques dans la lutte contre le sida, tout comme dans certains pays occidentaux (comme la France), où l'obsession d' « universalité » et le refus de tout « communatarisme » a conduit les autorités à des campagnes d'affichage représentant... des couples blancs hétérosexuels (seuls dignes représentants de l'universel). Il a fallu le travail des associations pour organiser des réactions plus efficaces en s'adressant à tous les publics.

Parmi les questions de la salle, a été abordée l'évolution du Parti des Indigènes de la République. G-L Tin tenait à souligner l'apport de ce mouvement dans la dénonciation du néo-colonialisme, tout en regrettant une évolution vers une forme d'homophobie. Une participante dans la salle signalait qu'elle avait assisté à des remarques ouvertement homophobes lors de la Marche de la dignité contre les violences policières (Paris, octobre 2015).

Tout au long de cette matinée, on a beaucoup parlé de convergence des luttes, une question centrale pour tout/e militant/e qui pense qu'on ne peut pas combattre une domination en ignorant toutes les autres. Thème d'ailleurs lié à celui des « identités », objet de l'atelier auquel j'ai participé (1). Identité/s : au singulier ou au pluriel ? Figée/e ou nomade/s ? Choisie/e pour soi ou imposée/s de l'extérieur, la définition des dominé/e/s étant l'affaire des dominant/e/s ? Et lorsqu'il s'agit d'action, les identités multiples sont-elles un frein ou un moteur ? Je laisse la (les) réponse(s) à chacun/e.

 

La matinée se terminait par un très beau texte de la slameuse Lisette Lombé, texte inspiré par la rencontre d'un jeune gay au Congo. De lui elle n'avait pas de photo, juste une image de ses chaussures, dont elle distribuait une copie à chaque participant/e, avec au dos un mot différent pour chacun/e. Mon exemplaire portait le mot « éveil ». Voilà qui résume assez bien mon vécu de ce colloque.


(1) Les deux autres ateliers, sans doute tout aussi intéressants, portaient l'un sur l'homonationalisme et l'autre sur "les techniques de soi"

 

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Le colloque était organisé ce 4 mai par les Identités du Baobab, dans le cadre de la 4e édition du Festival Massimadi, avec l'appui du Parlement francophone de Bruxellois. La publication des actes du colloque est prévue.

 « Le propos de ce colloque est les identités noires LGBT+  sous l'angle des dominations auxquelles elles sont confrontées? Pour les personnes LGBT+ noires, il s'agit non seulement de pouvoir s'affirmer dans la multiplicité  de leurs identités (LGBT+ noires...mais aussi de genre, d'âge, de classes sociales ou même en situation de handicap, etc.) sans se voir réduit.es à l'une de ces identités ou assigné.es à se comporter selon les stéréotypes ou les normes dominantes de chacune de ces identités ».
Intervenants  : Frieda Ekotto (professeure et cheffe du département des érudes afro-américaines à l'Université de Michigan), Louis-Georges Tin (président du Conseil représentatif des asscoaitions noires en France et fondateur de la Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie) et Peggy Pierrot (sociologue, journaliste, auteure et éditrice).

Le festival Massimadi continue jusque samedi, détails ici : http://www.massimadi-bxl.be/fr/

 

Rencontre avec Françoise Tulkens

Ancienne juge à la Cour Européenne des Droits de l'Homme, Françoise Tulkens était l'invitée de Tayush ce 18 avril. Un erencontre passionnante.

Il y aurait beaucoup à dire des différents thèmes abordés ce soir-là, sur la liberté d'expression, la liberté religieuse, l'interdiction de traitements dégradants, même pour sauver d'autres vies (question de la torture)... Je n'en retiendrai qu'un, puisque c'est mon « core business » : la place des femmes.

Dès le début, Françoise Tulkens insiste sur la nécessité d'en finir avec ce terme de « Droits de l'Homme », même avec un H majuscule, pour parler enfin de « droits humains » (et pan sur le bec de tous ceux – et celles, hélas - qui chipotent sur le maintien de termes « historiques »). Face à tous ces discours très « in » selon lesquels seule la compétence doit compter, peu importe le genre de la personne nommée, elle défend l'importance de la présence de femmes à la CEDH : non pas parce qu'elles jugeraient « autrement », mais parce que, de par leur place dans la société, elles sont sensibles à d'autres thématiques (plus sociales), avec un autre regard. Ce n'est sans doute pas un hasard si, dans deux décisions, portant l'une sur le port du foulard à l'Université en Turquie, l'autre sur le port du voile intégral dans l'espace public en France, ce sont des femmes qui ont porté des « opinions dissidentes », alors que la Cour tranchait en faveur des interdictions.

Mais on a appris aussi combien, dans ces hautes sphères le sexisme, ouvert ou sournois, est toujours bien présent. La Belgique avait présenté Françoise Tulkens parce qu'il fallait une femme parmi les trois candidat/e/s ; mais pour sa succession, elle n'a choisi que trois hommes (en écartant une femme très compétente de la liste), parce qu'après 14 ans de représentation par une femme, elle avait déjà donné... Elle raconte aussi comment, dans les discussions internes, la parole d'un homme est le plus souvent davantage prise en compte et répercutée par les collègues que celle d'une femme. Mais surtout, elle cite ce chiffre effarant des cas portés devant la CEDH (sur deux années où elle les a répertoriés, mais assez représentatives, d'après elle) : seulement 10% d'entre eux concernent des femmes, et encore, pour une part, ce sont des femmes qui alertent la Cour sur des cas qui concernent un mari, un frère ! Mais c'est bien connu, les femmes sont moins discriminées que les hommes, n'est-ce pas... Aussi, elle insiste sur le rôle primordial des associations pour soutenir les plaintes des femmes.

Un dernier mot tout de même sur la liberté d'expression : Françoise Tulkens plaide pour une définition très large, jugeant dangereuses d'éventuelles limitations, même pour ce qu'on peut appeler des « discours de haine » (sauf appels explicites à la violence). Ainsi par exemple, elle soutient la position d'Unia (ex Centre pour l'Egalité des Chances, qui a décidé de ne pas porter plainte contre les propos de Jan Jambon).

Je partagerais plutôt ce point de vue (les mots se combattent avec des mots, pas avec des chaînes), mais dans tout ce débat, j'ai l'impression qu'on oublie un sacré « détail » : l'accès à cette liberté d'expression n'est pas, lui, à la portée de tou/te/s. Tout le monde n'a pas accès aux médias, et même si les réseaux sociaux permettent à quelques-un/e/s de s'imposer malgré tout, l'audace ou la faculté d'expression ne sont pas forcément proportionnelles à l'intérêt ou l'originalité des propos. Pour prendre un exemple : dans tout un pan de la vie sociale, la liberté d'expression n'existe tout simplement pas. Je parle du monde des entreprises, et sans même aller jusqu'à ce détestable « secret des affaires » honteusement voté par le Parlement européen, sans même évoquer les « lanceurs d'alerte » si maltraités, il est tout simplement impossible de critiquer son entreprise sans risquer son emploi (heureusement qu'il existe encore la protection syndicale, mais elle ne concerne que les représentant/e/s du personnel).

Alors oui, défendons la liberté d'expression maximale, mais sans jamais oublier que de fait, dès le départ, elle est déjà limitée. « Donner une voix aux sans voix » me paraît un défi bien plus essentiel que la « tolérance » envers les discours de haine.

(1) Rencontre organisée le 18 avril par Tayush et Bruxelles Laïque avec Françoise Tulkens (présidente de la Fondation Roi Baudouin, ancienne juge à la Cour Européenne des Droits de l'Homme, avec comme discutant Benoît Vander Meerschen du Centre d'action laïque et comme modératrice, France Blanmailland (avocate, Tayush).

 
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